Les éditions Dupuis rééditent discrètement et petit à petit certains des albums publiés à l'origine dans l'excellente collection Expresso, aujourd'hui disparue. le public peut ainsi (re)découvrir l'un des livres les plus touchants de ce catalogue : la «
Leçon de choses » de
Grégory Mardon.
Ce récit d'enfance, certainement pétri d'autobiographie, raconte l'arrivée d'un petit Parisien,
Jean Pierre Martin, dans un village de campagne au milieu des années 1970. On suit son quotidien : l'école, les balades avec son copain Cyril, la vente de carnets de tombola, les disputes des parents, les mystères que l'enfant ne parvient pas à percer et les bêtises qu'on fait en cachette. Rien de très original, à première vue. Et pourtant, on tremble littéralement d'émotion au fil des pages, tant les histoires de Jean-Pierre nous touchent, tant
Grégory Mardon parvient à faire vibrer un émotion palpable dans ces petits riens qui tissent la vie à la campagne.
Pour cela, l'auteur s'appuie sur un dessin tout simple et épuré, de temps à autres ponctué par une trouée dans l'imaginaire des personnages : vision de super-héros, images allégoriques, métaphores visuelles, qui créent l'épaisseur du quotidien. Il recourt aussi avec brio aux images sans texte, parfois trois pages d'affilée, pour faire pénétrer le lecteur dans la solitude de l'enfant qui déambule dans la campagne, les yeux grand ouverts, la tête emplie des questions qui le secouent : papa va-t-il quitter maman ? dois-je avouer les catastrophes que j'ai entraînées sans le vouloir ? C'est d'une richesse inouïe. Car à ces passages troublants de justesse succèdent des anecdotes drôles et mouvementées, des dialogues qui sonnent juste, des portraits de personnages taillés dans la pleine terre, qu'on garde pour longtemps dans sa mémoire, comme chacun des membres de la famille Crinchon, qui habite au bout du village, dont on dit qu'ils sont consanguins et dont tout le monde a peur, ne serait-ce que parce qu'Hervé, l'un des frères, est capable de soulever un tracteur à bout de bras.
Au fil des pages, on n'a qu'un seul regret : que l'album ne dure pas deux ou trois cents pages de plus, tant on voudrait poursuivre la route avec Jean-Pierre et Cyril, tant on aimerait que la vie ne vienne pas troubler cet univers si touchant. Pourtant, la réalité revient sans cesse troubler les joies de l'enfance : le spectre du divorce, le retour à la ville, la fin de l'enfance, autant de coups dur qui viennent marteler le moral du pauvre
Jean-Pierre Martin, petit gamin à lunettes, qui ne demande rien d'autre que de voir la vie se poursuivre, à grands renforts de balades à vélo, d'émissions à la télé et de cassoulet frites.
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