ISBN : 2253121185
Éditeur : LGF (2007)


Note moyenne : 3.45/5 (sur 388 notes) Ajouter à mes livres
Concentration : la dernière-née des émissions télévisées. On enlève des gens, on recrute des kapos, on filme… Tout de suite, le plus haut score de téléspectateurs, l’audimat absolu qui se nourrit autant de la cruauté filmée que de l’horreur dénoncée.

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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Seraphita, le 30 octobre 2009

    Seraphita
    Une nouvelle émission de télé-réalité fait fureur : il s'agit de « Concentration ». Elle met en scène des prisonniers (des passants enlevés), dont les conditions de détention sont proches de celles des prisonniers des camps de concentration de la seconde guerre mondiale, et des surveillants impitoyables (des candidats recrutés), encore nommés « kapos », le tout sous la férule des « organisateurs ». Amélie Nothomb se penche sur le sort de Pannonique, une prisonnière au matricule CKZ 114, victime de la kapo Zdena. Entre elles deux se tissent des relations ambivalentes, l'amour et la mort semblant très proches dans ce camp où chaque matin de nouveaux prisonniers sont tués. Très vite, grâce à des moyens tels que la parole, l'un des étais du pouvoir, CKZ 114 devient une égérie de son unité (ce qui parallèlement entraîne une progression fulgurante de l'audience), et sème le vent de la révolte.
    En forçant à l'extrême les traits des émissions de télé-réalité actuelles, ce sont tous ces styles de programme qu'Amélie Nothomb stigmatise. Elle souligne, à travers son héroïne révoltée, la complicité des téléspectateurs dans une entreprise déshumanisante et terrifiante. C'est notre regard qui engendre de telles productions, et plus le spectacle est dégradant pour le « candidat », plus notre regard devient insistant, se délectant de sa souffrance. J'ai, par ailleurs, beaucoup aimé l'analyse psychologique des relations entre Pannonique, qui en révélant son prénom s'humanise, et la kapo Zdena. Entre ces deux protagonistes, naît un sentiment trouble et cruel. Un roman au rythme aiguisé, tout comme l'est la plume de l'auteur. Un style efficace et sans concession. A découvrir à une période où fleurit la télé-réalité…
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par Eric75019, le 29 janvier 2011

    Eric75019
    Ce court roman est bien entendu un pamphlet critiquant les dérives et les excès de la téléréalité : le loft est ici métaphoriquement remplacé par un camp de concentration. Allant jusqu'au bout de son raisonnement, Amélie Nothomb transforme le plateau des émissions de téléréalité en camp de la mort, avec son lot de tortures mentales et physiques, la mise en scène des sévices, la destruction des personnalités et les exécutions de masse organisées au gré des votes du public (tout ceci est quand même un peu excessif, mais c'est le parti pris du livre).
    Sont bien sûr dénoncés la dictature de l'audimat, le voyeurisme, les bas instincts des organisateurs et des téléspectateurs, mais les mécanismes décrits ne vont jamais beaucoup plus loin que ces simples constats. La démonstration occulte en particulier le principe du volontariat et le fait que les joueurs, tous volontaires, sont motivés par l'envie d'exister aux yeux du public (de se faire connaître, de se stariser, de se forger a minima une identité médiatique, même si elle frise le ridicule) donc de se construire plutôt que de se détruire.
    Les vrais joueurs de la téléréalité sont sans doute impudiques, égocentriques et mégalomanes, et peut-être ne méritent-ils pas leur célébrité, mais ces travers ne sont pas exploités. Les victimes du jeu sont ici tirées au sort, vouées à l'anonymat, condamnées à une mort certaine et supposées se résigner. C'est donc un total contresens.
    Par ailleurs, même en acceptant la démonstration, les situations imaginées par Amélie Nothomb ne sont pas exploitées au mieux (comment faire autrement dans un roman aussi court ?) : les petits trafics et arrangements organisés sont invraisemblables sous le regard des caméras, la relation insolite qui se crée entre le bourreau et sa victime se cantonne au niveau d'une aimable discussion de salon.
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    Critique de qualité ? (7 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par muet-comme-un-carpe-diem, le 25 août 2009

