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Citations sur Absalon, Absalon! (12)


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  • Par chartel le 27/12/2008


    On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela sans savoir pourquoi, mais on continue d’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, tout embrouillé avec eux, comme si on s’efforçait, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais les mêmes ficelles sont attachées à tous les autres bras et jambes et tous les autres essayent également et ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est qu’ils se prennent dans les ficelles des autres comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier mais avec chacune d’elles voulant tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, on le sait, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance puisque l’on continue à essayer ou que l’on est obligé de continuer, et puis tout à coup tout est fini et tout ce qui vous reste est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire mettre le marbre en place et d’y faire marquer quelque chose, et il pleut dessus et le soleil brille dessus et au bout d’un peu de temps on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les marques essayaient de dire, et cela n’a pas d’importance.

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  • Par mimozac le 27/08/2012


    On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela sans savoir pourquoi, mais on continue d’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, tout embrouillé avec eux, comme si on s’efforçait, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais les mêmes ficelles sont attachées à tous les autres bras et jambes et tous les autres essayent également et ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est qu’ils se prennent dans les ficelles des autres comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier mais avec chacune d’elles voulant tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, on le sait, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance puisque l’on continue à essayer ou que l’on est obligé de continuer, et puis tout à coup tout est fini et tout ce qui vous reste est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire mettre le marbre en place et d’y faire marquer quelque chose, et il pleut dessus et le soleil brille dessus et au bout d’un peu de temps on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les marques essayaient de dire, et cela n’a pas d’importance.

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  • Par mimozac le 28/08/2012


    J'ai eu tort. Je le reconnais. J'ai cru qu'il y avait des choses qui restaient importantes seulement parce qu'elles l'avaient jadis été. Mais je me trompais. Rien n'a d'importance sinon de respirer, respirer, comprendre, vivre.

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  • Par Outis le 09/04/2008


    Peut-être est-il nécessaire de vraiment bien connaître quelqu'un pour l'aimer mais quand on hait quelqu'un depuis quarante-trois ans on le connaît vraiment bien et peut-être cela vaut-il mieux ainsi, peut-être est-ce bien ainsi car au bout de quarante-trois ans il ne peut plus vous causer de surprise ni vous faire grand plaisir ou vous mettre très en colère.

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  • Par chartel le 27/12/2008


    Il était une fois – Remarquez-vous comme la glycine pressurée par le soleil sur le mur ici près distille son parfum et pénètre dans cette chambre comme (libérée des entraves de la lumière) par une mystérieuse et abrasive progression, de grain à grain, des innombrables éléments de l’ombre ? Telle est la substance du souvenir – la sensation, la vue, l’odorat : les muscles avec lesquels nous voyons, entendons et sentons – pas l’intelligence, pas la pensée ; la mémoire n’existe pas : le cerveau ne reproduit que ce que les muscles cherchent en tâtonnant, ni plus, ni moins, et la somme qui en résulte est d’ordinaire incorrecte et fausse et ne mérite que le nom de rêve.

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  • Par Woland le 10/01/2014


