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Par ManaLa-x, le 23/05/2012
Le dernier frère de
Nathacha Appanah
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A l'école, j'apprenais également la culpabilité. Cette chose insidieuse qui m'empêchait d'être simplement un gosse, de rire à gorge déployée, de jouer avec les autres, de m'asseoir tranquillement pour regarder devant moi. Quand j'étais en classe, ce sentiment me quittait. Mais une fois le cours fini, je redevenais Raj, l'unique frère qui est à l'école. Pourquoi moi ? Ne cessais-je de me demander. Je cachais toujours dans mon sac de feuilles de palme séchées ; la poire séchée distribuée à la pause de la matinée, mais j'étais obligé de boire le lait de vache qu'on nous servait à ce moment-là. Je le buvais lentement, en fermant les yeux, pensant très fort à Anil, à Vinod, les imaginant nettoyant la maison, coupant du bois, attachant les feuilles de canne, courbés, fatigués. Eux n'avaient, pour grandir, que de l'eau sucrée.
Je souhaitais que mon père choisisse un autre de ses fils pour l'éduquer. Mais Anil, bientôt, irait tous les matins avec lui couper les cannes à sucre, il était fort, il avait déjà des muscles qui saillaient sous sa peau, il ne se plaignait jamais et avec sa volonté et sa force de travail, il ramènerait de l'argent, des sous qu'il ne noierait pas dans l'arack et qu'il donnerait cérémonieusement à ma mère.
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Nous étions deux enfants du malheur accolés l'un à l'autre par miracle.
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Par Oloutam, le 26/04/2012
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Il faut que je raconte doucement. Avec calme, sans me presser.Que j'attende que les mots se détachent du fond de moi-même, se promènent un peu, arrivent jusqu'à ma gorge et sortent comme un souffle, une expiration comme une autre, quelque chose que l'on fait des milliers de fois par jour, une évidence.
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Par zazimuth, le 28/08/2010
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Je passe ma vie à chercher les mots justes, les mots qui ne veulent pas dire quelque chose d'autre, qu'on ne pourrait remplacer par un synonyme parce que sinon tous les mots finiraient par dire la même chose. (p.34)
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Par litolff, le 28/09/2010
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Avec le temps, j'ai appris l'humilité. Accepter que beaucoup vous prennent pour une autre, que les uns vous donnent des leçons sur ce que vous avez écrit, que bien d'autres vous préfèrent à ceux qui passent à la télé et qui écrivent sur leur passage à la télé. Ecouter patiemment des personnes qui vous racontent leur vie en tenant votre livre comme un camembert, sans qu'à aucun moment elles s'enquièrent de ce que vous écrivez, et quand elles ont fini de déballer leur sac, elles reposent le camembert tout moite sans même y jeter un coup d'oeil.
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Le dernier frère de
Nathacha Appanah
Je ne sais pas si je dois avoir honte de le dire mais c'es ainsi : je ne savais pas qu'il y avait une guerre mondiale qui durait depuis quatre ans, quand David m'a demandé, à l'hôpital, si j'étais juif, j'ai dit non parce que j'avais la vague impression que juif désignait une maladie puisque j'étais dans un hôpital, je n'avais jamais entendu parler de l'Allemagne, je ne savais pas grand-chose en réalité. J'avais trouvé David, un ami inespéré, un cadeau tombé du ciel et en ce début d'année 1945, c'est tout ce qui comptait pour moi.
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Par Oloutam, le 26/04/2012
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Elle pensait que vieillir ensemble, c'est ce qu'il y avait de plus magnifique dans la vie.
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Par Oloutam, le 26/04/2012
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Devons-nous nous fermer au pays d'ici, au présent, rester dans le liquide amniotique du pays du pays d'origine, du pays rêvé, parce que forcément l'origine, ça a quelque chose de beau, de magnifique, de pur comme les sources de la montagne.
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Par litolff, le 24/11/2010
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
Aujourd'hui, 21 avril, je marie ma fille, je laisserai de côté mes pensées de vieille folle, je serai comme elle aime que je sois : digne, bien coiffée, bien maquillée, souriante, prête à des conversations que je suivrai avec un enthousiasme feint et qui ne me laisseront aucun souvenir, parée pour butiner d'invité en invitée, mère parfaite que je serai aujourd'hui. Je me cacherai pour inhaler mes Fumer Tue. Je marie ma fille, aujourd'hui. Cette phrase bondit dans ma tête tandis que je la regarde dormir.
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Par pyrouette, le 20/09/2010
La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
"J'ai passé ma vie à avoir peur de ma fille, à avoir peur de ne pas savoir l'élever, peur qu'elle passe son temps à me critiquer, peur qu'elle soit trop différente de moi, peur qu'elle me ressemble trop, peur d'être trop moi même, peur de décevoir, peur de ne plus aimer, de ne plus savoir aimer, de ne plus être aimée. Je crois que si un jour on me demandait de résumer ma maternité, ce serait par ce sentiment là : la crainte. Tant de responsabilité, une vie entre vos mains, se rend-on vraiment compte quand on donne la vie, pense t-on un instant à celà : le poids d'une vie accompagnée de ses succès, de ses échecs, de ses actes manqués, une vie que l'on ajoute à la nôtre, comme si notre vie, notre chienne de vie, ne suffisait pas. Non, on pense au visage que notre enfant aura, à qui il ressemblera et on passera des jours et des jours à le regarder dormir pour observer ses traits, on pense aux gazouillis et aux premiers mots, on pense à l'espièglerie des enfants qui nous feront rire, on pense aux anniversaires et aux chaussures neuves qu'il portera fièrement, on pense au premier vélo, à la première fois où on n'aura plus besoin de le tenir, à ses premiers pas, on pense aux devoirs, à son intelligence, forcément il sera intelligent, forcément il sera beau."
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La noce d'Anna de
Nathacha Appanah
« Jamais je n’ai vu d’enfant si sage si vite, si lisse parfois, si consciente de ses responsabilités envers moi, sa mère. Comme si très tôt, elle avait su que je l’avais mise au monde pour me recadrer, pour faire de moi une grande personne, une adulte aux yeux des autres et une ombre aussi pour me réfugier. »