> Jack London (Antécédent bibliographique)

ISBN : 2749303508
Éditeur : Vents d'Ouest (2007)


Note moyenne : 4.38/5 (sur 32 notes) Ajouter à mes livres
Après avoir obtenu le prix RTL 2006, pour sa version très personnelle, de l’affaire « Henri Désiré Landru », Christophe Chabouté s’attaque cette fois à un classique de la littérature américaine, en adaptant la célèbre nouvelle de Jack London : « Construire un feu ».
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Critiques et avis

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  • Par Bibalice, le 13 février 2011

    Bibalice
    Le titre s'étale en rouge sang sur le blanc immaculé de la couverture. On se doute, déjà, que cela ne finira probablement pas très bien, que la neige emportera tout sur son passage.
    L'histoire tient en une ligne : un homme et son chien avancent avec grande peine quelque part dans le Grand Nord. Au nord, au sud, à l'est, à l'ouest, des kilomètres de neige d'où s'élèvent parfois quelques arbres uniquement représentés ici que comme des ombres menaçantes.
    L'homme n'est pas perdu mais le parcours est incertain. Et surtout il fait froid. Très froid.
    C'est que l'homme est vaniteux. C'est un guerrier, un aventurier à la recherche d'or et de réponses. Il a le corps résistant et compte bien rejoindre ses compagnons qui l'attendent plus loin comme il entend prouver sa force et son courage. le froid est un douleur dont on peut faire abstraction. Il suffit d'avancer.
    Alors, il avance, jambes engourdies mais front relevé sous sa capuche de fortune, suivi de près par un chien dont le pelage se confond avec la neige qui l'entoure. Il a, lui, le museau bas malgré son pelage polaire et son habitude des basses températures. Un chien, ça suit son maître. Quoi qu'il en coûte. Même si lui en sait le prix…
    Alors je n'ai pas (encore) lu la nouvelle de Jack London d'où est tirée cette bande dessinée de Chabouté. Je ne sais pas quel sens voulait donner London à cette histoire et me garderai donc de juger de la fidélité de la bd à l'égard de l'œuvre originale, même s'il n'est pas improbable qu'un prochain billet lui soit consacré…Pas tant pour une quelconque passion pour le thème connu et même usé de l'homme contre la nature (je n'ai pas tellement aimé, voyez-vous, le pourtant très apprécié Into the Wild) mais parce qu'après le silence imposé par cette version, la voir sous l'angle de la plume riche de London peut être un exercice intéressant (que l'on propose d'ailleurs ici, dans le forum de Babelio).
    A la plume de London, on a préféré s'intéresser d'abord au crayon de Chabouté. Inutile de revenir trop longtemps sur ce point, le dessin est superbe. On sent vivre cette contrée sauvage, on la sent respirer. On grelotte en même temps que le personnage et l'on craint comme lui de tomber dans une embûche en forme de cours d'eau ou de fausse-piste. le blanc comme le noir sont travaillés à la perfection. Il s'agit d'un blanc éminemment profond, d'un noir terriblement menaçant et au milieu de tout ça uniquement d'un homme, tout de gris vêtu. Imaginez un peu alors le sentiment de joie retrouvée quand soudainement jaillit le rouge d'une maigre flamme…
    La réussite de ce bande dessinée ne vient pourtant pas tant du dessin que d'un élément qui fait de Chabouté un véritable auteur : la voix-off; cette voix qui flotte entre les pages.
