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Critiques sur Jonathan Strange et Mr Norrell (37)


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  • Par Magicetincelle le 04/02/2012


    Well, well, well… L'année commence bien. Après avoir été bluffée par L'ombre du Vent en Décembre, je suis époustouflée par Jonathan Strange et Mr Norrell en cette fin de Janvier. J'ai bien envie de dire qu'il mérite une place dans mon top 10, mais comme je l'ai dit il y a moins d'un mois pour un autre livre, vous allez penser que je suis trop influençable et change bien trop souvent les livres de mon top 10. Non, non, que nenni (comme dirait Jonathan Strange, mais je vous en reparlerai plus tard). Je suis juste très chanceuse ! J'ai découvert de très grands livres ces deux derniers mois.

    A tous ceux qui sont encore hésitants à se lancer dans la lecture de ce pavé de plus de 1000 pages, voici ma recommandation : lisez-le, les pages se tournent à une vitesse folle. le style recherché et so british est un vrai plaisir et on ne sent pas une seule fois de moments de creux. L'intrigue est menée de main de maitre. 10 ans à bosser dessus et ça se ressent !

    A tous ceux qui hésitent car ça parle de magie et les histoires de fantasy avec des magiciens, depuis l'ère Harry Potter, on en a marre : lisez-le. La magie est bien sûr au centre de cette histoire mais est bien plus subtile que dans de nombreux autres livres fantastiques, et j'ose le dire, plus réelle et palpable. On y croirait presque.

    A tous ceux qui aiment Jane Austen, Oscar Wilde et Lord Byron : lisez-le. le style est un concentré des deux premiers, mixés avec ingéniosité. On y retrouve même leur humour subtil. Quant au dernier, le cher poète anglais fait une apparition hilarante, tout comme Lord Wellington et George III d'Angleterre.

    L'histoire se déroule en Angleterre à l'époque Georgienne, c'est-à-dire au temps de Jane Austen et Lord Byron (ce qui explique certaines particularités du livre énoncées plus tôt…). La magie a désertée l'Angleterre depuis plus de 200 ans. le livre conte les aventures des 2 derniers magiciens anglais : Mr Norrell et Jonathan Strange, vous vous en doutez. Ils œuvrent pour redonner à la magie anglaise toute sa grandeur d'autrefois. Alors que le vieux et ennuyeux Mr. Norrell est plutôt un homme d'étude frileux, le jeune et affable Jonathan Strange, son élève, est beaucoup plus aventureux. Peut-être même un peu trop. Et malgré les mises en garde de Mr Norrell, il s'aventurera sur un chemin où le lien entre magie blanche et noire est bien mince. Ce qu'il ne sait pas c'est que ce chemin, son maitre, l'a déjà emprunté par le passé ce qui aura beaucoup plus d'impact qu'aucun des deux ne le soupçonnent…

    Si ce petit résumé ne vous émeut pas plus que ça et n'éveille aucune curiosité, je n'ai pas donné mon dernier mot.

    Loin d'être un roman de fantasy classique, relatant les aventures de magiciens talentueux et leur lutte contre un esprit malveillant, JS&MN dépeint un monde on ne peut plus british. Lords, gentleman, bals mondains, pot de vin et guerres napoléoniennes sont monnaie courante et peuplent l'univers de JSMN. Les apparitions de personnages réels et d'événements connus de tous (la bataille de Waterloo par exemple) font que le monde dépeint par Susanna Clarke crie de vérité. Les personnages, magiciens ou non, sont faillibles, loin des d'être des surhommes, dont les désirs, les peurs et les contraintes sont les mêmes que n'importe quelle personne de cette époque. Et le style d'écriture, se rapprochant des auteurs de l'époque ne fait que renforcer cette impression. Un vrai plaisir à lire.

    Les dernières 200 pages sont justes grandioses ! Mes préférés, à n'en pas douter. Car arrive dans ces pages tout ce qu'on a espéré tout au long du roman.

