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— C’est tellement beau, chuchota-t-elle.
— Pourquoi parles-tu à voix si basse ?
— Parce que c’est si beau que c’est forcément un secret.
Dans les aéroports, quand je passe à la fouille, je m’énerve, comme tout le monde. Il n’est jamais arrivé que je ne déclenche pas le fameux bip. Du coup, j’ai toujours droit au grand jeu, des mains d’hommes me palpent de la tête aux pieds. Un jour, je n’ai pas pu m’empêcher de leur dire : « Vous croyez vraiment que je veux faire exploser l’avion ? »
Mauvaise idée : ils m’ont forcé à me déshabiller. Ces gens n’ont pas d’humour.
Aujourd’hui, je passe à la fouille et je m’énerve. Je sais que je vais déclencher le fameux bip et que des mains d’hommes vont me palper de la tête aux pieds.
Or je vais vraiment faire exploser l’avion de 13h30.
Les femmes aiment toujours à contretemps. p.126
Tomber amoureux l'hiver n'est pas une bonne idée. Les symptômes sont plus sublimes et plus douloureux. La lumière parfaite du froid encourage la délectation morose de l'attente.
Le frisson exalte la fébrilité. Qui s'éprend à la Sainte-Luce encourt trois mois de tremblements pathologiques. p.63
Il n'y a pas d'échec amoureux. C'est une contradiction dans les termes. Eprouver l'amour est déjà un tel triomphe que l'on pourrait se demander pourquoi l'on veut davantage. p.56
Il y a des femmes qu'il faut aimer malgré elles et des actes qu'il faut accomplir malgré soi. p.55
En écrivant, elle parvient à formuler ce qu'elle ne voit pas dans le quotidien. p.49
Tout lecteur devrait recopier les textes qu'il aime : rien de tel pour comprendre en quoi ils sont admirables. p.48
Elle me dit que ce n'est pas grave, que nous partageons quelque chose. Il y a des tentatives de consolation qui décuplent la douleur.
On n’est vraiment indulgent que quand on est amoureux fou ; dès qu’on aime un rien moins, la vacherie naturelle reprend le dessus.
Faire le mal est à la portée de premier venu ; il suffit de dire merci à ceux qui vous y aident.
Le bad trip est cet exercice de lucidité qui nous révèle l’enfer contenu dans la cravate de l’usager du métro. Depuis le temps qu’on nous assure que l’enfer est sur terre, que l’enfer, c’est les autres ! Enfin une confirmation fiable. L’enfer, ce n’est même pas l’autre entier : sa cravate suffit.
J’écoutais en boucle La Jeune Fille et la Mort de Schubert pour être sûr de souffrir encore plus fort. Et regrettais de ne pas fumer : se consumer les poumons en même temps que le reste rend la douleur plus cohérente. Hélas, chaque fois que j’essayais de griller une cigarette, je trouvais ça aussi difficile que piloter un avion.
Ce que je viens d’écrire est idiot : piloter un avion est beaucoup plus facile que fumer. Déjà, c’est moins interdit. Nulle part il n’est inscrit : « Ne pas piloter d’avion. » Quand on rencontre quelqu’un, si on précise qu’on est fumeur, l’autre fronce les sourcils ; si on avance qu’on est pilote de ligne, l’autre vous regarde avec considération.
Jamais terroriste n’a agit sans idéal — idéal atroce, idéal tout de même. Que ces nuées soient des prétextes n’y change rien : sans le prétexte, il n’y aurait pas de passage à l’acte. Le terroriste a besoin de cette légitimité illusoire, particulièrement s’il est kamikaze.
Cet idéal, qu’il soit religieux, nationaliste ou autre, prend toujours la forme d’un mot. Koestler dit avec raison que ce qui a le plus tué sur terre, c’est le langage.
— Ne soyez pas frustré, Aliénor entend les compliments. Un jour que je lui avais sorti tout un chapelet d’éloges sur un de ses paragraphes, elle a fermé les yeux. « C’est quoi, cette réaction ? » ai-je dit. « Je me blottis dans tes mots », a-t-elle répondu.
— C’est joli.
Supporter le discours des bien-pensants n'est déjà pas facile, mais cela devient intolérable quand on découvre l'ampleur de la haine dissimulée derrière ce catéchisme.
aussi longtemps qu'on ne se réjouit pas de la chute de quelqu'un, c'est qu'on peut encore se regarder dans la glace.Se délecter de la médiocrité d'autrui reste le comble de la médiocrité.