    muet-comme-un-carpe-diem
    Reliquat de snobisme ou refus de me soumettre aux diktats du buzz commercial des médias qui ont élevé au statut d'icône la romancière de L'Hygiène de l'assassin , toujours est-il que j'ai longtemps boudé les romans d'Amélie Nothomb. Néanmoins, je viens d'achever la lecture d'Acide sulfurique et j'ai apprécié d'y trouver une réflexion qui à défaut d'être exhaustive est nourrie sur la téléréalité et ses implications.
    Il y a quelques années le Loft faisait une arrivée fracassante sur le paysage audiovisuel français et suscitait des débats houleux mais aujourd'hui les émissions de ce type ont fait florès et bien peu semblent s'en formaliser. Pire elles sont même devenues le mode de recrutement privilégié des animateurs ou des stars de demain, ce qui accélère la crétinisation progressive d'une télévision que certains n'hésitent plus à qualifier de poubelle. Comme si une résignation galopante avait saisi les téléspectateurs français à l'instar de cet électorat qui peine à imaginer que l'on puisse concevoir une société qui refuse le capitalisme qu'il vote à gauche ou à droite d'ailleurs.
    Acide sulfurique propose un sorte de huis clos autour des plateaux de l'émission Concentration. Flattant le téléphage dans ce qu'il a de plus sordide, les promoteurs de ce rendez-vous télévisuel ignoble ont choisi de filmer au jour le jour des personnes retenues arbitairement dans un camp et les sévices quotidiens que leur assènent des kapos recrutés pour leur adéquation avec ce projet dément.
    Tout comme dans Mygale de Thierry Jonquet ou dans L'obsédé de John Fowles on assiste à la déshumanisation progressive des individus privés de leur liberté. Elle commence par la suppression des prénoms remplacés comme dans le film THX 1138 de Georges Lucas par des matricules et se prolonge dans l'abandon de toutes veillités de résistance sous les coups répétés de la schlague et l'exécution quotidienne de deux prisonniers désignés par les kapos.
    Lorsque Pannonique à la beautée si éloignée des canons en vigueur démontre son refus de se soumettre en refusant de parler à la Kapo Zdena et à ses comparses et en vouvoyant les autres prisonniers pour restaurer l'estime de soi et de l'autre, elle suscite un élan de sympathie dans le public et dans le camp. Afin d'obtenir quelques plaques de chocolat pour son unité puis de sauver l'une des détenues, la jeune étudiante en paléontogie va retrouver peu à peu le pouvoir des mots.
    Mais son statut d'égérie ne sera pas sans retour de bâton car ses prises de parole devant la caméra pour interpeller les spectateurs sur l'inhumanité de Concentration alimentent sans qu'elle s'en rende compte l'intérêt pour l'émission ce qui réjouit les producteurs qui constatent avec joie la montée de l'audimat. Amélie Nothomb restitue très bien l'hypocrisie et la tartufferie de la presse comme des particuliers devant la téléréalité et isole bon nombre des termes de la dialectique entre la fascination et l'horreur suscitée par ce spectacle d'une rare violence qui permet aux tenants du système de le faire perdurer et aux téléspectateurs d'en oublier le poids.
    Lorsque les organisateurs décident que cela sera désormais le public qui désignera les deux victimes du jour et non plus les kapos afin de relancer l'audience, la tension au sein du camp n'en sera que plus forte et il faudra à Pannonique savoir tourner sa langue sept fois dans sa bouche pour savoir comment persuader Zdena visiblement attirée par elle d'organiser une évasion. Ce qui sera d'autant moins facile que les autres prisonniers font pression sur elle pour qu'elle lui cède et qu'elle a fait l'amer expérience des limites du pouvoir de la parole.
    La conclusion du livre m'a laissé quelque peu perplexe car si elle remet fortement en cause la téléréalité et questionne au travers elle bon nombre de tendances lourdes de l'humain Amélie Nothomb raisonne apparemment avec un maintien du statu quo politique actuel.
    Pour autant Acide sulfurique présente à mes yeux avec des films comme Truman Show une manière efficace de réfléchir au pouvoir de l'image sur les foules.