    Si vous n'aimez pas la fantasy, ce livre pourrait vous la faire aimer pour la simple et bonne raison qu'on n'a pas l'impression de lire de la fantasy. En un mot comme en cent : si vous aimez la bonne littérature (anglaise), plongez-vous dans cet univers.

    critique de qualité ? (14 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par Thyuig le 29/09/2010


    On aurait tort de prendre ce roman "Jonathan Strange et Mr Norrell" de la britannique Susanna Clarke à l'intérêt distillé, presque consumé sur 1250 pages pour ce qu'il n'est pas : une version pour adulte consentant d'harry Potter. Au contraire, ce roman qui met en scène deux magiciens anglais au 19ème siècle, en pleine guerre avec Napoléon, livre une somme assez déconcertante qui oscille entre Fantastique et Fantasy, comédie de moeurs et satire politique un peu simpliste. Il n'empêche que les 300 dernières pages sont parmi les plus belles que j'ai lues dans le genre Fantastique, elles rivalisent sans mal avec le meilleur de Stoker ou Poe. On assiste béat à l'anéantissement d'une intrigue montée lentement par la romancière et qui la conduit à une apothéose nécessitant la mise en palce de tous les effets du genre : le propos devient noir de cendre, les femmes fatales succombent, même les candidats à la candeur recouvrent leur visage de suie.

    critique de qualité ? (11 votes positifs)



    • Livres 2.00/5
    Par PerdreUnePlume le 18/11/2011


    On dit souvent que la première impression est la bonne, on ne pouvait tomber plus juste avec ce roman ! J'ai beaucoup souffert...
    Le thème un poil steampunk/fantastique (uchronie en période proche victorienne, prémices de l'industrialisation) est pourtant attrayant, de même c'est une écriture typiquement anglaise mais accessible avec même quelques touches d'humour, une ambiance souvent austinienne...
    Mais... où est donc le mais ?
    Et bien déjà c'est terriblement lent, les écarts, descriptions et digressions s'enchaînent alourdissant le roman et l'intrigue qui peine à s'installer et à se faire une place.

    Le lecteur croule, étouffe, sous les détails insignifiants, les dialogues inutiles, les personnages secondaires dont l'unique apparition est inconséquente (et encore je ne vous parle pas des interminables notes de bas de page que j'ai assez vite délaissées...).
    Alors certes, Susanna Clarke a poussé son idée à l'extrême, au point d'inventer toute une science historique de la magie et des magiciens, une fausse bibliographie et des auteurs y afférents. Son monde est riche et complexe et fait aussi de nombreux clin d'œil historiques ou littéraires... mais trop, mille fois trop !

    Au final j'ai cru abandonner ma lecture à de nombreuses reprises et je n'ai finalement pris plaisir que dans les 200 dernières pages (sur un roman qui en fait pas moins de 1200 çà fait mal).
    La trame générale est plaisante mais à lire c'est une vraie plaie qui mériterait d'être dégrossie de tous ces alourdissements nocifs et parasitaires.

    Je suis contente d'en être tout de même venue à bout mais je ne conseillerai pas cette lecture qui bien qu'intéressante est vraiment pénible. Je ne suis pas certaine que le jeu en vaille la chandelle !
    Dommage que la forme desserve tant le fond qui pourtant mériterait une belle place dans son genre sur nos bibliothèques !


    Lien : http://www.perdreuneplume.com/index.php?post/2011/11/18/Jonathan-Str..

