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Une étrange entreprise de
Jean Anglade
A Thiers, le puy Seigneur sur lequel est bâtie la chapelle Saint-Roch était, à la belle saison, tout illuminé par la poussée des crocus. Petites plantes bulbeuses dont les fleurs ressemblent à des doigts levés, demi-réunis. Ma mère Joséphie trouvait que ma tête crépue ressemblait à ces fleurs jaunes. Quand je rentrais de l'école, elle avait coutume de s'écrier :
- Voilà notre Crocus qui revient !
On ne peut prononcer des paroles plus tendres. Être comparé à une fleur, quel privilège ! C'est pourquoi, beaucoup plus tard, quand je devins père de famille à mon tour, je donnai à ma fille le prénom de Violette. Le secrétaire de mairie fit des difficultés, consulta la liste des prénoms admis, déclara :
- Violette, ça n'existe pas. Y a pas de sainte Violette.
En échange, il me proposa Marguerite, Rose, Véronique. Mais je préférais Violette à cause du parfum. Je menaçai, s'il ne l'acceptait pas, de m'adresser à la maison d'en face, qui était le commissariat de police. Ce qui le fit bien rire.
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Le roi des fougères de
Jean Anglade
Vu de là-haut, l'Auvergne était d'une beauté incomparable, avec tous ces volcans alignés comme une caravane de dromadaires. Et le sommets lointains que le barbu connaissait par leur nom et leur prénom, ainsi que de vieux amis : le Pariou, c'est-à-dire le Pareil ; le Louchardière, c'est-à-dire le Fauteuil ; le Chaudron, alias le Sarcoui, c'est-à-dire le Cercueil, parce que les anciens habitants fabriquaient des sarcophages avec sa substance ; plus près, le Nid de la poule, el Grand Suchet, le Petit Suchet. Il en avait plein la tête.
Le spectacle était si magnifique qu'ils se laissèrent surprendre par le crépuscule. Car il faisait encore jour sur le sommet alors que ses pieds trempaient déjà dans les ténèbres.
Ils redescendirent par le même chemin dont la faible blancheur les guidait. Jean Gabin cita un autre proverbe auvergnat : "Celui qui monte a tous les diables qui le retiennent. Celui qui descend a tous les saints qui le poussent au derrière."
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Par BVIALLET, le 04/11/2012
La Maîtresse au piquet de
Jean Anglade
Je suis seulement chrétienne dans mon coeur. Je n'en ai pas informé mes parents pour ne pas leur faire de la peine. Je fais semblant de pratiquer les rites musulmans. La toilette, le carême, les prosternations n'engagent point mes pensées. Mais je ne crois plus à l'islam. (…)
Je me suis aperçue que le Coran, aussi bien que l'Ancien Testament, est un livre du passé. L'Evangile, au contraire, est un livre de l'avenir. Lui seul peut mettre fin au mal que les hommes font à d'autres hommes. Lorsque tous les peuples de la terre se seront convertis sincèrement aux principes évangéliques, la plupart de nos problèmes économiques et sociaux auront disparu. (…)
Yamina lut ces lignes dictées par Allah à Mahomet :
_ Si des étrangers s'opposent d'une manière ou d'une autre au culte d'Allah, déclenchez contre eux la guerre sainte. Tuez-les là où vous les rencontrerez. Expulsés-les d'où ils vous auront expulsés... Ceux qui guerroient contre Moi et Mes envoyés, semant la violence sur la terre, auront pour salaire d'être percés et crucifiés. Leur main et leur pied opposés seront tranchés.
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Par Zebra, le 21/07/2012
La soupe à la fourchette de
Jean Anglade
Après les fumées d'août, le ciel de septembre s'éclaira merveilleusement. Jamais Cantal ni Margeride n'avaient été aussi verts. Les vaches rouges s'engraissaient à pleine peau. Le regain fut abondant. Rouffiat livrait régulièrement son lait au ramassage. A présent, Zéna ressemblait à une petite Cantalienne, les joues roses, les mollets rebondis. Une longue lettre lui arriva de Marseille. Le timbre-poste montrait toujours l'effigie de Pétain, le service des P.T.T. n'ayant pas encore eu le temps d'en imprimer d'autres; mais il était d'usage, pour montrer qu'on le détestait après l'avoir adoré, de le coller la tête en bas.
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Dans le secret des roseaux de
Jean Anglade
Si t'as besoin dans ta détresse
D'un dieu qui t'pousse un peu au fesses,
Choisis-en un, pas deux, pas trois.