    Lien : http://muet-comme-un-carpe-diem.over-blog.com/article-11918391.html
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par patachinha, le 21 mars 2011

    patachinha
    Pour la troisième fois je découvre l' oeuvre de Nothomb qui est assez prolifique. Je suis loin d' être une grande admiratrice mais elle me surprend toujours par les thèmes qu' elle aborde. le thème développé dans Acide sulfurique est particulièrement intéressant à mon goût. Elle nous parle d' un camp de concentration crée de toutes pièces, selon le modèle de ceux qui ont existé pendant la seconde guerre mondiale. L' ignominie atteint son paroxysme en ce que l' enfer vécu par les victimes est filmé 24 heures sur 24 à la façon d' un programme de télé-réalité comme le Big Brother anglais ou le loft story français. Les audiences battent des records, et les organisateurs s' en lèchent les babines d' une telle réussite...

    Le reproche que je fais à ses écrits c' est qu' il me reste un goût de superficialité. Pourtant le mariage de ces deux thèmes -les camps de concentration et la télé-réalité- nous donne beaucoup de matière à creuser.

    Je pense que l' intention principale de l' auteur est de dénoncer une société qui a touché le fond, perdu toute valeur, qui ne s' indigne que très peu de la souffrance des autres pourvu qu' ils nous apportent un divertissement. La passivité des plus hautes sphères de l' Etat, des téléspectateurs qui regardaient avec une telle avidité ce genre de programmes est sans cesse mise en avant.

    On ne peut s' empêcher de faire le parallèle avec notre monde actuel, où le glauque est toujours le plus sensationnel.

    Pour ma part je trouve qu' elle a eu une idée de génie et un humour certain dans l' alliance des camps de concentration et de la télé-réalité. Elle touche là où ça fait mal d' autant plus qu' il s' agit d' un sujet sensible et douloureux. Elle nous met face à nos choix de société et de vie.
    Il y aura toujours ceux qui prétendent ne pas être comme la majorité, qui sortent du lot, mais c' est bien un mode de vie et un état d' esprit qui domine, quoiqu' on en dise. Comme elle le suggère, les donneurs de moralité sont souvent les plus vicieux et hypocrites, remplis de bons sentiments et d' une mauvaise foi redoutable...
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Yumiko, le 09 janvier 2012

    Yumiko
    Amélie Nothomb est un maître dans l'art de nous montrer la noirceur de l'âme humaine, de nous plonger dans l'horreur, de mettre à nu les pensées des hommes qu'ils paraissent bons ou méchants, nous démontrant que tous nous cachons des monstres en nous.
    C'est cette faculté de décortiquer le cerveau humain qui me plaît énormément chez elle. Même si parfois l'horreur et le dégoût deviennent insoutenables, il m'est impossible de ne pas être attirée par ses récits.
    La télé-réalité vous connaissez, j'imagine? Alors imaginez un nouveau jeu qui s'appellerait « Concentration ». Imaginez un jeu qui atteint le summum de la folie. Imaginez des gens qui feraient n'importe quoi pour augmenter le taux d'audience, même aller jusqu'aux pires horreurs. Jusque-là cela pourrait ressembler aux jeux de télé-réalité les plus trashs… Mais c'est encore pire que ça, l'auteur nous emmène encore plus loin dans la folie humaine.
    Maintenant que vous vous représentez bien le tableau, imaginez ce que cela pourrait donner avec ces quelques mots-clés supplémentaires: camp, nazisme, extermination totale, morts. Je vous laisse mettre les pièces du puzzle ensemble et supposer ce qui se passe dans ce livre et dans ce jeu. Je ne vous le décrirai pas car cela ne se décrit pas. Si cela vous intrigue et si vous avez le coeur bien accroché, lisez-le et faites-vous votre propre opinion.
    Demandez-vous comment vous auriez réagi, comment vous vous seriez comportés (tant en tant que participant qu'observateur). Dans quel camp auriez-vous été?
    C'est l'histoire d'une égérie qui se prend pour une sorte de dieu et qui décide de combattre le tyran. C'est l'histoire d'une Kapo qui découvre d'une façon bien étrange l'attirance et l'amour. C'est l'histoire d'organisateurs qui feraient n'importe quoi pour devenir les numéros 1. C'est l'histoire de journalistes qui tout en s'indignant font le jeu des organisateurs. C'est enfin l'histoire d'hommes et de femmes qui luttent pour leur survie et dont le seul objectif est de ne pas mourir.
    Ce livre m'a interpellée, retournée comme une crêpe, indignée, dégoûtée, horrifiée, touchée et même fait rire par moments. Difficile d'admettre que je suis passée à deux doigts d'un coup de coeur devant l'horreur qui nous est décrite. Pourtant c'est bien ce qui s'est passé! S'il n'y avait pas eu quelques longueurs à certains passages, il serait rentré dans cette catégorie haut la main.
    Du grand Nothomb, aussi bon que Hygiène de l'assassin et Cosmétique de l'ennemi, un livre qu'il faut lire si on est fan de l'auteur, mais à éviter à tout prix dans le cas contraire.