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



  • Par InstinctPolaire le 16/05/2012


    Début XIXéme, l'Angleterre fait la guerre à l'Empereur NAPOLEON sans que les membres des clubs ne perdent leur si britannique flegme. Dans certains de ces salons privés on parle de magie... Mais attention, si entre gentlemen on évoque les illustres magiciens qui ont émaillés l'histoire de la Grande-Bretagne, si on s'essaye à l'exégèse de leurs écrits et si on compose leur biographie, on ne pratique pas. Cela ne se fait pas pour des personnes bien nées... Cela ne se fait plus depuis 300 ans... Or un dénommé Mr Norrel s'est mis en tête de réhabiliter la magie anglaise. Et quel meilleur moyen pour inaugurer cette noble entreprise que de commencer par ramener à la vie la jeune et belle promise d'un influent membre du gouvernement. Il sera ensuite temps de se faire guider dans la bonne société londonienne, de s'occuper de la guerre et de prendre pour élève ce si doué jeune homme qu'est Jonathan Strange...

    Vous qui à cet instant lisez cette chronique je me dois dés à présent de vous mettre en garde contre les nombreux dangers de cet ouvrage...

    Il me faut d'abord vous mettre en garde contre son quatrième de couverture. Car le résumé qui y est proposé me paraît ne pas rendre justice à la subtilité de l'oeuvre. On est en effet à milles lieux de la classique confrontation entre un maître bienveillant et un élève impatient de posséder de puissants pouvoirs qui se détournerait vers des voies obscures.

    Il me faut aussi vous mettre en garde contre le style de l'ouvrage. Bien que certains d'entre vous aient l'esprit assez aiguisé pour résister à cet obstacle. J'ai personnellement tendance à aimer les récits vifs et enlevés ; " légers " dans tous les sens du terme même le plus péjoratif. J'ai eu ici quelques difficultés à avancer dans le récit. Certes le style colle parfaitement à l'intrigue qu'il présente. Je le qualifierai personnellement de " sénatorial " : d'un langage des plus recherché, parfait contrepoint à la société anglaise du XIXéme qu'il dépeint, mais qui porte en son sein une tendance à la digression, à une lenteur dans l'exposition qui n'est pas sans rappeler ces vieux messieurs de notre haute assemblée.

    Enfin, il me faut vous avertir contre le pire de tous les dangers de ce livre. Si vous ne pouvez résister au deux précédents écueils que je vous ai présentés vous passerez à côté d'une intrigue riche, subtile qui prend le temps qui lui est nécessaire pour se déployer, prés de 600 des 850 pages qui la compose, avant de vous mener tambour battant vers une grande et belle conclusion comme il m'a rarement été donné de lire.

    Courage, résistez, cela en vaut à mon humble avis largement la peine !



    Lien : http://emaginaire.canalblog.com/archives/2007/10/01/6395090.html#com..

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Gusseuh le 17/03/2010


    Si Jane Austen avait écrit du fantastique, voilà à quoi ça aurait ressemblé.
    Un roman monumental (pas loin de 900 pages en grand format), aux notes de bas de pages tentaculaires (un personnage qui apparaît sur deux lignes dans le roman peut voir toute sa biographie retracée dans le détail dans une note courant sur trois pages), qui happa près de 10 années de la vie de l'auteur.
    Prix Hugo, Locus, World Fantasy et New York Times ! N'en jetez plus !
    Bref, imaginez tout simplement que la magie existe, et qu'elle est en gestation depuis des siècles. Imaginez qu'un bonhomme acariâtre et solitaire prouve à tous que la magie est encore là, bien vivante, prête à être utilisée. Imaginez qu'il participe aux guerres napoléoniennes. Imaginez que parmi ses élèves, un jeune homme de bonne famille se prend de passion pour la magie pratique, quitte à goûter à la magie noire...
    Imaginez...
    Voilà tout simplement l'un de mes 5 bouquins préférés. Jubilatoire, riche, à l'écriture racée. Un mélange des genres détonnant, qui bascule en uchronie et en réécriture de l'histoire, avec une finesse et une roublardise rarement atteinte jusque là dans la littérature de l'imaginaire.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par vilvirt le 01/04/2012


