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Citations de Lénine (44)


Tel est le titre qu'a choisi, pour son ouvrage sur Mach, Friedrich Adler, privat‑docent de l'Université de Zürich, peut‑être le seul auteur allemand désireux, lui aussi, de compléter Marx à l’aide de Mach [1]. Il faut rendre justice à ce naïf privat‑docent qui dans son ingénuité, lance le pavé de l'ours à la doctrine de Mach. Lui, au moins, pose la question haut et clair : Mach a-t-il vraiment « découvert les éléments du monde » ? Alors, bien entendu, les ignorants et les hommes arriérés peuvent seuls demeurer matérialistes. Ou bien cette découverte est‑elle un retour de Mach aux vieilles erreurs de la philosophie ?

Nous avons vu Mach en 1872 et Avenarius en 1876 se placer à un point de vue purement idéaliste; le monde pour eux n'était que notre sensation. En 1883, parut la Mécanique de Mach; l'auteur s'en référait, notamment dans la préface à la première édition, aux Prolégomènes d'Avenarius dont il louait les conceptions philosophiques, « très apparentées » (sehr verwandte) aux siennes. Voici les réflexions sur les éléments exposées dans la Mécanique : « Les sciences de la nature ne peuvent que représenter (nachbilden und vorbilden) les complexes des éléments que nous appelons ordinairement des sensations. Il s'agit des liaisons existant entre ces éléments. La liaison entre A (chaleur) et B (flamme) est du domaine de la physique; la liaison entre A et N (nerfs) est du domaine de la physiologie. Ni l'une ni l'autre de ces liaisons n'existe séparément; elles sont toujours ensemble. Nous ne pouvons nous abstraire de l'une ou de l'autre que momentanément. Il semble même qu'ainsi les processus purement mécaniques soient toujours, à la fois, des processus physiologiques » (p. 498 de l'édit. allemande). Mêmes réflexions dans l'Analyse des sensations : « ... Lorsqu'on emploie à côté des termes : « élément », « complexe d'éléments » ou, à leur place, les termes : « sensation », « complexe de sensations », il faut toujours se rappeler que les éléments ne sont des sensations que dans ces liaisons [à savoir dans celles de A, B, C avec K, L, M, c'est‑à‑dire dans les liaisons des « complexes appelés généralement les corps », avec « le complexe que nous appelons notre corps »], en cette relation, dans cette dépendance fonctionnelle. Ils sont en même temps, dans une autre dépendance fonctionnelle, des objets physiques » (traduction russe, pp. 23 et 17). « La couleur est un objet physique quand, par exemple, nous l'étudions au point de vue de sa dépendance de la source lumineuse qui l'éclaire (autres couleurs, chaleur, espace, etc.). Mais si nous l'étudions au point de vue de sa dépendance de la rétine (des éléments K, L, M ... ), nous sommes en présence d'un objet psychique, d'une sensation » (ibid., p. 24).

Ainsi, la découverte des éléments du monde consiste à :

déclarer sensation tout ce qui est;
appeler les sensations éléments;
diviser les éléments en physiques et psychiques, - ces derniers étant ceux qui dépendent des nerfs de l'homme et, en général, de l'organisme humain; les premiers n'en dépendant point;
affirmer que les liaisons des éléments physiques et des éléments psychiques ne peuvent exister séparément; elles ne peuvent exister qu'ensemble;
affirmer qu'on ne peut faire abstraction de l'une de ces liaisons que momentanément;
déclarer la « nouvelle » théorie exempte d' « exclusivisme [2] ».
Cette théorie est, en effet, exempte d'exclusivisme, mais elle présente l'assemblage le plus incohérent de conceptions philosophiques opposées. En prenant les sensations pour point de départ unique, vous ne corrigez pas à l'aide du petit mot « élément » l'« exclusivisme » de votre idéalisme, vous ne faites que brouiller les choses et, pusillanimes, vous vous dérobez à votre propre théorie. En paroles, vous écartez l'opposition entre le physique et le psychique [3], entre le matérialisme (pour lequel la matière, la nature est la donnée première) et l'idéalisme (pour lequel c'est l'esprit, la conscience, la sensation qui est la donnée première), mais en réalité vous la rétablissez aussitôt, subrepticement, en renonçant à votre principe de base ! Car si les éléments sont des sensations, vous n'avez pas le droit d'admettre un instant l'existence des « éléments » en dehors de leur dépendance de mes nerfs, de ma conscience. Mais du moment que vous admettez des objets physiques indépendants de mes nerfs, de mes sensations, qui ne suscitent la sensation qu'en agissant sur ma rétine, vous laissez là honteusement votre idéalisme « exclusif » pour un matérialisme « exclusif ». Si la couleur n'est une sensation qu'en raison de sa dépendance de la rétine (comme vous obligent à l'admettre les sciences de la nature), il s'ensuit que les rayons lumineux procurent, en atteignant la rétine, la sensation de couleur. C'est dire qu'en dehors de nous, indépendamment de nous et de notre conscience, il existe des mouvements de la matière, disons des ondes d'éther d'une longueur et d'une vitesse déterminées, qui, agissant sur la rétine, procurent à l'homme la sensation de telle ou telle couleur. Tel est le point de vue des sciences de la nature. Elles expliquent les différentes sensations de telle couleur par la longueur différente des ondes lumineuses existant en dehors de la rétine humaine, en dehors de l'homme et indépendamment de lui. Et c'est là la conception matérialiste : la matière suscite la sensation en agissant sur nos organes des sens. La sensation dépend du cerveau, des nerfs, de la rétine, etc., c'est‑à‑dire de la matière organisée de façon déterminée. L'existence de la matière ne dépend pas des sensations. La matière est le primordial. La sensation, la pensée, la conscience sont les produits les plus élevés de la matière organisée d'une certaine façon. Telles sont les vues du matérialisme en général et de Marx et Engels en particulier. S'aidant du petit mot « élément », qui débarrasse prétendument leur théorie de l'« exclusivisme » propre à l'idéalisme subjectif et permet, parait‑il, d'admettre la dépendance psychique vis‑à‑vis de la rétine, des nerfs, etc., d'admettre l’indépendance du physique vis‑à‑vis de l'organisme humain, Mach et Avenarius introduisent subrepticement le matérialisme. En réalité, cette façon d'user du petit mot « élément » n’est assurément qu'un très piètre sophisme. Le lecteur matérialiste de Mach et d'Avenarius ne manquera pas, en effet, de demander : Que sont les « éléments » ? Certes, il serait puéril de croire que l'on puisse éluder, grâce à l'invention d'un nouveau vocable, les principaux courants de la philosophie. Ou l’ » élément » est une sensation comme le soutiennent tous les empiriocriticistes, Mach, Avenarius, Petzoldt [4] et autres, mais alors votre philosophie, Messieurs, n'est que l'idéalisme qui s’efforce en vain de recouvrir la nudité de son solipsisme d'une terminologie plus « objective »; ou l’ » élément » n'est pas une sensation, mais alors votre « nouveau » vocable n'a plus le moindre sens, et vous faites beaucoup de bruit pour rien.