    J'ai lu ailleurs que la présence de ce texte dérangeait certains lecteurs qui auraient préféré un silence absolu. Question d'audace de l'auteur et d'originalité de l'œuvre. Il est possible que sans celle-ci l'ouvrage aurait effectivement gagné en originalité mais pour perdre certainement, je pense, en profondeur. J'ai ressenti la même chose en lisant ces phrases écrites à la deuxième personne qu'en écoutant Avalanche, la terrible chanson de Leonard Cohen qui comporte de nombreux points commun avec Construire un feu et dont je vous invite vivement à lire les paroles, reproduites ci-dessous. Tout comme dans la bd de Chabouté, il est question d'une âme qui se confond avec un monstre vêtu de son manteau de neige. On ne sait plus qui est le « je » ou le « tu » en question :
    « Well I stepped into an avalanche,
    it covered up my soul;
    when I am not this hunchback that you see,
    I sleep beneath the golden hill.
    You who wish to conquer pain,
    you must learn, learn to serve me well.
    You strike my side by accident
    as you go down for your gold.
    The cripple here that you clothe and feed
    is neither starved nor cold;
    he does not ask for your company,
    not at the centre, the centre of the world… »
    Ce qui, si l'on s'en tient à la sublime version de Jean-Louis Murat, donne à peu près ceci en français, :
    « J'ai été pris dans l'avalanche
    J'y ai perdu mon âme
    Quand je ne suis plus ce monstre qui te fascine
    Je vis sous l'or des collines
    Toi qui veux vaincre la douleur
    Tu dois apprendre à me servir
    Le hasard t'a conduit vers moi
    Pauvre chercheur d'or
    Mais ce monstre que tu as recueilli
    Ignore la faim ignore le froid
    Il ne recherche pas ta compagnie
    Même ici au cœur du monde… »
    Je parie que Chabouté a lui aussi, comme Murat et comme d'autres, été secoué par cette chanson et a utilisé un peu de ses ingrédients dans son histoire. On ne sait jamais vraiment à qui cette voix appartient. Elle rythme idéalement le récit et ne masque nullement le silence pesant des lieux. Page 32, alors que le personnage crie pour réveiller son chien, aucun bruit, aucun son, aucune bulle ne sort ni n'apparait dans la case. le texte qu'on lit n'est pas tout à fait, est-on ainsi prévenu, la voix du personnage. le texte est un accès distancié à ses pensées. Si l'homme semble arrogant, la voix se veut méfiante, pafois distante ; s'il semble se perdre elle redevient rassurante. A moins bien sûr qu'elle ne soit neutre et que le lecteur ne l'interprète selon la façon dont il juge les actions et la destinée de l'homme. Car c'est bien de cela dont il s'agit au final, du jugement de cet homme. Et cette voix en est l'écho. Est-ce lui-même le juge, ces contrées sauvages, ou le lecteur ? probablement un peu des trois. N'oublions pas que cet homme là est venu se mesurer à plus fort que lui : « Ces vieux ne sont que des femmelettes… Il suffit tout bonnement de ne pas perdre la tête… un homme… un vrai !… peut voyager seul dans le Klondike… » (p.44) Cette phrase prend tout son sens quelques secondes, quelques pages plus tard quand survient un évènement dont nous ne dirons mot mais qui scellera la destinée du personnage…
    Magnifique bande-dessinée, en somme, que cette adaptation de Construire un feu. L'approche du thème en bande dessine de l'homme contre la nature est magnifiée par une écriture sublime et un coup de crayon tout à fait convaincant.

