Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

ISBN : 2253117188
Éditeur : Le Livre de Poche

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.64/5 (sur 1369 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et pu... > voir plus
Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (143)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par sandrine57, le 05 octobre 2014

    sandrine57
    Dans le Paris de l'après-guerre, la famille Grimbert coule des jours paisibles entre leur boutique de la rue du Bourg-l'Abbé et le stade et la piscine où les parents, sportifs émérites, entretiennent leur physique d'athlète. Leur fils, lui, de faible constitution et de santé fragile, se tient éloigné des joies du sport, préférant collectionner les bonnes notes à l'école, dans l'espoir de laver la déception qu'il croit lire dans les yeux de son père. du passé de Maxime et Tania, il ne sait rien, mais il aime à imaginer leur première rencontre, leurs premiers émois et leurs années de guerre, derrière la ligne de démarcation, loin de Paris dont ils ont fui les restrictions. Pour se consoler de sa solitude, il s'est inventé un frère aîné, grand, beau, fort et sûr de lui, un frère avec lequel il se chamaille, se bagarre, un frère qui serait la fierté de ses parents. Il a quinze ans quand Louise, voisine et amie de la famille, lui confie le lourd secret que ses parents lui cachent depuis toujours, un secret qu'il pressentait mais dont il n'imaginait pas l'impact sur ses parents et sur lui-même.

    En peu de mots, avec une pudeur extrême, Philippe GRIMBERT réussit à évoquer toute l'horreur de la shoah. Sans jamais écrire ni le mot juif, ni le mot camp, il dénonce une période de l'Histoire qui a vu s'effondrer le monde des juifs de France, confiants en leur pays, en leur gouvernants, en leur police. Pour échapper aux rafles et à la déportation, il fallait désobéir, refuser l'inscription à la préfecture, refuser l'étoile jaune, se réfugier dans la France Libre. Pour ceux qui ont survécu aux camps et ceux qui ont eu la chance de ne pas y aller, la joie d'être vivants a cédé devant le sentiment de culpabilité. Certains ont voulu tout oublier, effacer les humiliations, les violences, s'offrir une vie nouvelle, en scellant le passé. Pour ne plus souffrir, ils ont tu la souffrance, pour épargner leurs enfants, ils changé de noms, se sont réinventé un passé, une histoire. Mais le secret, latent et pesant, gangrène les familles. On cache toujours pour protéger mais la dissimulation, insidieuse, fait plus de mal qu'une vérité bien expliquée. Chez les Grinberg, devenus Grimbert, l'enfant sait sans savoir, ressent sans être sûr. L'histoire familiale qu'on lui a cachée est tapie dans ce corps qui refuse de s'épanouir, pèse sur ses frêles épaules, creuse son sternum, tétanise ses membres. Si la révélation fera naître d'autres questionnements, d'autres craintes, d'autres culpabilités, au moins, elle délivrera son corps de ce poids mort qui l'annihilait. Lui aussi se taira, pour, à son tour, protéger ses parents mais il trouvera un jour les mots pour lever la culpabilité et la peur.
    Ce ''roman'' autobiographique est un concentré d'émotions fortes, un témoignage pudique et tendre qui évite habilement le pathos jusqu'au final, très émouvant, où l'on ne peut contrôler les larmes. A lire, évidemment.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 38         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 06 août 2011

