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4.18/5 (sur 65 notes)

Nationalité : France
Né(e) : 1915
Mort(e) : 1974
Biographie :

Érudit anticonformiste, fabuleux connaisseur du Paris ancien, de ses coutumes oubliées, de ses secrets, de ses légendes, il fréquenta moins la Sorbonne que les ruelles du quartier Mouffetard, haut lieu de la "cloche" parisienne voici encore trente ans. Ses activités de résistant pendant la guerre l'avaient mis en contact avec le petit peuple de la Rive Gauche, où il ne tarda pas à se trouver comme chez lui. La guerre finie, Paris change: Yonnet, témoin privilégié d'un lieu et d'une époque, s'empresse de noter ses souvenirs.
Conteur, ethnographe, poète, vagabond: Yonnet est un peu tout cela. C'est aussi une manière de sorcier, dont le regard extra-lucide parvient à capter ce que le passant distrait ignorera toujours: la secrète magie de ces lieux que les citadins arpentent depuis des siècles... magie qui tisse aujourd'hui encore sa trame d'ombre derrière la façade de ce qu'on appelle "la vie de tous les jours". (Jean-Pierre Sicre)

Jacques Yonnet, un petit bonhomme tout rond, jovial, conteur intarissable fréquentait au moins dix à vingt bistrots dans la journée. Et pour le retrouver, il fallait connaître ses itinéraires. Un carnet à dessin sous le bras, des crayons et des stylos à encre de chine dans ses poches, il croquait inlassablement les patrons et les clients des rades qu'il fréquentait, tout en contant des histoires, blaguant, usant et abusant du calembour et du contrepet. (Marc Schweitzer)

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Source : http://www.science-et-magie.com
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Jacques Yonnet : Rue des maléfices
Attablé au café "Le Rostand" Olivier BARROT presente "Rue des Maléfices" de Jacques YONNETBanc Titre de photos et de la couverture du livre publié par Phébus, collection Libretto.
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Citations et extraits (23) Voir plus Ajouter une citation
C'est à la faveur des époques tourmentées que le véritable tempérament d'une cité - à plus forte raison du magma des quelque soixante villages qui constituent Paris - se manifeste.
Depuis treize années, j'ai consigné des notes de tous ordres, historiographiques surtout car tel est mon métier. J'en détache ce qui a trait à une suite d'événements dont je fus le témoin ou le très falot protagoniste. Une sorte de pudeur, de crainte indicible m'empêcha jusqu'à ce jour de venir à bout de cette œuvre.
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Amis,

Vous a t-on déjà raconté ces histoires fabuleuses nées derrières les portes closes des immeubles parisiens, dans le silence à peine troublé par le martèlement des bottes allemandes sur les pavés froids ? Vous a t-on déjà embrigadé l’esprit avec l’histoire de cet homme qui avait fait tatouer sur ses genoux le visage de la putain qu’il aimait et celui de ce frère de sang qui l’avait trahi et s’était enfui avec elle ? Et l’histoire du Vieux d’après minuit, ce sage qui apparait et disparait tel un fantôme ? Quand on se décide à lire Rue des Maléfices de Jacques Yonnet, (publié auparavant sous le titre Enchantements sur Paris) on doit savoir qu’on en décrochera pas. Que notre sommeil va être peuplé d’étranges images, un peu noires, un peu effrayantes, mais drôles aussi, et touchantes également. Exploration du ventre de Paris, des entrailles de la cloche et des bas-fonds de la Mouffe et de la Maubert, jubilation littéraire et poético-argotique, conte surréaliste, témoignage historique, photographie en noir et blanc d’un monde révolu à jamais, ce livre est une ode fantasque et magique aux gueules cassées des souterrains parisiens, des bouges mal-fâmés, des trimards et des ivrognes du petit jour. Ca sent la bière, la sueur, le crachin, le crachat, le vin rouge, les chiffonniers, les artisans de la galère, l’occupation allemande. Le narrateur, fin connaisseur de la géographie et de l’histoire parisiennes, nous entraine à sa suite pour nous faire vivre des tranches de vie et nous présenter ces étranges personnages qui hantent son quotidien. Dans son journal, on goûte au vin et aux histoires dans le brouillard épais des accordéons tristes. Résistant de la première heure, Jacques Yonnet jongle avec le bruit des bottes allemandes qui battent le pavé parisien. On y est : aux «Quatre-Fesses» avec Elizabeth, chez Pignol, avec Pierrot-la-Bricole, Dolly-Longue-à-Jouir, le docteur Garret et sa poupée vaudou, avec tous les manouches d’un roi Gitan.