    Après deux mois de lecture (entrecoupée d'autres lectures - je suis toujours égale à moi-même !) j'ai enfin achevé ce récit de Susanna Clarke qui a fait couler beaucoup d'encre. Ouf ! Quel pavé ! Et dès le début, c'était pas gagné... En effet, j'ai vu défiler bien des avis contraires sur les blogs et dans la presse. J'essaie de ne pas me laisser influencer par les opinions des autres en règle générale, mais bon, un peu quand même malheureusement... Et quand j'ai vu le nombre d'avis plus ou moins négatifs sur le web, ça m'a un peu déstabilisée... Et puis vu la grosseur du livre, j'avais presque envie de le reléguer dans un coin et de le ressortir plus tard. Mais on m'a proposé d'en faire une lecture commune (pour février !), alors je me suis lancée.

    Certains s'accordent à dire que ce livre est un chef d'oeuvre, et d'autres ont tout simplement l'impression de s'être fait escroquer dans les grandes largeurs... Et mon opinion dans tout ça ? le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est vraiment partagée. D'un côté, il est incontestable que Susanna Clarke possède un talent inégalé pour créer un monde foisonnant, riche en personnages multiples et en situations complexes. L'atmosphère de l'époque est très bien rendue, l'histoire se déroule durant le règne de George III à l'époque des guerres napoléoniennes qui ravagent le pays, et le récit se poursuit sur près de 10 années durant lesquelles on assiste à l'arrivée et à l'apogée de deux grands magiciens anglais : Strange et Norrell. Côte à côte, ils vont oeuvrer pour leur pays en multipliant les tours de passe-passe, se forgeant ainsi une réputation de grands magiciens anglais inégalée et s'élevant jusqu'à des positions privilégiées.

    Le style est plus que soigné, il est extrêmement agréable et rappelle nos bons vieux classiques anglais indémodables, et quoique le sujet traité soit la magie, ce qui ressort de ce récit c'est avant tout une impression de profonde réalité. L'auteur a donc réussi le pari un peu fou de placer ses personnages au coeur d'un contexte en grande partie imaginaire, de nous faire aimer ça et de nous le rendre crédible. En effet, l'Angleterre de 1806 à 1817 imaginée par Susanna Clarke est un monde très similaire à la réalité puisqu'elle évoque les nombreux conflits qui ont jalonnés cette période de l'histoire. Mais elle est aussi emprunte de magie et bercée par des mythes qui prennent racine dans l'histoire du pays et qui ont façonné les terres de Grande-Bretagne. Tout ce qui se rapporte à l'incroyable mythologie et aux légendes sorties tout droit de l'imagination de l'auteur est un régal, même si les nombreuses notes de bas de pages ont de quoi déstabiliser beaucoup de gens et cassent un peu le rythme de la lecture. Ses allusions aux mythes et légendes d'Angleterre et le folklore qu'elle a imaginé autour nous donnent envie de nous plonger plus en détail dans tous ces contes et ces récits surnaturels dont on peut - j'espère ! - trouver le recueil quelque part. Les notes, multiples et très longues qui s'étalent parfois sur plusieurs pages, sont au final un second livre dans le livre et permettent d'entrevoir la richesse et l'originalité du monde créé par Susanna Clarke, sans parler de la lignée de magiciens anglais qui ont détenus tous les secrets de cette science au fil des siècles et dont elle rappelle constamment les exploits.

    Créer tout cela, s'inspirer du monde des fées et y ajouter sa propre touche personnelle comme elle l'a fait, c'est vraiment un travail de titan et c'est remarquable. C'est peut-être l'aspect qui m'a le plus séduite dans cet ouvrage parce que ça m'a rappelé les mondes issus de l'imagination d'auteurs tels que Tolkien. Elle a imaginé un passé magique tout en subtilité et poésie, fruit d'un travail extraordinaire qui se révèle peu à peu aux yeux du lecteur et lui donne envie de tourner les pages et d'en connaître toujours plus sur cette Angleterre livrée au surnaturel.