    Malaura
    "Fils unique, j'ai longtemps eu un frère".
    Par ces mots en incipit, le narrateur revient sur ses années d'enfance troublées par le poids d'un secret familial.
    Très tôt, le jeune garçon à la constitution fragile sent confusément ce que tous tentent de lui cacher depuis toujours.
    Alors il s'invente un frère, plus grand, plus fort.
    C'est Louise, confidente et amie de la famille, qui délivrera le garçon craintif des fantômes du passé en osant révéler l'inavouable, ce douloureux secret inscrit dans l'Histoire et dans la chair des siens.
    Largement autobiographique, ce court récit plein de sincérité sonne juste.
    Avec sobriété, l'auteur nous révèle la part intime de sa propre histoire et nous livre le drame familial qui lui a permis de voir le jour.
    On se laisse aisément entraîner par le caractère feutré du roman, son climat de douceur et de nostalgie où sensibilité et émotion s'inscrivent délicatement au fil des pages.
    Gravité, intensité, délicatesse...ce beau roman qui a fait l'objet d'une adaptation cinématographique, émeut, bouleverse, remue doucement et laisse, une fois le livre refermé, sa petite musique égrener encore ses notes mélancoliques dans le coeur du lecteur.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 40         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par viou1108, le 10 septembre 2013

    viou1108
    Le titre l'annonce, l'objet, ou plutôt le sujet de ce récit autobiographique est un secret familial, un secret comme seules les familles en portent. Lourd, culpabilisant sans qu'on sache pourquoi, tétanisant, pesant comme une chape de plomb sur les épaules de leurs membres, qui ne peuvent s'en libérer et commencer à vivre pour eux-mêmes qu'en le perçant à jour, pour le meilleur ou pour le pire.
    Quel est donc le secret de Philippe Grimbert ? Au début rien n'est dit clairement, tout est elliptique. Quelques indices cependant : le narrateur est né peu après la 2ème guerre mondiale, et son père Maxime a fait modifier leur nom de famille pour qu'il soit moins « remarquable ». Un M pour un N, un T pour un G, et la « tache originelle » est effacée. Ensuite on apprend que le petit Philippe a une santé fragile, qu'il distingue confusément la déception dans les yeux de son père, qui rêvait d'un fils à son image, beau, athlétique, sûr de lui, un dieu du stade. Mal aimé, solitaire, oppressé déjà par ce secret dont il ignore pourtant l'existence, le jeune garçon s'invente un grand frère, son exact opposé, celui que son père aurait voulu.
    Difficile d'en dire plus, sinon que c'est par Louise, amie de la famille et infirmière, que les révélations arriveront des années plus tard, dans une 2ème partie de récit plus descriptive, où l'histoire de Maxime et de ses proches rencontre l'Histoire, avec pertes et fracas.
    Roman court, poignant, tragique, tout en sobriété et en mélancolie, ce récit a certainement eu une fonction cathartique pour son auteur, devenu psychanalyste. Lui au moins a réussi à se dégager du carcan du secret, et porte désormais en lui la vérité, en toute liberté.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 34         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par cicou45, le 16 septembre 2011

    cicou45
    Pourquoi considérer la beauté d'un livre ou d'un homme uniquement en se basant sur l'aspect extérieur ou, dans le cas d'un livre sur la nombre de pages ? Il y a quantité de petites gens qui ont fait de très grandes choses et pour en revenir à ce qui nous intéresse ici, je dirais simplement que même si ce livre est relativement court, il reste néanmoins un très grand livre. Il est vrai que de nombreux livres ont déjà été écrits sur la Seconde Guerre mondiale et sur l'abomination des camps de concentration mais celui-ci se distingue car ce thème n'en est pas le sujet principal. le thème prédominant est plutôt ce qui se passa après et comment arriver à vivre avec un quelque chose que l'on sait mais qu'on ne peut pas dévoiler par crainte de contaminer les autres en révélant cette chose atroce mais en même temps trop dure à porter si on refuse de la faire partager.
    L'écriture de Philippe Grimbert est fluide, limpide, la mise en page aérée et ce livre se délecte comme une friandise que l'on déguste à la fin d'un repas. L'auteur sait nous faire saliver jusqu'à la fin afin de nous révéler ce fameux secret qui pèse sur toute la famille, et plus particulièrement sur le narrateur qui lui, ignore tout de celui-ci. Ayant l'impression de ne pas exister pleinement pour ses parents qui devraient le chérir telle la chair de leur chair, le narrateur s'est toujours inventé un frère imaginaire afin de pouvoir se donner un peu de consistance, voire même de pouvoir vivre à travers lui.
    Il aura fallu un évènement déclencheur, la mort d'Echo, le fidèle animal de compagnie de la famille, pour que le père du narrateur puisse enfin se libérer de tout ce qui le hante depuis de nombreuses années déjà. L'auteur nous tient en haleine jusqu'à la fin du roman, ce qui ne fait que rendre le livre plus exaltant.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 31         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par gouelan, le 12 juin 2014

