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4.27/5 (sur 121 notes)

Nationalité : France
Biographie :

Denis Colombi, sociologue, est auteur d'une thèse de doctorat intitulée "Les usages de la mondialisation. Mobilité internationale et marchés du travail en France" soutenue en 2016.

Agrégé de sciences sociales, il enseigne les sciences économiques et sociales au lycée depuis 2007.

Il est l'auteur du blog sociologique Une heure de peine.

son blog : http://uneheuredepeine.blogspot.com/
Twitter : https://twitter.com/uneheuredepeine?lang=fr

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Où va l’argent des pauvres [Denis Colombi]


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Où va l'argent des pauvres, donc ? La réponse pèse peu dans la balance face à une opinion tranchée en la matière. Dans les médias, dans le monde politique, on est prêt à retirer de l'argent aux plus fragiles parce qu'ils pourraient, potentiellement, choisir d'acheter « un frigo ou un écran plat » avec, sans que l'on se demande un seul instant pourquoi, certaines familles en viennent à faire cela. Tout le monde a un avis sur ce que les pauvres devraient faire de leur argent. Tout le monde pense qu'il s'en sortirait mieux qu'eux à leur place... et donc tout le monde se convainc que, quand même, les pauvres méritent au moins un peu leur situation – l'attitude la plus généreuse en la matière consistant alors à essayer de leur expliquer comment bien gérer leurs ressources si ce n'est pas gérer celles-ci à leur place.
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De la même façon qu'il est aisé de proclamer qu'il est facile de se passer d'une voiture quand on a accès à des transports en commun de bonne qualité, il est facile d'imaginer que l'on peut vivre sans smartphone quand on dispose d'équipements alternatifs. L'acquisition d'un smartphone pour un ménage pauvre n'est pas une erreur de gestion, mais bien un choix économique rationnel : mieux vaut un smartphone multitâche plutôt que de démultiplier les appareils souvent plus coûteux – surtout si la mobilité permet éventuellement d'économiser le coût d'un abonnement en profitant, comme les réfugiés, des WiFi gratuits.
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Un dialogue célèbre entre Francis Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway les voit s'échanger les répliques suivantes : « — Les très riches sont différents de vous et moi. — Oui, ils ont plus d'argent. » [...] On peut inverser les choses et dire avec une terrible certitude que les pauvres sont décidément très différents de vous et moi : ils n'ont pas d'argent.

La remarque peut sembler être une platitude, mais comme la réponse d'Hemingway à Fitzgerald, elle ne fait que souligner ce que l'on s'efforce généralement de ne pas voir : la pauvreté, tout comme la richesse, n'est pas le symptôme de quelque autre caractéristique cachée aux tréfonds des individus qui la subissent, de telle sorte qu'ils formeraient une forme d'altérité, un genre d'humain tout à fait à part. La pauvreté est bien plutôt la condition dans laquelle vivent des individus qui, par ailleurs, ne diffèrent en rien de la masse des gens. Les pauvres sont comme tout le monde, l'argent en moins.
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Tout le monde s'accorde sur l'idée qu'il faut aider les pauvres... mais ce principe général est accompagné d'une note de bas de page, écrite en tout petits caractères : « Mais seulement les bons pauvres ! » Ceux qui sont vraiment pauvres, ceux qui font des efforts pour s'en sortir. Nous avons, assez largement, une représentation mentale du pauvre idéal et c'est avec celui-ci que nous consentons à être solidaires [... :] le pauvre doit être authentique et donc suffisamment miséreux ; il doit aussi faire des efforts et avoir du mérite et de la grandeur face à l'adversité ; enfin, il doit accepter stoïquement son sort et sa position dans la société – la contradiction entre les deux dernière exigences ne pose pas vraiment de problème puisqu'il s'agit d'un idéal. [... D]'un côté comme de l'autre de l'échiquier politique, la compassion envers les dominés reste toujours conditionnée par cette distinction élémentaire : il y a les pauvres que l'on veut bien aider, et il y a les autres.