    [...] ... D'abord les deux, puis quatre : maintenant, de nouveau deux. La chambre, en vérité, était comme un tombeau : elle avait quelque chose de faisandé, de figé, de moribond, qui dépassait la mesure du simple froid vif et vivant. Pourtant [Quentin & Shreve] y restèrent, bien qu'à moins de trente pieds de là il y eût le lit et la chaleur. Quentin n'avait même pas mis son pardessus, qui gisait sur le plancher à l'endroit où il était tombé du fauteuil sur lequel Shreve l'avait posé. Le froid ne les faisait pas battre en retraite. Ils le supportaient tous deux dans une sorte d'exaltation masochiste et préméditée de misère physique transmuée en la souffrance morale de deux jeunes gens durant cette période, il y avait de cela cinquante ans, ou plutôt quarante-huit, puis quarante-sept, puis quarante-six, puisque c'était 64, puis 65 et les débris guenilleux de l'armée ayant battu en retraite à travers l'Alabama et la Géorgie jusque dans la Caroline, non pas talonnée par une armée victorieuse, mais plutôt par la marée montante des noms de batailles perdues d'un côté comme de l'autre - Chickamauga et Franklin, Vicksburg, Corinth & Atlanta - batailles perdues non seulement à cause de la supériorité numérique, des munitions et des approvisionnements déficients, mais à cause des généraux, qui l'étaient non pour leur pratique des méthodes contemporaines ou de leur aptitude à les apprendre, mais en vertu du droit divin de dire "Allez-y" conféré à eux par le pouvoir illimité d'un régime de caste ; ou parce que ces généraux n'ont jamais vécu assez longtemps pour apprendre comment livrer avec circonspection des batailles mettant en ligne des masses d'hommes accrues, puisqu'ils étaient déjà aussi périmés que Richard Coeur-de-Lion, Rolan ou Du Guesclin, des généraux emplumé aux capotes doublées d'écarlate, qui, à vingt-huit, trente et trente-deux ans, prenaient des bateaux de guerre avec des charges de cavalerie, mais sans grain, viande ni boulets, qui, en autant de journées, battaient trois armées en trois endroits différents, puis démolissaient leurs propres fortifications pour faire cuire la viande volée à leurs propres fumoirs, qui, en une nuit, avec une poignée d'hommes, incendiaient et détruisaient à l'ennemi un dépôt de vivres d'un million de dollars, et, la nuit d'après, se faisaient descendre d'un coup de fusil par un voisin qui les trouvait couchés avec sa femme - deux, quatre, deux maintenant de nouveau selon Quentin et Shreve, les deux, les quatre, les deux qui continuaient de parler, celui qui ne savait pas encore ce qu'il allait faire, l'autre qui savait ce qu'il devrait faire mais qui ne pouvait pas encore s'y résigner - Henry citant lui-même d'illustres exemples d'incestes, parlant du duc Jean de Lorraine, comme s'il espérait peut-être évoquer ce fantôme condamné et excommunié pour lui dire, à lui en personne, qu'il avait raison, comme les gens qui, avant et depuis, ont essayé d'évoquer Dieu ou le Diable pour se justifier de ce qu'exigeaient leurs glandes - les deux, les quatre, les deux, se regardant l'un l'autre dans cette chambre sépulcrale : Shreve le Canadien, l'enfant des blizzards et du froid, dans son peignoir de bain avec son pardessus remonté jusqu'aux oreilles ; Quentin, l'homme du Sud, produit morose et délicat de la pluie et de la chaleur humide, dans ses minces vêtements appropriés qu'il avait apportés du Mississippi, son pardessus (aussi mince et inutile en son genre que le complet) gisant sur le plancher et qu'il ne s'était pas donné la peine de ramasser :

    (...) l'hiver de 64 à présent, l'armée en retraite à travers l'Alabama, se réfugiant en Géorgie ; maintenant, ils venaient de laisser la Caroline derrière eux et Bon, l'officier, pensait : ... [...]

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  • Par Sachenka le 21/09/2013


    Raconte-moile Sud. Comment c'est là-bas? qu'est-ce qu'on y fait. Pourquoi est-ce qu'on y vit. Pourquoi est-ce qu'on y est en vie.

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  • Par Woland le 10/01/2014


