ISBN : 2020530554
Éditeur : Editions du Seuil
(2002)
Note moyenne : 4/5 (sur 18 notes)
Cette aveuglante absence de lumière4Ajouter à mes livres
Juillet 1971, le narrateur participe au coup d'État fomenté contre le roi Hassan II. Échec cinglant, direction le bagne de Tazmamart et ses conditions d'incarcération inhumaines. Cinquante-huit soldats sont ainsi condamnés à la mo... > voir plus
Même si parfois face à l'injustice et la cruauté humaine j'aurai en première réaction cette envie d'une telle punité après avoir lu ce livre je me fais toute petite . Ce livre m'a transpercée de part en part, Comme juste la lumière du soleil est un souffle de vie lorsque l'on vit avec la mort...il reste marqué dans ma mémoire.
Avec ce roman, Tahar Ben Jelloun donne une interprétation littéraire de l'horreur et de l'oubli où furent tenus les prisonniers du bagne de Tazmamart…
« Longtemps j'ai cherché la pierre noire qui purifie l'âme de la mort. Quand je dis longtemps, je pense à un puits sans fond, à un tunnel creusé avec mes doigts, avec mes dents, dans l'espoir têtu d'apercevoir ne serait-ce qu'une minute, une longue et éternelle minute, un rayon de lumière, une étincelle qui s'imprimerait au fond de mon œil, que mes entrailles garderaient, protégée comme un secret. Elle serait l'habiterait ma poitrine et nourrirait l'infini de mes nuits, là, dans cette tombe, au fond de terre humide, sentant l'homme vidé de son humanité à coups de pelle lui arrachant la peau, lui retirant le regard, la voix, la raison. »
Texte très fort sur le destin des prisonniers du bagne de Tazmamart, au sud-est du Maroc, suite à l'attentat manqué de Skhirat (juillet 1971). L'histoire relate les conditions de détention inhumaine de ces 18 hommes, où la petite taille des cellules ne permettait même pas de se mettre debout...
À quoi pense un homme quand le sang des autres coule sur sa figure? À une fleur, à l’âne sur la colline, à un enfant jouant au mousquetaire avec un bâton pour épée. Peut-être qu’il ne pense plus. Il essaie de quitter son corps, de ne pas être là, de croire qu’il dort et qu’il fait un très mauvais rêve.
La tombe était une cellule de trois mètres de long sur un mètre et demi de large. Elle était surtout basse, entre un mètre cinquante et un mètre soixante. Je ne pouvait pas me mettre debout. Un trou pour pisser et chier. Un trou de dix centimètres de diamètre. Le trou faisait partie de notre corps. Il fallait très vite oublier son existence, ne plus sentir les odeurs de merde et d'urine, ne plus sentir du tout. Pas question de boucher le nez, non, il fallait garder le nez ouvert et ne plus rien sentir. Au début, c'était difficile. C'était un apprentissage, une folie nécessaire, une épreuve à réussir absolument. Être là sans être là. Fermer ses sens, les diriger ailleurs, leur donner une autre vie, comme si j'avais été dedans cette fosse sans mes cinq sens. C'était cela: faire comme si je les avais déposés dans une consigne de gare, rangés dans une petite valise, bien enveloppés dans du coton ou de la soie, et puis mis de côté à l'insu des tortionnaires, à l'insu de tout le monde. Un pari sur l'avenir
Tahar Ben Jelloun - Que la blessure se ferme . Tahar Ben Jelloun vous présente son ouvrage "Que la blessure se ferme". Parution le 22 mars 2012 aux éditions Gallimard.http://www.mollat.com/livres/tahar-ben-jelloun-que-blessure-ferme-9782070137343.htmlNotes de Musique : Anouar Brahem - 3 The Mozdok's Train