    Lire la suite :


    Lien : http://tranchesdelivres.blogspot.fr/2012/04/jonathan-strange-mr-norr..

    critique de qualité ? (6 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par laurentgui le 18/05/2012


    Un roman dont le thème est la magie, une magie qui a disparu d'Angleterre depuis plusieurs centaines d'années, qui n'est plus que théorique et étudiée par de vieux gentlemen. L'histoire est tournée autour du renouveau de la magie, d'une magie « moderne », tout en essayant inévitablement d'appréhender d'anciennes techniques, d'anciennes croyances comme l'existence de fées ou d'autres mondes. L'intérêt du lecteur que je suis a été rapidement captivé, même si à mon goût le suspense ne monte réellement que dans le dernier quart du livre (qui est assez gros). Un roman divertissant et sympathique. Un détail un peu barbant : les notes de l'auteur, qui auraient pu être intégrées au corps du texte, et qui s'étalent parfois sur plusieurs pages.

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par kedrik le 08/09/2011


    Curieuse lecture que ce Jonathan Strange & Mr Norell. Quand on sait que ce roman a gagné le Prix Hugo et un World Fantasy Award, on ne peut qu'avoir de grosses attentes en attaquant ce pavé de 1000 pages. Eh bien disons le tout de suite, Susanna Clarke, son auteur, ne déçoit pas le lecteur avec ce petit chef d'oeuvre de fantasy historique. Si Neil Gaiman est considéré par certains comme l'actuel roi de la Fantasy, force est de reconnaître que Susanna Clarke est sa reine toute désignée.

    L'action débute en 1806 en Angleterre. Mr Norrell, un gentleman pur sucre, a une idée en tête : faire renaître la magie dans la perfide Albion. L'ambition de ce magicien va emporter le royaume anglais dans de tumultueuses mutations. Car l'Angleterre de l'époque est remplie de magiciens théoriciens qui parlent et écrivent sur la magie sans avoir jamais jeter un sortilège de leur vie. Mr Norrell est lui un praticien, un vrai, dont les pratiques magiques font la une des gazettes et font parler des les salons de Londres. Malheureusement, Mr Norrell est également un homme qui a des idées très arrêtées sur sa condition de seul et unique magicien anglais. Il entend diriger ce renouveau d'une main de maître en imposant sa vision. C'est sans compter sur Jonathan Strange, un jeune prodige, qui bien que disciple de Mr Norrell, ne partage absolument pas les vues de son mentor.

    Ce roman mélange bien des aspects : c'est bien évidemment un livre qui traite de la tradition magique en mettant en scène des magiciens plus préoccupés par leur image de marque que par leur maîtrise des arts ésotériques. L'approche collégiale, avec tout ce que ça comporte d'étroitesse d'esprit et de guerres idéologiques, est bien rendue. Ils sont souvent incompétents, réussissent par hasard et usent de mauvaise foi quand l'échec est inévitable. Mais en plus de ce savoureux travail critique sur la tradition hermétique, le roman possède une approche sociale bien présente. L'Angleterre de l'époque est finement rendue, avec des serviteurs plus intelligents que leurs maîtres (un peu comme chez Molière), des mariages de raison, un sens des convenances omniprésent... It's so british. Quand un profane demande à un de nos deux héros si un magicien peut tuer quelqu'un avec ses pouvoirs, il se voit répondre "Oui, un magicien peut le faire, mais un gentleman ne le ferait pas."

    Toutefois, il faut avouer que l'action est bien souvent absente de ce récit en dehors de quelques scènes de guerre. Il ne faut pas s'attendre à un roman d'aventure : c'est avant tout une chronique satirique, avec des lenteurs dignes De Balzac. Mais un roman dans lequel les méchants sont des bonapartistes français ne peut pas être mauvais. Pour une fois un livre parle de la vieille Angleterre sans nous seriner avec l'époque victorienne. Par contre, l'auteur a une facheuse tendance à abuser et surabuser des notes de bas de pages, c'est usant. Si l'édition de poche est un peu trop dense, il y a tout de même de superbes gravures signées par Portia Rosenberg qui aident à se mettre dans l'ambiance feutrée des magiciens scolaires qui pérorent.