    [...] ... "Oui, ce fut Henry qui séduisit Judith : ce ne fut pas Bon ; je n'en veux pour preuve que la froideur suspecte et la durée de la cour que celui-ci fit à Judith : des fiançailles, si fiançailles il y eut, qui se prolongent toute une année et se composent de deux visites de vacances en qualité d'invité d'un frère, visites que Bon semble avoir passées à monter à cheval et à chasser avec Henry ou à jouer le rôle de fleur de serre élégante, ésotérique, à laquelle un nom de grande ville tenait lieu d'origine, d'histoire et de passé, et autour de laquelle Ellen [= mère de Judith et Henry] coquetait et papillonnait son frivole été de la Saint Martin : lui, en tant qu'homme, il était accaparé, tu comprends. Il n'y avait pas, dans ses journées trop remplies, de moment, d'intervalle, de répit, pendant lequel il aurait pu faire la cour à Judith. Impossible même de se les figurer seuls, Judith et lui. Le tenterait-on, le plus qu'on puisse imaginer c'est une extériorisation d'eux-mêmes, alors que leurs deux personnes réelles étaient sans doute séparées et dans des endroits différents - deux ombres se promenant, sereines et exemptes des tracas de la chair, dans un jardin d'été - les deux mêmes ombres sereines qui semblent observer et flotter, impartiales, attentives et paisibles, au-dessus d'eux et derrière l'inexplicable et orageuse nuée d'interdictions, de défis, de reniements, d'où Sutpen, semblable à un roc, et l'impétueux et violent Henry lançaient feu et flamme, puis s'arrêtaient - Henry qui, jusqu'alors, n'était même jamais allé jusqu'à Memphis, qui n'était jamais sorti de chez lui avant ce mois de septembre où il se rendit à l'université, avec ses vêtements de coupe campagnarde, son cheval de selle et son palefrenier nègre : les six ou sept qu'ils étaient, dont l'âge et le milieu ne différaient que superficiellement, par la nourriture, les vêtements et les occupations journalières, de ceux des esclaves noirs qui les faisaient vivre - même sueur, à cette différence que, d'un côté, elle était le résultat du travail des champs, de l'autre la rançon des piètres et sobres plaisirs accessibles à ceux qui n'étaient pas obligés de suer dans les champs : les exercices rudes et violents, chasse et chevauchées ; mêmes plaisirs : d'un côté le jeu pour de vieux couteaux, des bijoux de cuivre, des carottes de tabac, des boutons, des vêtements, parce que c'étaient ces choses-là qu'ils avaient le plus facilement et le plus rapidement dans la main ; de l'autre, pour de l'argent, des chevaux, des fusils, des montres, et pour la même raison ; mêmes réjouissances : une musique exactement semblable sur des instruments identiques, violons et guitares, joués par des mazettes, tantôt dans de vastes demeures avec lustres, robes de soie et champagne, tantôt dans des cases au sol de terre battue, avec des torches de résine, des robes de calicot et de l'eau sucrée à la mélasse - ce fut Henry car à cette époque-là, Bon n'avait pas même vu Judith. Il n'avait probablement pas accordé assez d'attention aux rabâchages incohérents d'Henry sur son son existence et son milieu étriqué et bourré de préjugés pour se rappeler qu'Henry avait une soeur - lui, l'homme nonchalant et trop mûr pour trouver même une camaraderie parmi les jeunes, les gosses, avec lesquels il vivait actuellement ; cet homme mal adapté à son temps et qui le savait, qui l'acceptait pour une raison vraisemblablement assez bonne pour le lui faire supporter et manifestement trop sérieuse, ou du moins trop personnelle, pour qu'il en fît part aux relations qu'il possédait maintenant ; cet homme qui, par la suite, fit preuve de la même indolence, presque de la même indifférence, du même détachement, quand s'éleva tout ce bruit au sujet de ses fiançailles qui, d'après ce qu'en surent les gens de Jefferson, n'avaient jamais eu lieu officiellement, que Bon lui-même n'avait ni confirmées ni niées, et lui, à l'arrière-plan, impartial, impassible, comme si ce n'était pas lui qui était en cause, qu'il agît pour le compte de quelque ami absent mais que la personne en question, le réprouvé, fût quelqu'un dont il n'avait jamais entendu parler et qui lui fût parfaitement indifférent. ... [...]

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  • Par melouka le 07/06/2013


    On laisse si peu de trace, voyez-vous. On naît, on essaye ceci ou cela sans savoir pourquoi, mais on continue d’essayer ; on naît en même temps qu’un tas d’autres gens, tout embrouillé avec eux, comme si on s’efforçait, comme si on était obligé de faire mouvoir avec des ficelles ses bras et ses jambes, mais les mêmes ficelles sont attachées à tous les autres bras et jambes et tous les autres essayent également et ne savent pas non plus pourquoi, si ce n’est qu’ils se prennent dans les ficelles des autres comme si cinq ou six personnes essayaient de tisser un tapis sur le même métier mais avec chacune d’elles voulant tisser sur le tapis son propre dessin ; et cela ne peut pas avoir d’importance, on le sait, ou bien Ceux qui ont installé le métier à tisser auraient un peu mieux arrangé les choses, et pourtant cela doit avoir de l’importance puisque l’on continue à essayer ou que l’on est obligé de continuer, et puis tout à coup tout est fini et tout ce qui vous reste est un bloc de pierre avec quelque chose de griffonné dessus, en admettant qu’il y ait quelqu’un qui se souvienne ou qui ait le temps de faire mettre le marbre en place et d’y faire marquer quelque chose, et il pleut dessus et le soleil brille dessus et au bout d’un peu de temps on ne se rappelle plus ni le nom ni ce que les marques essayaient de dire, et cela n’a pas d’importance

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  • Par racooninan le 29/08/2012


    Et si l'on n'a pas l'honneur et l'orgueil, alors rien n'a d'importance. Seulement il y a en nous quelque chose qui fait peu de cas de l'honneur et de l'orgueil mais qui vit, qui même recule pendant une année entière simplement pour vivre ; qui même lorsque tout cela sera fini et qu'il ne restera même pas la défaite, refusera toujours de s'asseoir tranquillement au soleil pour mourir, mais sera dans les bois à aller et à chercher alors que la volonté et l'endurance ne suffiraient pas seules à le faire aller, à fouiller la terre pour trouver des racines ou Dieu sait quoi - cette vieille chair sensible, sans pensée et sans rêve, qui ne connaît même pas de différence entre le désespoir et la victoire, Henry.

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