L'avantage du « bon pauvre », c'est que, quelle que soit la façon dont on le conçoit, il n'existe que dans l'abstrait. C'est une figure théorique que l'on ne croisera jamais dans la rue. Ou plutôt que l'on n'aura jamais à croiser si l'on en a pas envie. Il sera toujours possible de trouver une bonne raison pour dire que la personne en face de soi est un mauvais pauvre.
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8. « Croiser un SDF avec un smartphone et ne pas s'indigner de l'appareil mais bien de la misère. Voir une mère de famille sans un sou amener ses enfants dans un fast-food et plutôt que de blâmer une tare individuelle, s'interroger sur des enjeux collectifs tels que l'accessibilité de la nourriture saine ou les solutions de garde d'enfants. Ne pas blâmer les parents pauvres qui achètent des vêtements de marque à leurs enfants, mais lutter contre le harcèlement scolaire qui frappe ceux qui ne sont pas habillés à la mode. Autant de basculements dans notre perception du monde que la sociologie peut nous aider à faire.
Il ne s'agit pas tellement de porter sur la pauvreté un regard bienveillant et compassionnel – quoique cette attitude puisse avoir quelques vertus méthodologiques pour dépasser les préjugés les plus courants – mais bien de saisir la logique propre, les déterminants et les contextes des actions des pauvres. Ce faisant, on leur restitue une humanité qui, trop souvent, leur est niée : les pauvres sont comme tout le monde, et les plus fortunés seraient comme eux s'ils n'avaient pas d'argent. » (p. 311)
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C’est en effet une consommation ostentatoire qui s’adresse d’abord à ceux qui sont socialement proches : c’est à la famille, aux amis, aux voisins que l’on veut montrer que l’on n’est pas tombé tout en bas de l’échelle. Sans doute les gens “au-dessus” y trouveront-ils quelque chose à redire, à commencer par les conseillers et travailleurs sociaux, mais ceux-là sont si loin et si difficiles à satisfaire qu’il y aurait peu de sens à se soucier de leur avis et à se protéger de leur stigmatisation. Tandis qu’éviter que son enfant ne soit moqué par ses camarades de classe à cause de ses vêtements “de pauvre” mérite bien des sacrifices.
p. 105
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L’argent des pauvres fait partie de ces sujets sur lesquels on commence à proposer des solutions avant de connaître les problèmes.
p. 12
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Quand il s’agit de la pauvreté, il est extrêmement facile de tomber dans
ce que les psychologues appellent « l’erreur fondamentale d’attribution », c’est-à-dire la tendance à voir le comportement des autres comme le produit de leurs choix ou de leurs caractères tandis que l’on voit ses propres actes comme le résultat des circonstances dans lesquelles on est pris.
Si l’on est confronté, par exemple, à des dépenses médicales imprévues au point de se retrouver en difficulté, on aura tendance à se dire que l’on n’a pas eu de chance, tandis que l’on verra les pauvres, pris dans la même situation, comme ayant fait preuve d’imprévoyance.
De ce fait, on ignore souvent ce que la pauvreté implique pour les individus qui la vivent et on préfère faire peser le poids de leur infortune sur leurs propres épaules ou, dans un élan de générosité, sur un petit jeu d’autres caractéristiques telles que leur culture, leur groupe ethnique, les effets pervers des politiques d’assistance, etc.
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« Traçant un parallèle avec la charité religieuse où le salut de l’âme du donateur importe plus que l’utilité du don pour le receveur, il (Georg Simmel) note que l’enjeu des aides publiques n’est pas la satisfaction des besoins des plus fragiles mais bien ceux de la société. Il s’agit moins d’aider les pauvres que, selon les cas, de contrôler les risques qu’ils représentent ou de rétablir les conditions de leur utilité économique en les faisant participer, d’une façon ou d’une autre, au marché du travail. Autrement dit, les dispositifs d’assistance constituent une forme de régulation des pauvres et non une tentative de résorption de la pauvreté. » P224
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Denis Colombi
Le “pouvoir” d’achat est une affaire de riche. Pour les pauvres, l’argent n’a rien d’un pouvoir, il n’est pas libératoire, il n’est même pas un sujet de calculs : quand il arrive, il est déjà en grande partie contraint.
p. 151
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