    Lien : http://beatcafeclub.com/blog/index.php?post/2011/02/19/Construire-un..
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    • Livres 5.00/5
    Par psycheinhell, le 09 juillet 2010

    psycheinhell
    Un homme, un chien. le froid qui tue et le feu qui sauve. le silence et le blanc des étendues neigeuses du Yukon. Et une voix, cette voix extérieure qui commente, observe, conseille, raille parfois ; une voix qui oscille entre neutralité et pitié, et dont on ne sait au juste si elle est la parole intérieure d'un homme qui n'a d'autre interlocuteur que lui-même, ou la commentatrice détachée de ce combat pour la survie entre le marcheur et la nature glacée...
    Le dessinateur Chabouté nous offre ici une adaptation saisissante de la nouvelle de Jack London. L'histoire est aussi dépouillée que les couleurs utilisées, la tache humaine brune perdue au milieu d'un écrasant duo de bois sombre et de blanc de neige - forces de la nature bousculées en de rares moments par les chaudes couleurs du feu de bois. L'ensemble est d'une beauté terrible, et fait honneur à l'oeuvre de l'auteur de Croc-Blanc, vraiment.
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    • Livres 5.00/5
    Par Lagagne, le 19 février 2011

    Lagagne
    J'adore ! Chabouté a fait ici une brillante adaptation de la nouvelle de London.
    Les tons sépias choisis rendent parfatement l'atmosphère glaciale du texte original. La première double page, sans texte, entièrement axée sur le décor, nous transporte dans cette région du Canada : le froid, la solitude, la menace et en même temps une incroyable beauté. L'évolution graphique de "l'homme" m'a également particulièrement plu : d'abord clairement détaché du paysage, il blanchit peu à peu jusqu'à ce fondre dans le décor et n'être plus qu'une silhouette.
    L'idée de transposer le récit à la 2ème personne du singulier me parait vraiment intéressante, cela donne un autre point de vue sur l'histoire, plus implicant et en même temps plus détaché pour le lecteur. Celui qui prononce le "Tu" emet une sorte de jugement, mais un jugement froid et implacable, détaché. Paradoxal.
    Les images sont si parlantes que souvent les mots sont inutiles, les nombreuses pages sans texte font merveille. Parfois lors d'adaptation de nouvelles ou romans sous forme graphique, les adaptateurs ont tendance à vouloir mettre un maximum du texte original afin de rendre au mieux l'esprit du texte. C'est un choix qui peut être judicieux. Mais ici Chabouté a décidé de s'approprier complétement le texte de London, de le faire sien, c'est à dire un texte à la fois verbal et, surtout, graphique.
    Une très très belle réussite, et un très grand moment de lecture.
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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 14 décembre 2010

    LiliGalipette
    Bande dessinée de Christophe Chabouté, d'après le texte de Jack London.
    Dans le Grand Nord américain, un homme avance seul pour rejoindre ses compagnons. Pas si seul toutefois, il est suivi d'un chien qui sait bien qu'il fait trop froid pour s'aventurer dans la nature. Mais l'homme ne pense pas, c'est son premier hiver. L'homme a négligé les conseils des anciens, il ne souscrit pas au bon sens. Il ne comprend pas la nature contre laquelle il croit pouvoir gagner. Dans sa marche solitaire, il tombe dans un trou d'eau. Ses pieds et ses jambes gèlent immanquablement. Sa seule chance est de Construire un feu. Mais l'homme néglige encore le bon sens.
    Le texte de Jack London est repris avec parcimonie, quelques phrases percutantes soulignent le dessin. Mais ce qui prime, c'est l'image. La nature apparaît blanche et noire, grise et dénuée de toute chaleur. Les quelques flammes que l'homme parvient à allumer déchirent la page, ne trouvent pas leur place dans cet univers figé, enseveli sous une glace qui semble éternelle.
    Je suis une incorrigible amie des bêtes: un chien dans un texte retient toute mon attention. J'ai été frappée par la relation entre l'homme et l'animal dans cette nouvelle. Rien à voir avec Croc-Blanc qui m'avait fait verser des seaux de larmes! Ici, l'animal a l'intelligence que l'homme n'a pas, et il n'est qu'un outil, bon pour tâter les terrains incertains et peut-être se réchauffer.
    Le dessinateur sait créer une atmosphère glaciale. Ll'homme noyé dans l'immensité de l'hiver ne suscite aucune compassion: méprisant voire arrogant, il est perdu par sa stupidité fanfaronne. Petit conseil: admirer la bande dessinée bien au chaud! Les phrases et l'image ont de quoi vous refroidir!


    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2010/12/14/19869117.html
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    • Livres 5.00/5
    Par emmyne, le 29 juin 2011

    emmyne
    Impressionnante. La puissance évocatrice de cette BD coupe le souffle autant que le froid cruel qui s'immice à la lecture.
    Difficile d'éviter les superlatifs tant C.Chabouté démontre dans cette BD une parfaite maîtrise graphique et narrative. Des pages sans texte, des planches éloquentes, les paysages saisis par le gel, les arbres noirs de cet hiver impitoyable.
    Le jeu de perspective génère toute l'émotion avant même les mots. le portrait, les attitudes, tous les sentiments sont là, dans le langage du corps de cet homme seul qui lutte. Lorsqu'il allume le feu, il n'est pas besoin de mot. La précision des gestes, le code des couleurs, l'orangé qui éclaire enfin ce contraste blanc-noir omniprésent dans lequel la parka aux tons fanés de terre et de bois se mêle. Lorsque les vues s'élargissent, lorsque le regard s'éloigne, on le suit courbé, creusant la neige de ses pas. Tragiquement belle, l'atmosphère glaciale en devient oppressante, on est littéralement suspendu à sa marche, à son souffle.
    Et ce texte sur les vignettes, qui tutoie, interpelle le personnage - narrateur inconnu qui commente les actes et les pensées sans la moindre compassion - bien plus émouvant qu'un monologue intime, parce que froid lui aussi, clinique ou sarcastique, éprouvant autant que prenant, parce qu'on l'entend résonner dans ce silence immense.