    Lien : http://yumiko.ch/?p=2004
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Citations et extraits

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  • Par x-Kah-mi, le 20 décembre 2010

    A la revue matinale, Pannonique vit le kapo Marko ramener la fillette. Elle sourit à la petite qui avait une mine de déterrée.
    Puis le Kapo Jan vint sélectionner les condamnés du jour : normalement, il passait en revue l'effectif et jugeait qui méritait de mourir ; cette fois, sans hésitation, il sortit du rang ZHF 911 et PFX 150.
    Un frémissement parcourut l'assemblée. On avait beau avoir l'habitude du mal, la condamnation d'un enfant, c'était autre chose. On ne parvint même pas à se réjouir d'être enfin débarrassé de la vieille.
    On entendit pour la première fois la voix de ZHF 911, qui résonnait toujours à mi-chemin entre le grincement et le ricanement.
    - Les extrêmes s'attirent, on dirait.
    Il lui était égal de mourir.
    PFX 150, elle, resta abasourdie de silence.
    On dut la pousser pour la faire marcher.
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  • Par SEcriture, le 13 avril 2010

    Tandis qu’elle peinait au déblaiement des gravats, elle eut une crise de haine en pensant aux spectateurs. C’était une implosion lente qui partait de la cage thoracique et qui montait aux dents, les changeant en crocs : « Dire qu’ils sont là, avachis devant leur poste, à savourer notre enfer, en feignant sûrement de s’en indigner ! Il n’y en a pas un pour venir concrètement nous sauver, cela va de soi, mais je n’en demande pas tant : il n’y en a pas un pour éteindre son téléviseur ou pour changer de chaîne, j’en mets ma main à couper. »
    Le kapo Zdena vint alors l’arroser de coups de schlague en l’invectivant, puis alla s’occuper ailleurs.
    « Je la déteste aussi, et pourtant beaucoup moins que le public. Je préfère celle qui me frappe à ceux qui me regardent recevoir sa hargne. Elle n’est pas hypocrite, elle jour ouvertement un rôle infâme. Il y a une hiérarchie dans le mal, et ce n’est pas le kapo Zdena qui occupe la place la plus répugnante. »
    p.93
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  • Par MarcBibliotheca, le 17 août 2008

    Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus; il leur en fallut le spectacle.
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  • Par ivoirine, le 19 août 2010

    La réalité incontestable du camp était la négation de Dieu: l'existence de l'un entraînait inéluctablement l'inexistence de l'autre. On ne pouvait même plus y réfléchir: l'absence de Dieu était établie...Un jour, il s'opéra dans sa tête un glissement: puisque la place était vacante, ce serait elle, Pannonique, qui serait Dieu.
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  • Par Juste-Lire-Avec-Plaisir, le 15 juillet 2010

    Cette jeune fille que vous verrons mourir et qui est déjà morte, peut encore fièrement commencer une phrase par un je triomphant, une affirmation de soi. Quelle leçon de courage!
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Amélie NOTHOMB, une journée exceptionnelle à Lille - 16/11/2011
Au programme : 10h : Rendez-vous Gare Lille Flandres pour accueillir Amélie et découvrir sa géante. Puis, déambulez en fanfare pour rejoindre la grand' place (arrêt chocolats chez Léonidas et arrêt gaufres chez Meert) pour terminer par une ronde géante. 11h30 : Grand'Place, possibilité de « porter » la géante d'Amélie. Vivez une expérience inoubliable. 15h : Séance de dédicace géante dans l'Atrium du Furet du Nord. 18h : Rencontre publique au « TriPostal Lille3000» prés de l'exposition « Collector », autour de son roman « Tuer le père » publié chez Albin Michel.








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