Parisiens, vous empruntez tous les jours ces rues de la Rive Gauche, vous regardez ces immeubles qui ont pignon sur rue et vous ne vous êtes dans doute jamais demandé ce qui s’était déjà passé derrière ces ancestrales pierres. Innocentes façades ? Regardez bien… Ici et là un sourire malicieux, un oeil facétieux, des signes inquiétants… La mémoire de la pierre qui se refond dans chaque bâtiment. Car des immeubles détruits, disparus à jamais, il y en eût ! Et Jacques Yonnet décrit fort bien ces antres pitoyables qui s’effondrèrent morceau par morceau sur leurs occupants quand le temps de la disette fut venue.



Les plus fins esprits – même s’ils n’en avaient pas l’air, mais ils avaient l’art et la manière et c’était déjà une finesse n’est-ce pas – ont créé des mondes insoupçonnés pendant que Paris occupé attendait de brûler. Queneau (entre autres, mais Prévert également) disait de ce livre qu’il était le plus grand livre jamais écrit sur Paris. On a beaucoup tendance à utiliser les superlatifs quand sonne l’heure des compliments et n’ayant pas lu tout ce qui se faisait sur Paris, je ne peux que dire qu’il s’agit là d’un tour de force inhabituel, d’un génie littéraire et mystique qui déploie des trésors d’intelligence d’écriture et d’observation pour décrire un monde envoûtant et coloré malgré la noirceur qui le bâtit. En outre, si toutes les routes mènent à Rome, on peut être sur qu’elles partent toutes de Paris. Et nous font voyager en Afrique, à Londres, à Berlin et ailleurs dans d’inépuisables aventures, des chamboulements dantesques et de folles épopées. Tous ces personnages, Zoltan, Danse-Toujours, Le Vieux d’après minuit… tellement incroyables et pourtant vrais, étaient des figures trop rares pour que l’on n’en parle plus maintenant. A présent que les rues de Paris se réveillent sous un autre jour et que les bouges et les maisons closes ont laissé la place à d’autres histoires, on croise encore au détour d’une venelle ou au fond d’une ruelle, ces endroits qui ne payent pas de mine mais qui ont le charme d’un amour de vacances. On y crée ses routines pour quelques mois puis on passe à un autre. On y revient, on en repart, on les fait tous, on bat le pavé : la routine du trimard appartient à la lumière derrière le rideau de fer baissé. Qu’importe le flacon…

Mais quand on commence à s’attacher aux bas-fonds parisiens, il y a quelques insomnies à prévoir. Je viens de finir de lire Nuits de Montmartre suivi des Bas-fonds de Berlin de Joseph Kessel que je rapproche de Rue des Maléfices. Sans doute parce que Kessel est l’un des plus grands reporters de son temps – de tous temps – qu’il a côtoyé tous les milieux, des plus fastes au plus mal famés, et qu’il témoigne dans son livre de ses aventures avec ses dangereux amis voyous, truands, assassins et autres grands escrocs. De la même manière, il décrit en petites «historiettes» (mot paradoxalement d’apparence innocente) des incursions dans le monde souterrain des criminels et des catins en tous genres. On pense aussi à Robert Giraud et (entre autres) à son Vin des rues, à ses Lumières des zincs et bien d’autres… Je relie également les tatoués de Jacques Yonnet à l’article d’Olivier Bailly sur le film de Pomerand et Giraud : Tatouages. Grande histoire ces tatoués…

En fait, tout ce beau monde qui se croise dans les rues et les bistrots, on peut le retrouver au fil de ces livres et ces films, uniques témoignages d’un temps à jamais perdu et bien trop méconnu. Car, très chers parisiens, ne vous en déplaise, et sans nostalgie mal placée d’un temps que je n’ai pas connu, je trouve que Paris a abandonné ce petit bout d’âme, cette petite flamme à l’odeur un peu bizarre d’alcool frelaté, cette franche marade entre copains de cordée aux comptoirs bien lustrés et surtout, ces légendes incroyables et surréalistes des bas-fonds. Mais comme je n’ai pas encore exploré tout Paris, je ne demande qu’à être guidée…*

Pour plonger dans ce monde, je ne peux que conseiller le blog d’Olivier Bailly : Le copain de Doisneau au sujet de Bob Giraud et ses comparses. Lisez le blog et explorez les liens, il y a de quoi faire… D’abord ici où l’on croise dans une excellente interview feu Jean-Paul Clébert et son Paris insolite.

Rue des Maléfices de Jacques Yonnet aux Éditions Phébus – Libretto. Avec en prime, des photographies de Doisneau, éternel témoin en noir et blanc des chroniques secrètes parisiennes.

