Après avoir lu "
Stupeur et Tremblements", et sur recommandation d'une lectrice avertie du site, voilà que je me suis attaqué au célèbre "
Hygiène de l'assassin".
Celui-ci surpasse "
Stupeur et Tremblements", autant le dire tout de suite, et j'aurais effectivement peut-être dû commencer par celui-ci pour découvrir A.Nothomb. le style est bien meilleur.
"La race humaine est ainsi faite que des êtres sains d'esprit seraient prêts à sacrifier leur jeunesse, leur corps, leurs amours, leurs amis, leur bonheur et beaucoup plus encore sur l'autel d'un fantasme appelé éternité."
"[...] si j'ai écrit ce moment, c'est parce qu'il était impossible à dire. L'écriture commence là où s'arrête la parole, et c'est un grand mystère que ce passage de l'indicible au dicible. La parole et l'écrit se relaient et ne se recoupent jamais."
L'histoire est simple : un écrivain reçoit tour à tour des journalistes, et le livre relate les interviews successives et de plus en plus acerbes.
"La plupart des gens ne lisent pas. A ce sujet, il y a une citation excellente, d'un intellectuel dont j'ai oublié le nom : "Au fond, les gens ne lisent pas ; ou, s'ils lisent, ils ne comprennent pas ; ou, s'ils comprennent, ils oublient."
Le livre est presque entièrement dialogué, ce qui est plutôt pas mal pour rentrer dans l'histoire et également pour la limpidité de l'écriture.
"L'écriture fout la merde à tous les niveaux : pensez aux arbres qu'il a fallu abattre pour le papier, aux emplacements qu'il a fallu trouver pour stocker les livres, au fric que leur impression a coûté, au fric que ça coûtera aux éventuels lecteurs, à l'ennui que ces malheureux éprouveront à les lire, à la mauvaise conscience des misérables qui les achèteront et n'auront pas le courage de les lire, à la tristesse des gentils imbéciles qui les liront sans les comprendre, enfin et surtout à la fatuité des conversations qui feront suite à leur lecture ou à leur non-lecture."
Le jeu psychologique est le point fort du roman. Ce que j'ai aimé, ce sont avant toute chose, les propos incisifs des protagonistes, et notamment le 'duel" final, excellent en son genre. Quelques répétitions nuisent néanmoins parfois au rythme du roman mais elles sont plutôt rare.
Bref, je recommande ! ... un bon livre d'A. Nothomb, qui réserve au surplus une surprise à laquelle on ne s'attend pas du tout au fur et à mesure que l'on avance dans le roman. Il n'y à que la fin que je trouve "ratée" car j'ai peine à croire que la journaliste puisse faire le geste escompté par l'écrivain... peu crédible pour moi !
"les lecteurs-grenouilles .... ils traversent les livres sans prendre une goutte d'eau... la plupart des gens émergent de
Proust ou de
Simenon dans un état identique, sans avoir perdu une miette de ce qu'ils étaient et sans avoir acquis une miette supplémentaire. Ils ont lu, c'est tout : dans le meilleur des cas, ils savent "ce dont il s'agit". Ne croyez pas que je brode. Combien de fois ai-je demandé, à des personnes intelligentes "Ce livre vous a-t-il changé ?" Et on me regardait, les yeux ronds, l'air de dire : "Pourquoi voulez-vous qu'il me change ?"