« Jamais deux sans trois ». J'avais beaucoup aimé
La Petite robe de Paul et
Un secret de
Philippe Grimbert, en serait-il de même de son dernier roman ? Je ne peux pas parler de véritable coup de cœur mais cette lecture ne m'a laissée en rien indifférente.
Philippe Grimbert construit cette fois un suspense psychologique autour du basculement tragique d'une amitié passionnelle.
C'est un roman écrit à la première personne où le narrateur, Loup, raconte sa propre existence en partant non pas de sa naissance mais de sa rencontre au jardin public du petit Mando qui devient à partir de ce jour-là son meilleur ami. Ils grandissent ensemble et se nourrissent des mêmes centres d'intérêt. Ils ont vécu tous les deux des tas de moments inoubliables. Comme deux frères. Mais après le lycée, il vont se séparer pour prendre des branches différentes. Loup, devenu le disciple zélé d'un certain «Pr Psychopompe», choisit la psychanalyse; son ami préfère des matières plus «objectives»: le droit et l'économie. Et c'est à partir de ce moment que tout va commencer à changer… . Quelle est cette mécanique qui, dès lors, s'enclenche pour les éloigner l'un de l'autre? Au prix d'une écriture sensible et percutante, Grimbert part à la recherche de la lézarde infime qui «était là depuis le début».
Dès la première page, la scission entre les deux garçons que "rien n'aurait dû séparer" est annoncée: « croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n'y a pas eu de rivalités imbéciles, c'est autre chose qui les a déchirés.» Et cet «autre chose», dévoilé à la fin du livre, hante le récit couvert de mystère.
Philippe Grimbert nous livre un roman sobre et juste sur la culpabilité : celle d'avoir été trop aimé, de ne pas pouvoir être à la hauteur de l'amour que l'on nous porte, et d'être ainsi malgré soi l'origine d'un malheur, la « mauvaise rencontre » (notion lacanienne) qui donne son titre au livre. C'est aussi un ouvrage sur le deuil, la fidélité et ses manquements. le psychanalyste a pris le pas sur le romancier.
La mauvaise rencontre est un livre qui surprend, qui émeut, qui interroge aussi. Une fois terminé, on a envie de le relire pour distiller à nouveau les indices insoupçonnables de l'ultime dénouement. C'est ce que j'ai fait.