* ceci est un message subliminal
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C’est épatant comme on se sent bien chez Pignol. Une connivence tacite, et de tous les instants, s’affirme entre les gens qui y fréquentent. La sélection s’est opérée d’elle-même : truands crevards, putains déshydratées, empafés d’indics de la basse flicaille, bourgeois un peu trop conformistes, sauf pour la livre de bidoche au noir et le calendo sans ticksons, se trouvent ici trop mal à l’aise. Ils n’ont qu’à mettre les adja. De même quiconque ne répond pas aux exigences pignolesques : en premier lieu, bouche cousue. La guerre ? histoire ancienne. Les Chleuhs ? connais point. La Russie ? changez à Réaumur. La police ? en fallait bien autrefois, pour régler la circulation… Chez Pignol, le silence constitue la principale, la plus difficile et la plus longue épreuve d’intronisation.
Après, il y a les impondérables. Ca marche par règle de trois : les têtes qui ne reviennent pas aux têtes qui me reviennent sont des têtes qui ne peuvent pas me revenir. Syllogismes bien sûr. Et du balai !…
Ô dussèche ! Vous effarouchez point du mien vocabulaire. Sommes pas mardi-gras. Employer d’autres mots serait trahir ces gens que j’aime trop. Et trahir vous aussi, dans la mesure où vous décréterez que j’ai « tout le temps », ou bien conviendrez de l’inverse. Pigez !…
… Alors la plus invraisemblable cohésion est née entre personnages fabriqués normalement pour se mépriser avec ferveur les uns les autres. Quelle faune, mes aïeux !
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Il n'est pas de Paris, il ne sait pas sa ville, celui qui n'a pas fait l'expérience de ses fantômes. Se pétrir de grisaille, faire corps avec l'ombre indécise et fade des angles morts, s'intégrer à la foule moite qui jaillit ou qui suinte, aux mêmes heures, des métros, des gares, des cinémas ou des églises, être aussi bien le frère silencieux et distant du promeneur esseulé, du rêveur à la solitude ombrageuse, de l'illuminé, du mendiant, du pochard même...
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Ce n'est pas pour rien qu'il existe tant de bistrots dans Paris, affirmait Danse-Toujours. Ce n'est pas tellement pour boire que tant de gens y sont tout le temps fourrés. C'est pour se rencontrer, se réunir, se rassembler - se rassurer. Oui, se rassurer : les gens s'emmerdent tout le temps, et ils ont la trouille, la trouille de la solitude et de l'ennui. Et puis ils portent tous dans leur au-dedans leur bonne petite trouille-maison : la peur de la mort, tous aussi je m'enfoutistes qu'ils aient l'air. Pour ne pas y penser ils feraient n'importe quoi.
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Le temps travaille pour ceux qui se placent hors du temps.
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Et, comme Ida la Borgnesse braillait et déconnait, déjà ou encore saoule, il l'a mélangée au brouillard à grands coups de pompe dans le parfaitement.
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C’est au crépuscule que la Mouffetard, l’antique « Via Mons Cetardus », vaut d’être parcourue. Les bâtisses n’y ont que deux ou trois étages. Beaucoup sont coiffées de pignons pointus. Nulle part dans Paris, ailleurs que dans cette rue, n’est plus sensible à l’homme qui marche la connexion, la fraternité sournoise qui lie les maisons jumelles.
Jumelles pour leur âge, non par leur emplacement. Que l’une d’entre elles donne des signes de décrépitude, incline le front, perde, comme un chicot, un coin de corniche : dans les heures qui suivront, sa sœur éloignée de cent mètres, mais conçue selon les mêmes plans et bâtie par les mêmes hommes, se sentira, elle aussi, les jambes de laine.
Les maisons vibrent par sympathie, comme les cordes d’une viole d’amour.
Comme des charges de cheddite qui se donnent le mot pour exploser ensemble.
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On avait tué Danse-Toujours, et contre cela personne ne protestait. "C’était le jeu", selon ses propres termes. Il n'avait qu'à ne pas se faire prendre aussi bêtement. Mais à la Montagne tout le monde l'avait connu, et chacun se prit à réfléchir et épiloguer sur le procédé même de l'exécution. Et chacun, révolté, déclara que c'était déshonorant pour tout le monde, affreux et dégueulasse. C'est le tronçonnement qui les dégoûte. Un Arabe a affirmé que la décollation d'un seul musulman, si abominable criminel soit-il, fait se serrer des millions de poings contre le roumi sacrilège. On ne se présente pas devant Mahomet, lavé de tous ses péchés terrestres, avec sa tête sous le bras.
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De plus en plus l'idée s'accrédite que cet interminable conflit [la deuxième guerre mondiale] n'est qu'une vaste foutaise dont nous n'avons guère, nous Français, à nous plaindre, car de toute l'Europe nous faisons figure d'enfants gâtés.
MM. les managers, régisseurs et chefs de plateau des guerres futures devraient dès maintenant apprendre que, de même qu'un film, le déroulement d'une guerre ne supporte pas les "longueurs". Si l'arrière se lasse et s'ennuie, le combattant en subit le contrecoup, et cela influe énormément sur la qualité de la main-d’œuvre (guerrière s'entend.)
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