[1] Friedrich Adler : Die Entdeckung der Weltelemente [Zu E. Machs 70 Geburstag]. Der Kampf, 1908, n° 5 (Februar). Traduit dans The International Socialist Review, 1908, n° 10 (April). Un article est traduit en russe dans le recueil Le Matérialisme historique.
« Der Kampf », mensuel de la social‑démocratie autrichienne de 1907 à 1934; Les principaux rédacteurs de la revue étaient O. Bauer. A. Braun, K. Renner, F. Adler, etc. (N.R.)
« The International Socialist Review », revue mensuelle américaine de tendance révisionniste ; paraît à Chicago de 1900 à 1918. (N.R.)

[2] Mach dit dans l'Analyse des sensations : « Les éléments sont d'ordinaire appelés sensations. Cette dénomination servant à désigner une théorie exclusive bien déterminée, nous préférons ne parler que brièvement des éléments. » (pp. 27‑28).

[3] « L’opposition entre le Moi et le monde, entre la sensation ou le phénomène et la chose, disparaît alors et tout se ramène uniquement à la combinaison des éléments. » (Analyse des sensations, p. 21.)
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Le bon sens ce sont les préjugés de son temps
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La mondialisation, dont les pauvres penseurs contemporains rebattent les oreilles d'un patient public, n'a rien non plus pour faire vieillir Lénine. Elle était déjà à l'oeuvre de son temps. Quoi de plus mondialisé en effet que la guerre de 1914-1918 ? L'impérialisme, ses fondements, ses conséquences et les possibilités révolutionnaires qui en découlent ont été analysés par Lénine en 1915. Le fait de déceler une issue révolutionnaire dans l'évolution du capitalisme, de voir dans la monstrueuse centralisation des trusts et des États un pas en avant vers le socialisme, de décrire le capitalisme enfantant nécessairement le communisme, met Lénine bien au-dessus de tous les critiques contemporains de la mondialisation, étriqués, protectionnistes, réactionnaires honteux ou avoués.
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La capacité de défense, la puissance militaire d'un pays où les banques sont nationalisées, est supérieure à celle d'un pays ou les banques restent aux mains des particuliers. La puissance militaire d'un pays paysan où la terre est aux mains des comités paysans est supérieure à celle d'un pays de grandes propriétés foncières.
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Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolutionnaire. On ne saurait trop insister sur cette idée à une époque où l'engouement pour les formes les plus étroites de l'action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l'opportunisme.
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Si nous nous demandons pourquoi l'Etat n'existait quand il n'y avait pas de classes, lorsqu'il n'y avait ni exploiteur ni exploités, et pourquoi il a surgi quand les classes sont apparues, que nous trouverons une réponse nette à cette question : quelle est la nature de l'Etat et quel est son rôle ?
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Le problème de l'Etat est un des plus complexes, un des plus difficiles qui soit.
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La république démocratique est la meilleure présentation politique possible du capitalisme ; aussi bien le capital, après s'en être emparé, assoit son pouvoir si solidement, si sûrement, que celui-ci ne peut être ébranlé par aucun changement de personnes, d'institutions ou de partis dans la république démocratique bourgeoise.
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La doctrine de la lutte des classes a été créée non par Marx, mais par la bourgeoisie avant Marx ; et elle est, d'une façon générale, acceptable pour la bourgeoisie.
Quiconque reconnaît uniquement la lutte des classes n'est pas pour autant un marxiste ; Il peut se faire, qu'il ne sorte pas encore du cadre de la pensée bourgeoise et de la politique bourgeoise.
Limiter le marxisme à la doctrine de la lutte des classes, c'est le tronquer, le déformer, le réduire à ce qui est acceptable pour la bourgeoisie.
Celui-là seul est un marxiste qui étend la reconnaissance de la lutte des classes jusqu'à la reconnaissance de la dictature du prolétariat.
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La dictature du prolétariat, c'est la guerre la plus héroïque et la plus implacable de la nouvelle classe contre un ennemi plus puissant, contre la bourgeoisie dont la résistance est décuplée du fait de son renversement (ne fût-ce que dans un seul pays) et dont la puissance ne réside pas seulement dans la force du capital international, dans la force et la solidité des liaisons internationales de la bourgeoisie, mais encore dans la force de l'habitude, dans la force de la petite production
