Depuis toujours, à Bienvenue, Hippolyte Deschaumes est le maître de ses terres. Un homme courtois que l'on respecte, mais aussi un personnage autoritaire dont on redoute l'orgueil et le caractère imprévisible. À des kilomètres... > voir plus
Un roman que j'ai lu d'une traite. Biographie d'un maître propriétaire de nombreuses terres, d'une ferme et d'une scierie. La vie de cet homme, que l'on respecte, dans un village d'Auvergne. Ses enfants, deux filles et un garçon, à l'époque de mai 1968, loin des villes. La vie du fils qui devrait prendre la succession du père. Ce fils, peu attiré par la vie à la ferme, va ouvrir un magasin de mode à Toulouse. Pour en apprendre plus, il vous faudra lire le livre.
Comme on était loin de la "vieille" ...
Après l'enterrement, le monde de Rougerie demeura coi face à l'événement. Hippolyte prit son jeune fils à part
- Je sais qu'un jour tu lui as rendu visite, avec Eelyne, et que vous avez eu très peur.
Lazare, suspris, hochait la tête.
- Il ne faut jamais se fier à l'apparence des gens sans les connaître. Moi aussi, je regrette de ne pas l'avoir connue davantage. Mais voilà, elle a préféré garder son secret et vivre dans un isolement total. Elle avait ses raisons ...
- Pourquoi me dis-tu ça, papa ?
- Pour que tu saches que chacun peut avoir son secret, bien caché au fond de lui-même ...
Un soleil sans pudeur déversait pêle-mêle sur le chemin éblouissements et brûlures, parfums de feuilles chaudes et de foin coupé, des oiseaux piaillaient, des nuages de moustiques s'ouvraient au passage du cortège, et l'on oubliait sur le chemin quelques bouses du jour que les premiers évitaient, que les derniers ne voyaient plus.
La terre ouverte attendait son hôte, cette enfant du village, voyageuse d'un si bel été.
Celle que l'on avait appelée la vieille révélait un glorieux passé. Membre important de la Résistance dans l'est de la France, elle avait cependant été rasée en place publique dans la précipitation et l'euphorie de la Libération, avant que l'on puisse reconnaître l'erreur et sa véritable participation dans la lutte. Elle avait été réhabilitée, reçue et félicitée par le Général, mais la journaliste qu'elle était devenue ne pouvait oublier l'humiliation et, peu de temps après, elle s'était réfugiée ici, dans une incroyable solitude, loin d'un monde qui l'avait blessée à mort et pour qui elle avait risqué sa vie tant de fois.
Le paysage qui défilait, Lazare ne le voyait pas. Ses pensées ne s'accrochaient à rien, lissées par la fatigue et le chagrin. Au bout du voyage, il y avait la caserne. Cette difficile solitude de ceux qui ne peuvent s'isoler.
Si l'automne ne se percevait guère dans les rues de Toulouse, à Bienvenue il marquait déjà la nature. Pour la préparer sans doute aux rudesses de l'hiver. Les gens de la terre perçoivent ces changements qui modulent leur vie, leur ouvrage. Ici chaque saison a une importance capitale.