    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2006/12/critique-jonathan-strange-mr-norre..

    critique de qualité ? (5 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par Missbouquin le 07/10/2011


    Le livre

    1806 : dans une Angleterre usée par les guerres napoléoniennes, un magicien à la mode ancienne, un certain Mr Norrell, offre ses services pour empêcher l'avance de la flotte française. En quelques sorts, il redonne l'avantage aux Anglais et devient la coqueluche du pays. Il profite de cette célébrité pour travailler à la cause de la magie anglaise, qui a disparu du pays depuis des siècles. En cela, il sera aidé par Jonathan Strange, un jeune et brillant magicien à qui il enseigne (presque) tout ; mais les deux hommes n'ont pas la même idée de ce que doit être la magie, et vont bientôt tomber une rivalité idéologique. Mais dans les ténèbres, un mauvais esprit œuvre ... Que cache le sombre manoir d'Illusions-perdues ?
    Ce que j'en ai pensé

    Je viens de finir ce livre et je suis embêtée. Un peu perdue aussi. A tel point que j'ai fait ce que je m'interdis d'ordinaire : j'ai regardé ce que d'autres ont pu penser de ce livre. Car il est extrêmement difficile de se faire une idée et de porter un jugement tellement ce livre est original et destabilisant. Difficile de lui appliquer les critères critiques classiques. Peut-être est-ce lié au fait que j'ai mis un mois pour le lire, ce qui est un maximum que je n'ai jamais atteint depuis que je sais lire ...

    Alors certes ce livre est long à lire (plus de 1000 pages en version poche, par ailleurs je vous le conseille en broché, c'est bien plus agréable; et pas facile à emmener dans le métro), mais en réalité il se prête très bien à une lecture lente. L'auteur a mis 10 ans à l'écrire. Et cela se comprend. Tous les soirs pendant un mois j'ai pris ce livre avec plaisir et j'ai plongé dans ce monde qu'elle a mis si longtemps à construire et à peaufiner.

    Et il est parfait : un style remarquable, bien XIXe; des personnages bien construits, cohérents, attachants ou glaçants; une atmosphère magique inimitable. Impossible de classer ce roman : dans la lignée de Rowling plus que de Tolkien, mais plus complexe, plus approfondi d'une certaine manière. Avec moins d'action aussi. Mais ce n'est pas cela qui m'a dérangé : un livre n'a pas besoin d'être rempli d'aventures pour être bon, et souvent ceux qui le sont cachent juste un manque d'idées et un mauvais style qui ne se complaît que dans la description d'une action.

    Non, je crois finalement que s'il manque quelque chose à ce roman, c'est un peu plus de "peps", de pétillant à certains moments. Peut-être un petit plus d'humour, auquel j'attache énormément d'importance dans les livres, détestant les auteurs qui se prennent trop au sérieux. Les notes de bas de page alourdissent un peu le texte et peuvent être encombrantes, même si cela est agréable que la plupart des anecdotes n'encombrent pas le texte lui-même et la narration. Parfois ce sont les notes qui occupent le plus d'espace, et ce sont elles qui prouvent la maîtrise de son sujet par l'auteur. Cela m'a fait penser au scénariste des derniers films Harry Potter, qui disait que s'il posait la moindre question à Rowling au sujet de ses personnages, s'il demandait le moindre détail sur le monde des sorciers, qui n'existe pas dans les romans, elle était capable de le lui fournir. C'était le cas de Tolkien aussi. Et je mets Susanna Clarke au même niveau. Quelqu'un lui reprochait de trop longues descriptions et un manque d'action : avez-vous lu Le Seigneur DES Anneaux ? je ne parle pas des films qui ne sont que des pâles copies et qui n'ont su que retranscrire des scènes de guerre. Non Le Seigneur DES Anneaux n'est pas vraiment un livre d'action, c'est un livre métaphorique, un livre poétique, un livre sur la vie. Et c'est à lui que je compare Jonathan Strange et Mr Norrell. Loin de ces univers pauvres que sont les romans actuels de fantasy, et en prenant même le risque de perdre ce lectorat, Susanna Clarke a renoué avec une belle tradition, avec un beau style et un monde magique.