    gouelan
    Roman magnifique , émouvant et troublant. Des phrases courtes qui nous entrainent dans un tourbillon , vers la révélation d'un secret de famille, vers l'inéluctable destin tragique d'une famille juive , au temps de l'effroyable Holocauste.
    Comment se décharger d'un si lourd secret ? Comment raconter à un petit garçon que sa naissance est le résultat d'une idylle coupable, que son père doit vivre avec la mort de sa femme et de son fils comme un châtiment du ciel , qui les oblige tous à vivre avec une douleur tapie au fond de chacun?
    On se sent révolté contre Hannah qui a sacrifié son enfant et sa propre vie sur l'autel de son amour blessé. Elle a agi dans un moment de grande fragilité, de désespoir On ne peut que maudire l'inconscience de cette femme, même si on peut comprendre qu'elle ne connaissait pas les conséquences de son acte insensé.
    Le petit garçon a toujours senti en lui le secret, il a vécu avec le fantôme de son frère. Il a entraperçu les bribes de ce secret à travers le regard douloureux de son père. Il savait qu'à travers son fils, son père en voyait un autre; le fantôme. un secret de famille blesse davantage qu'il ne protège.
    Une fois ce secret révélé , il ne succombera plus sous son poids, il pourra devenir un homme, se délivrer de ce" frère fantôme". C'est aussi lui qui aidera son père à se débarrasser de ses pensées coupables, à enfin accepter qu'il n'est pas le responsable.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 29         Page de la critique

> voir toutes (70)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par mandarine43, le 04 avril 2011

    [Incipit.]

    Chapitre 1.

    Fils unique, j'ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis de passage. J'avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux, invisible.

    J'étais toujours envieux, en visite chez un camarade, quand s'ouvrait la porte sur un autre qui lui ressemblait quelque peu. Des cheveux en bataille, un sourire en coin qu'on me présentait en deux mots : "?Mon frère.?" Une énigme, cet intrus avec lequel il fallait tout partager, y compris l'amour. Un vrai frère. Un semblable dans le visage duquel on se découvrait pour trait commun une mèche rebelle ou une dent de loup, un compagnon de chambrée dont on savait le plus intime, les humeurs, les goûts, les faiblesses, les odeurs. Une étrangeté pour moi qui régnais seul sur l'empire des quatre pièces de l'appartement familial.

    Unique objet d'amour, tendre souci de mes parents, je dormais pourtant mal, agité par de mauvais rêves. Je pleurais sitôt ma lampe éteinte, j'ignorais à qui s'adressaient ces larmes qui traversaient mon oreiller et se perdaient dans la nuit. Honteux sans en connaître la cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer dans le sommeil. Ma vie d'enfant me fournissait chaque jour des tristesses et des craintes que j'entretenais dans ma solitude. Ces larmes, il me fallait quelqu'un avec qui les partager.