Appelle-Le Jésus, Allah,
Père éternel ou Jéhovah.
Et c'est à Lui que tu t'adresses,
A Lui tout seul sur son balcon.
En prendre trois ça serait con.
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Par BVIALLET, le 02/11/2012
L'écureuil des vignes de
Jean Anglade
Seul le prieur connut son patronyme : Charles de Foucauld, ancien officier de cavalerie. Il choisit de s'appeler désormais père Albéric, en hommage au bienheureux Albéric, abbé de Cîteaux. Afin de préparer le sacerdoce, il passa plusieurs années à Notre Dame des Neiges. Ensuite, il quitta cette abbaye pour une autre Trappe, celle d'Akbès en Syrie. Il baissait en permanence la tête et les yeux, avec une mine de chien battu, n'osant regarder personne. Il se complaisait à recevoir les besognes les plus viles, à nettoyer la litière des vaches, à brosser les cochons.
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Par BVIALLET, le 17/01/2013
Confidences auvergnates de
Jean Anglade
Il s'agit de deux voleurs qui avaient pillé une noyeraie. Ils y avaient besogné un soir et toute la nuit suivante, et avaient rempli trois boges, trois sacs, un petit, un moyen et un grand. Restait à faire le partage. Pour être tranquilles, ils s'installent dans le cimetière. Ils laissent à l'extérieur deux de leurs boges cachées sous des branches et commencent, à l'intérieur à former deux tas avec le contenu de la troisième. (…) « Une pour moi, une pour toi. Une pour moi, une pour toi. »
Chaque noix tirée de la boge tombe sur un tas en faisant cloc. Or à ce moment s'approche le sacristain-fossoyeur qui s'en vient voir si tout va bien chez ses clients. Quand il arrive au mur d'enceinte, il entend ces paroles, et les cloc... cloc..., se sauve et va réveiller le curé son maître : « Monsieur le Curé ! Venez vite ! Les diables sont entrés dans le cimetière !
_Que me chantes-tu là ?
_ La vérité ! La pure vérité ! Je les ai entendus qui se partageaient les âmes des pauvres défunts en même temps que leurs ossements, et disaient : Une pour moi, une pour toi. Une pour moi, une pour toi. »
Le curé se munit de son aspersoir pour exorciser. Ils s'approchent de l'enceinte, écoutent : « Une pour toi, une pour moi... Cloc... Cloc... »
Puis les deux voleurs, arrivés au fond de la boge, s'écrient : « Voilà une bonne chose de faite. Mais il y en a encore deux et des grosses, derrière le mur, qui nous attendent, pour qu'on se les partage. »
A ces paroles, le curé et le sacristain les prennent pour eux et s'enfuient, épouvantés.
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Le semeur d'alphabets de
Jean Anglade
Elle avait les yeux bleus. Toutes les premières amours ont les yeux bleus. Avec une nuance : les siens devenaient verts par temps sec.
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Par BVIALLET, le 16/06/2012
La fille aux orages de
Jean Anglade
Montesquieu affirmait que la vertu doit être le premier ressort d'un « Etat populaire », c'est à dire démocratique. C'est malheureusement, me semble-t-il, une fleur rarissime dans ce jardin. Aussi bien que dans l'autre. La seule différence : en démocratie, les tricheries finissent par se savoir, grâce à une presse libre ; en autocratie, elles restent ignorées.
- Pas toujours, dis-je. Rappelez-vous le collier de la reine.
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Par Henrietta, le 29/10/2010
Le temps et la paille de
Jean Anglade
... - Ils me traitent d'avare. Mais je suis seulement économe.
- Sur quoi porte votre économie ?
- Sur toutes sorte de choses. J'économise les allumettes, les grains de sel, les miettes de pain. Cela fait partie de ma nature d'Auvergnat. Mais eux trouvent que je vais trop loin.
- Par exemple ?
- Tous les soirs, en me couchant, j'arrête le mouvement de ma montre pour ménager le ressort.
- Et si vous voulez savoir l'heure au milieu de la nuit ?
- C'est tout simple. Je me mets à la fenêtre et je sonne du clairon. Y a toujours un voisin qui se lève et qui crie : "quel est le bredin qui sonne du clairon à deux heures dix du matin ? " Et me voila renseigné. Est ce que vous croyez que je suis tombé dans l'avarice ?
- Non, non, vous vous maintenez à la surface.
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