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À la fin de 1910, le Parti social-démocrate était divisé, comme on l'a vu, en de nombreux groupes et fractions entre lesquels la session du comité central de janvier n'avait pas réussi à rétablir l'unité : la tendance officielle bolcheviste qui détenait l'organe central du parti, le Social-Démocrate ; le groupe des bolcheviks-conciliateurs, qui trouvait inopportune l'intransigeance de Lénine ; les «mencheviks de parti», avec Plékhanov ; le groupe du Vpériod ; le groupe de Trotsky, qui publiait la Pravda de Vienne ; les social-démocrates polonais et lettons et le Bund, qui s'isolaient de plus en plus dans leurs nations propres ; enfin les mencheviks liquidateurs. Les organisations de base étaient soit détruites par les répressions gouvernementales, soit ramenées à leur plus simple expression. Les syndicats eux-mêmes étaient persécutés, souvent dissous. Tout mouvement ouvrier semblait éteint.
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 Lénine
Grattez l'agnostique, vous trouverez l'idéaliste.
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Nous devons éveiller dans toutes les couches tant soit peu conscientes du peuple, la passion des révélations politiques.
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Décider périodiquement, pour un certain nombre d'années, quel membre de la classe dirigeante foulera aux pieds, écrasera le peuple au parlement, telle est l'essence véritable du parlementarisme bourgeois, non seulement dans les monarchies constitutionnelles, mais encore dans les républiques les plus démocratiques.
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 Lénine
La période de la préparation de la révolution dans un des pays opprimés par les tenants du servage apparut, grâce à la peinture géniale de Tolstoï, comme un pas en avant dans le développement artistique de l'humanité tout entière
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Tout les cours d'histoire ancienne, toutes les conférences sur ce sujet vous parleront de la lutte entre les Etats monarchiques et républicains ; mais l'essentiel, c'est que les esclaves n'étaient pas considéré comme des hommes ; je ne dit pas comme des citoyens, mais même comme des hommes.
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Par suite de l'exploitation capitaliste, les esclaves salariés d'aujourd'hui demeurent si accablés par le besoin et la misère qu'ils n'ont pas d'intérêt pour la démocratie, pour la politique, et que, dans le cours ordinaire, pacifique, des évènements, la majorité de la population se trouve écartée de la vie politique et sociale.
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Du vivant des grands révolutionnaires, les classes d'oppresseurs les récompensent par d'incessantes persécutions ; elles accueillent leur doctrine par la fureur la plus sauvage, par la haine la plus farouche, par les campagnes les plus forcenées de mensonges et de calomnies. Après leur mort, on essaie d'en faire des icônes inoffensives, de les canoniser pour ainsi dire, d'entourer leur nom d'une certaine auréole afin de "consoler" les classes opprimées et de les mystifier ; ce faisant, on vide leur doctrine révolutionnaire de son contenu, on l'avilit et on en émousse le tranchant révolutionnaire.
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Pour qu'elle puisse atteindre au niveau voulu, il faut s'en tenir à la règle : vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
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Pour rénover notre appareil d'Etat, nous devons à tout prix nous assigner la tâche que voici : premièrement, nous instruire ; deuxièmement, nous instruire encore ; troisièmement, nous instruire toujours. Ensuite, avoir soin que le savoir ne reste pas chez nous lettre morte ou une phrase à la mode (ce qui, avouons‑le, nous arrive bien souvent) ; que le savoir pénètre vraiment dans l'esprit, devienne partie intégrante de notre vie, pleinement et effectivement. Bref, il nous faut exiger autre chose que ce qu'exige la bourgeoisie de l'Europe occidentale, savoir ce qu'il est digne et convenable d'exiger pour un pays qui se propose de devenir un pays socialiste.
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