    On en croirait presque que l'on a vraiment appris l'histoire de la magie à l'école et que la magie va renaître en Angleterre (J'en suis venue à douter du vrai et du faux, et j'ai ressenti le besoin de vérifier l'histoire anglaise ... ) Et malgré ce que vous pouvez penser, cela n'a aucun rapport avec Harry Potter ! Dans le monde de Clarke, des gens souhaitent le retour du roi Corbeau, le plus grand magicien de tous les temps; les sociétés de magiciens théoriciens pullulent. Mais l'Angleterre semble avoir perdu son âme et tout son attrait avec la disparition de la magie. Et c'est cette longue renaissance, sous l'instigation d'un personnage dont on ne connaîtra l'identité qu'au bout des 1000 pages, que symbolise ce roman.

    Finalement, pour trouver le message du texte, il faut être courageux. Il faut lire et rentrer jour après jour dans ce monde où comme les Anglais, on finit par ne plus s'étonner des actes magiques. Et c'est ce que je ressens : la fin comme une récompense, un remerciement de l'auteur de l'avoir suivi jusqu'au bout, d'avoir vécu dans son monde comme elle a dû le faire.

    Alors lisez le ! Mais vous êtes prévenus. C'est un livre difficile. Une structure complexe. Des méandres dans lesquels il ne faut pas se perdre. On peut ou l'adorer ou le détester (il n'y a pas d'entre deux). Et rassurez vous, je ne vous dirai pas que ce livre finit bien, vous seriez déçus ... Car il échappe à toute catégorisation, à tout jugement définitif, à toute description, même si je viens de tenter de le faire. C'est un livre insaisissable. Et en ça, c'est un chef d'œuvre. le mieux est d'essayer. Et vous verrez.


    Lien : http://wp.me/p1Gkvs-ij

    critique de qualité ? (4 votes positifs)