    Chapitre 2

    Un jour enfin je n'ai plus été seul. J'avais tenu à accompagner ma mère dans la chambre de service, où elle voulait faire un peu de rangement. Je découvrais sous les toits cette pièce inconnue, son odeur de renfermé, ses meubles bancals, ses empilements de valises aux serrures rouillées. Elle avait soulevé le couvercle d'une malle dans laquelle elle pensait retrouver les magazines de mode qui publiaient autrefois ses dessins. Elle avait eu un sursaut en y découvrant le petit chien aux yeux de bakélite qui dormait là, couché sur une pile de couvertures. La peluche râpée, le museau poussiéreux, il était vêtu d'un manteau de tricot. Je m'en étais aussitôt emparé et l'avais serré sur ma poitrine, mais j'avais dû renoncer à l'emporter dans ma chambre, sensible au malaise de ma mère qui m'incitait à le remettre à sa place.
    La nuit qui a suivi je pressais pour la première fois ma joue mouillée contre la poitrine d'un frère. Il venait de faire son entrée dans ma vie, je n'allais plus le quitter.

    De ce jour j'ai marché dans son ombre, flotté dans son empreinte comme dans un costume trop large. Il m'accompagnait au square, à l'école, je parlais de lui à tous ceux que je rencontrais. A la maison j'avais même inventé un jeu qui me permettait de lui faire partager notre existence : je demandais qu'on l'attende avant de passer à table, qu'on le serve avant moi, que l'on prépare ses affaires avant les miennes au moment du départ en vacances. Je m'étais créé un frère derrière lequel j'allais m'effacer, un frère qui allait peser sur moi, de tout son poids.

    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par mlle-laura, le 20 août 2008

    Il fallait bien qu'un jour ou l'autre son fantôme apparût dans cette brêche, qu'il surgit de ces confidences. Ma découverte du petit chien de peluche l'avait arraché à sa nuit et il était venu hanter mon enfance. Sans ma vieille amie, peut-être n'aurais-je jamais su. Sans doute aurais je continué à partager mon lit avec celui qui m'imposait sa force, ignorant que c'était avec Simon que je luttais, enroulant mes jambes aux siennes, mêlant mon souffle au sien et finissant toujours vaincu. Je ne pouvais pas savoir qu'on ne gagne jamais contre un mort.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 27         Page de la citation

  • Par Ori, le 27 juin 2008

    Citations (à ne pas lire si vous ne connaissez pas "le secret") :
    - Tous mes proches savaient, tous avaient connu Simon, l'avaient aimé. Tous avaient en mémoire sa vigueur, son autorité. Et tous me l'avaient tu. A leur tour, sans le vouloir, ils l'avaient rayé de la liste des morts comme de celle des vivants, répétant par amour le geste de ses assassins."
    - "Jusqu'à leur arrivée dans le café on n'entendra pas sa voix. Un peu plus tard elle parlera, pour la première fois depuis le départ de Paris. Alors elle prononcera une phrase, une seule, qui perdra Simon"
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 17         Page de la citation

  • Par jeanbiscotte, le 14 octobre 2011

    Et toujours ces questions : régulièrement on m'interrogeait sur les origines du nom Grimbert, on s'inquiétait de son orthographe exacte, exhumant le "n" qu'un "m" était venu remplacer, débusquant le "g" qu'un "t" devait faire oublier, propos que je rapportais à la maison, écartés d'un geste par mon père. [...]
    Un "m" pour un "n", un "t" pour un "g", deux infimes modifications. Mais "aime" avait recouvert "haine", dépossédé du "j'ai" j'obéissais désormais à l'impératif du "tais".
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 17         Page de la citation

  • Par Nanne, le 31 janvier 2009

    Le lendemain de mes quinze ans, j'apprenais enfin ce que j'avais toujours su. J'aurais pu moi aussi coudre l'insigne à ma poitrine, comme ma vieille amie, fuir les persécutions, comme mes parents, mes chères statues. Comme tous ceux de ma famille. Comme leurs semblables, ces voisins, ces inconnus, dénoncés par la dernière syllabe de leurs noms en sky, en thal ou en stein.

    Commenter     J’apprécie          0 22         Page de la citation







Sur Amazon
à partir de :
4,32 € (neuf)
1,92 € (occasion)

   

Faire découvrir Un secret par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Lecteurs (3067)

> voir plus

Quiz