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L'assassinat d'Yvon Toussaint de
Yvon Toussaint
Il en est, en Haïti, qui pensent qu’un jour il n’y aura pas de rémission, de remise de peine. Qu’une averse diluvienne, agrémentée d’un séisme pire encore que celui de 1770, viendra à bout de cette ville et l’étouffera sous un pan de montagne, ample linceul d’argile liquéfié et de végétation arrachée. Cela, disent ses amoureux déçus, pour prix de ses turpitudes et de ses récidives dans le crime.
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L'assassinat d'Yvon Toussaint de
Yvon Toussaint
[A propos des bidonvilles]
La caractéristique de beaucoup de ceux de Port-au-Prince est qu’ils sont verticaux, collés à la colline, étançonnés par des pièces de bois, des béquilles de fer, du ciment de récupération, toutes sortes de glus et de crampons destinés à empêcher qu’ils dégringolent dans le golfe. Ces bricolages ne suffisent pas toujours.
Quand il pleut trop fort, le terrain bouge, s’ébranle, croule en avalanches qui se disent ici lavalas. Alors Port-au-Prince s’affaisse comme un château de boue et dégringole sans plus obstacles vers la mer. […] Des fissures éventrent les routes et des éboulements jettent bas des amas de loques et de matières en décomposition.
Les survivants sortent de terre, de ces excavations, tranchées, crevasses et failles dans lesquelles ils grouillent habituellement. Ils crient, courent en tous sens avec des serpillières et des raclettes, lèvent les bras au ciel. Certains pleurent. D’autres insultent le Ciel à défaut de pouvoir s’en prendre à des responsables toujours évanescents.
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L'assassinat d'Yvon Toussaint de
Yvon Toussaint
Un sociologue haïtien t’avait prévenu de manière imagée : « Au fil des siècles, cette île a si souvent servi de fosse commune que son sol en est resté spongieux. Marchez-y prudemment, sous peine de faire jaillir du sang sous vos semelles ! »
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L'assassinat d'Yvon Toussaint de
Yvon Toussaint
Vers cinq heures du matin, à Port-au-Prince, les coqs succèdent aux chiens. Tu le sais parce que cela fait quatre jours qu’à l’aube, lorsque le ciel est encore couleur d’ardoise avec des échancrures jaunes, tu contemples la ville qui s’éveille du balcon de ta chambre, à l’hôtel Montana.
Avant cinq heures, les chiens règnent en maîtres. Leurs abois pathétiques ne s’interrompent jamais, comme si ces animaux étaient requis pour tenir la ville en éveil. Comme si, au plus profond de la nuit, ce conglomérat urbain dont presque aucune lumière ne troue l’obscurité et qui, tapie dans ses ténèbres, émet peu de bruits devait rester sur le qui-vive, prêt à toute éventualité : incendie, secousse sismique, massacre, avalanche de boue, coup d’Etat…, bref tout ce à quoi, depuis sa fondation, il a dû s’habituer. Mais, vers cinq heures, le premier cri rauque d’un cop déchire irrévocablement la nuit. Il réveille tous les autres coqs, qui se mettent à chanter à tue-tête avec arrogance, hissés sur leurs ergots, la crête durcie, cependant que le jaune vire à l’orange.
C’est le point du jour et les chiens se taisent, résignés, supplantés par ces clairons à deux pattes.
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