À la fin de la réunion, au moment de sortir, Brigitte lui glissa :
« C’est pour bientôt !
— Quoi donc ?
— La conversion de Gérard. J’ai demandé une grâce pour lui. »
Geneviève ne put s’empêcher de sourire.
« C’est pas de la blague, poursuivit Brigitte. Cette fois, j’ai trouvé une astuce ! »
Autour d’elles, les bavardages s’étaient tus. Geneviève la regarda d’un air interrogatif, attendant la suite, mais Brigitte ménageait son effet. Elle bomba la poitrine, prit une inspiration et jeta un regard circulaire, comme si on risquait de les espionner. Puis elle baissa la voix, forçant les autres à prêter l’oreille ; le Père Noël se rapprocha.
« Je t’ai dit que j’avais décidé d’aller aux Essieux, samedi soir, prier devant le Saint-Sacrement ?
——Ah ? Il y a une nuit d’adoration ?
——Oui, à la cathédrale. C’est tous les mois, maintenant.
——Et alors ?
——Alors, je n’y vais pas ! »
Geneviève plissait les yeux, essayant de comprendre. Brigitte s’impatienta.
« Je n’y vais pas, parce que Gérard va y aller à ma place.
——Ah bon ? Mais comment tu vas faire ?
——C’est le Seigneur qui va faire ! Tu comprends, j’avais prévu d’aller prier pour le cancer de mon cousin d’Italie, et ce soir, j’ai eu une idée géniale, j’ai dit au Seigneur : Si tu veux que quelqu’un prie pour Lorenzo toute la nuit de samedi à dimanche, débrouille-toi pour te manifester aux yeux de mon Gérard d’une façon ou d’une autre et lui révéler qui tu es parce que moi, je n’irai pas ! »
Geneviève resta interdite. Le Père Noël risqua :
« Ça s’appelle du chantage…
— Eh bien, oui ! Oui, je fais du chantage. Ça dérange quelqu’un ?
— Et ton cousin ? s’enquit Arlette.
——Je vais me débrouiller pour prier pour lui quand même, discrètement. Je demanderai une intercession, on ne saura pas que ça vient de moi.
——Tu crois que ça va marcher ? », demanda Geneviève en s’efforçant de garder son sérieux.
Brigitte eut une moue d’évaluation.
« Je tente. »
Philippe Noël la prit par l’épaule.
« Sacrée Brigitte…
— Brigitte me rappelle Thérèse de Lisieux dans le film qu’on a vu, l’autre fois, intervint Étienne Mondez. Cette façon de parler de sa relation avec Dieu comme s’il était son grand frère ou son camarade d’école, vous ne trouvez pas ? C’est très beau je trouve, très émouvant.
— Moi, ça me choque un peu », murmura Arlette Paradis en regardant autour d’elle, mais personne ne l’entendit.
Brigitte s’impatienta.
« Donc, vous ne me croyez pas ? Très bien. On verra dimanche matin si j’ai raison, conclut-elle d’un air digne. Vous ferez moins les malins quand Gérard se pointera à la messe ! Sur ce, je vous laisse, je vais retrouver mon libre-penseur.
— Profites-en ! Il n’en a plus pour longtemps, dit Geneviève en riant.
— Et il ne s’en doute pas ! », ajouta le curé.
Pages 102-103.
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