  • Par LiliGalipette le 21/07/2011


    « La magie anglaise a été façonnée par l'Angleterre, tout comme l'Angleterre a été façonnée par la magie. » (p. 892) Et pourtant, en 1807, la magie a disparu du pays depuis quatre siècles. Les magiciens sont en fait des historiens de la magie et ils ne pensent certainement pas à pratiquer cet art. Rien ni personne ne semble pouvoir réveiller et exercer ce savoir millénaire. Pourtant une prophétie se fait entendre : il est dit que deux magiciens restaureront la magie en Angleterre.
    Un homme se présente. Il s'appelle Mr Norrell. Depuis des années, il rachète tous les livres sur la magie. Sa bibliothèque est considérable. Mr Norrell est certain de pouvoir trouver l'explication de la disparition de la magie. Il est également certain que la magie peut aider son pays : « Je suis venu ici afin de me rendre utile. […] J'avais espérer jouer déjà un rôle éminent dans la lutte contre les Français. » (p. 98 & 99) En effet, Bonaparte et ses armées n'ont qu'à bien se tenir : à coup de sortilèges, Mr Norrell établit un surprenant blocus maritime. Mais les pouvoirs du magicien ne s'arrêtent pas là : avec l'aide d'un garçon-fée, il ramène à la vie une jeune et belle trépassée, Lady Pole.
    Ailleurs en Angleterre vit le jeune Jonathan Strange. C'est par hasard qu'il s'adonne à la magie. Ses premiers pas dans la discipline sont vagues : il lui est impossible de trouver un bon livre pour s'exercer. Partout, Mr Norrell est passé avant lui. « Je n'ai jamais vu cet homme de ma vie. En revanche, il me barre le chemin à tout instant. » (p. 327) Devant les qualités évidentes du jeune homme, Mr Norrell s'incline et accepte d'en faire un disciple. « Mr Norrell, qui avait vécu toute sa vie dans la crainte de se découvrir un rival, avait fini par voir la magie d'un autre, et loin d'être accablé par ce spectacle, s'en trouvait exalté. » (p. 343)
    Mr Norrell et Jonathan Strange gagnent rapidement en popularité. le Tout-Londres se les arrachent et la magie est la nouvelle tocade de tout un chacun. « Désormais, il y avait donc à Londres deux magiciens à admirer et à encenser. Je doute que ce soit une grande surprise pour quiconque d'apprendre que, des deux, Londres préférait Mr Strange. En effet, Strange correspondait à l'idée que chacun se faisait d'un magicien. Il était grand, il était charmant, il avait un sourire des plus ironiques et, à la différence de Mr Norrell, il parlait beaucoup de magie et ne voyait pas d'objection à répondre aux questions du public sur le sujet. » (p. 381)
    Mais l'entente entre les deux magiciens ne peut durer. Alors que Mr Norrell veut garder sous contrôle le bénéfice de la magie, Strange souhaite faire des coups d'éclats. C'est au Portugal, dans la guerre contre les Français, qu'il s'illustre : meilleur soutien du duc de Wellington, Strange applique une magie originale et pleine de panache. Entre Norrell et Strange, la rupture est consommée. Désormais, c'est à qui fera assaut d'une magie plus remarquable. Mais l'Angleterre en danger les contraint de s'unir pour lutter contre une puissance malfaisante. Un certain gentleman avec des cheveux comme du duvet de chardon s'attache des vies humaines et les garde en un lieu nommé Illusions-Perdues. Pour lutter contre cet ennemi féérique, Mr Norrell fait appel aux savoirs contenus dans les livres et Jonathan Strange fait siens les pouvoirs de la nature.
    Susanna Clarke offre un roman très riche et habilement construit. Elle invente un paratexte sérieux et nourri autour des personnages : elle leur trouve des biographes et elle fait surgir de nulle part une foisonnante histoire de la magie anglaise. Il est facile de sauter à pieds joints et les yeux fermés dans cet univers. L'auteure mêle à son roman des bribes d'Histoire, sous la forme de personnages réels et de références militaires. Et elle ouvre tous les champs du possible en montant de toutes pièces un univers magique complet et convaincant. On trouve un Roi Corbeau, des fées, des sortilèges oubliés, des miroirs magiques et bien d'autres choses encore.
    L'auteure inscrit avec habileté son roman dans une parenté littéraire qui rend hommage à de grandes plumes. Jane Austen et Ann Radcliffe apparaissent au détour d'une page et donnent toute légitimité au texte d'être à la fois un roman de mœurs et un roman noir. Jonathan Strange et Mr Norrell est également un roman d'aventure et un conte philosophique où les hommes font preuve d'hybris.
    Néanmoins, j'ai été déçue par la fin du roman. Après des centaines de pages de tension et de mystères, les révélations et les dénouements sont un peu plats, voire bâclés. le texte de Susanna Clarke s'inscrit dans la veine des grands romans d'Heroic Fantasy. Un journaliste a comparé son œuvre à celle de Tolkien. Je ne prétends pas la même chose, mais il est indéniable qu'elle a su créer un livre-univers. Toutefois, à la différence de la saga de Tolkien ou des aventures du jeune Harry Potter, cet univers est clos sur lui-même. On n'imagine pas une suite ou des textes parallèles : Susanna Clarke a ressuscité la magie le temps d'un livre, et le temps d'un livre on y a cru. Et c'est déjà beaucoup.


    Lien : http://www.desgalipettesentreleslignes.fr/archives/2011/07/21/214992..

    critique de qualité ? (4 votes positifs)






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