Reprenant une partie de son travail sur les origines de la chasse aux sorcières,
Robert Muchembled porte un regard original sur la question de la représentation du diable en étudiant l'évolution de l'histoire sociale, culturelle et intellectuelle de la société occidentale depuis le XIIe siècle jusqu'à nos jours.
C'est avec la prudence qu'il convient aux chercheurs que
Robert Muchembled nous propose Une histoire du diable. Ainsi que l'historien l'explique dans son introduction, les références en la matière sont si nombreuses qu'il est impossible de proposer une étude exhaustive de toutes les représentations du diable qu'il nous est donné à lire. Argumentant son analyse autour des manifestations intellectuelles et culturelles qui ont durablement marqué le deuxième millénaire en Occident, l'auteur décortique au long de son étude, la littérature, la peinture, mais aussi le cinéma, la publicité et la BD.
Très dense, cette analyse de
Robert Muchembled m'a semblé ambitieuse. Les références ne manquent pas. Pourtant, couvrir l'histoire du diable de la culture occidentale du XIIe siècle à nos jours est un difficile exercice lorsque l'analyse se fait en 400 pages. Jusqu'au XIXe siècle, j'ai trouvé l'argumentaire pertinent et précis. Par contre, le glissement de l'étude vers les médias contemporains ne m'a pas convaincue : il aurait fallu pour cela consacrer un livre entier à chacun des chapitres du livre. Les liens établis entre l'héritage culturel, historique, religieux, sociologique, politique des pays abordés sont extrêment complexes et je ne partage pas les idées de l'auteur, notamment en ce qui concerne les deux derniers chapitres. En fait, je me demande si l'engouement pour les romans noirs, les films fantastiques, la recrudescence les légendes urbaines, etc... ont réellement un rapport avec le diable. Les références sont citées tout azimut et le lien entre les différentes formes d'expression autour du thème n'est pas toujours évident. le monde occidental tel que nous le connaissons aujourd'hui est évidemment le résultat des constats fait par l'auteur, mais la fascination actuelle que connait la société occidentale pour les produits dérivés du diable ne semblent pas à mon sens forcément liés à l'inconscient collectif tel qu'il est abordé dans l'analyse. Bref, ce livre fourmille de références notables et d'anecdotes passionnantes mais le sujet ne se prête pas à un ouvrage si succinct.
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