    Lien : http://lisezjeunesse.canalblog.com/archives/2010/09/29/19151809.html..
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Critiques presse (1)


  • Lecturejeune , le 01 septembre 2008
    Lecture jeune, n°127 - Christophe Chabouté a adapté en bande dessinée la nouvelle de Jack London, Construire un feu. Ces deux ouvrages ont été mis en perspective. Construire un feu est l’histoire d’un homme et d’un chien qui, dans le Grand Nord canadien, doivent parcourir 60 km, par une température de - 60°C. Un faux pas dans cette nature hostile et c’est la mort assurée. La seule possibilité pour survivre est de construire un feu, mais, dans ce froid glacial, c’est quasiment impossible. Au fur et à mesure du récit, les doigts s’engourdissent, la barbe devient un bloc de glace, et il lui faut marcher sur un fleuve gelé en surface, sans passer au travers, ce qui équivaudrait à une mort certaine.

    Le roman « glacé » de Jack London surprend d’emblée par son titre étrange : Construire un feu. On dirait un manuel pour apprendre à faire un feu… Mais sous la neige, c’est autre chose ! Et le lecteur plonge d’emblée dans ce roman intriguant. Lorsque l’on lit ce livre, il semble silencieux, avec des dialogues presque inexistants, mais il est bien écrit. Une atmosphère gelée, pleine de suspense vous entoure... Le rythme est rapide, on ne se lasse pas. En effet, on se demande si le personnage principal, cet homme seul avec son chien, réussira à survivre jusqu’au bout : cette question invite à poursuivre la lecture.

    Dans la bande dessinée de Chabouté, la relation entre l’homme et l’animal se ressent davantage. Les images, très bien réalisées, essentiellement en blanc et noir, mettent en avant le feu, élément essentiel à la survie de l’homme. On ressent en revanche moins les sensations de froid qu’à la lecture du roman. L’album est fidèle au roman et fait bien ressortir la nécessité de survie de l’homme face au froid. Les deux ouvrages peuvent se lire conjointement.

    Comité de lecture du collège Notre-Dame, Beauvais

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Citations et extraits

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  • Par ChezLo, le 19 août 2011

    Mon pauvre ami... Tu ne sais rien du froid...
    Le chien, lui, le connaît bien... Il sait... Tous ses ancêtres l'ont connu...
    Et lui a bien entendu hérité de cette connaissance...
    Il sait qu'il faut s'abriter... mais il ne fera pas d'efforts
    pour te communiquer son appréhension...
    Il ne se soucie nullement de ton bien-être...
    Il regrette le feu et sa chaleur bienfaisante...
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  • Par ChezLo, le 19 août 2011

    ... 45 degrés en dessous de zéro te paraissent bien sûr désagréables mais ne te poussent pas à méditer à ta fragilité de créature soumise au froid et encore moins à épiloguer sur l'immortalité et sur ta situation d'homme dans l'univers. Cette morsure du froid, tu l'atténues simplement grâce à tes moufles, des oreillettes, des mocassins et une épaisser paire de chaussettes...
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  • Par ChezLo, le 19 août 2011

    Tes joues gèlent...c'est juste douloureux...rien de plus...ce n'est pas bien grave...[...] ...tu n'as plus de sensations et il te faut vérifier du regard si tes doigts sans vie tiennent oui ou non une branche pour alimenter le feu...mais peu importe... [...]...le feu brûle...
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  • Par zevince, le 10 décembre 2011

    Tu essayes de chasser de ta pensée tes pieds, ton nez et tes joues qui gèlent... Tes doigts ne t'obéissent plus...
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  • Par ChezLo, le 19 août 2011

    ..le chien le sait bien lui, que ce n'est pas un temps pour voyager...son jugement de chien est bien plus juste que ton orgueilleux jugement d'homme...
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Court-métrage "Divination", de Laurent Germain Maury, co-adapté par Christophe Chabouté, d'après sa BD.








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