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Note moyenne 4.17 /5 (sur 21 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Orléans , 1978
Biographie :

[ ne pas confondre avec le haut fonctionnaire Laurent Nuñez ]

Laurent Nunez est un écrivain français.

Romancier et essayiste, il est depuis 2010 rédacteur en chef du 'Magazine littéraire', et dirige également la collection 'Nouveaux Regards'.
Il est l’auteur de nombreux articles sur la littérature. Certains ont été traduits en plusieurs langues.

Après avoir été chroniqueur littéraire sur France-Culture, il participe au Cercle littéraire de la BnF, animé par Laure Adler et Bruno Racine, et tient une chronique chaque week-end sur Vinci FM, en alternance avec Joseph Macé-Scaron.
Il est aussi chroniqueur le vendredi soir dans La 'Dispute', l'émission littéraire de France-Culture.

Le magazine 'Technikart' l'a classé, en 2010 et 2011, parmi les cent personnes les plus influentes culturellement.

Il a publié en 2006 un essai littéraire chez José Corti, 'Les écrivains contre l'écriture'.
À partir des conclusions qu’il en a tirées, il écrit son premier roman, 'Les Récidivistes', en 2008.
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Source : Amazon, Wikipedia
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Laurent Nunez L'énigme des premières phrases.
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gabb   21 octobre 2018
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
Nous avons d'ailleurs une vision binaire et bizarre de l'existence : le travail, et puis seulement le loisir. Comme si l'un était la conséquence de l'autre. Tout dans notre société dit cela :

- une semaine de travail, puis le week-end

- une année de travail, puis les congés payés

- une vie de travail, puis la retraite.

Décidemment, nous avons été bien éduqués. Nous voyons le temps libre comme la récompense après le temps occupé.

Ce n'était pas comme cela au début.

Ce n'était pas ainsi que vivaient les gens auparavant.

On le sait parce que les langues anciennes nous le disent : il y avait tout d'abord un mot pour dire le repos, les dîners entre amis, la journée à rêvasser, à réfléchir, à lire; et ce n'est qu'après - bien longtemps après ! - qu'on a inventé un autre mot pour contredire tout cela.

D'abord il y avait un mot latin pour dire le loisir, otium, puis on a inventé un autre mot pour nier le loisir, negotium.

Neg-otium, cela voulait dire : le temps qu'il faut malheureusement retrancher de l'otium. (Ce qui prouve bien que l'otium a été pensé avant le negotium, parce qu'on ne peut pas retrancher quelque chose de quelque chose qui n'existe pas).

Au fil des siècles, notre civilisation marchande s'est construite autour de ce mot : negotium. Elle l'a chanté, vénéré, glorifié : elle en a fait un mot magique - le négoce.

Et le mot otium ?

Non, trop dangereux.

Trop permissif.

Trop jouissif.

Poubelle.
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gabb   13 octobre 2018
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
Peut-être faudrait-il reprendre goût à l'ennui. Voyons : est-ce donc si terrible de ne rien faire ? Qu'avez-vous donc à craindre à l'intérieur de vous que vous vouliez constamment regarder à l'extérieur ? De quoi voulez-vous donc toujours qu'on vous divertisse ?



Et puis, ne rien faire ce n'est pas ne rien faire. C'est laisser monter en soi le désir et l'attente. C'est même vivre comme un dieu, puisque c'est voir passer devant soi ce Temps qu'on vient de créer : "Pendant l'insomnie, je me dis, en guise de consolation, que ces heures dont je prends conscience, je les arrache au néant, et que si je les dormais, elles ne m'auraient jamais appartenu, elles n'auraient jamais existé" - Emil Cioran...
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SZRAMOWO   24 septembre 2015
Les écrivains contre l'écriture (1900-2000) de Laurent Nunez
Introduction : Pourquoi écrivez-vous ?



Postures et impostures du renoncement

I.Ces écrivains qui refusent d’écrire – l’impossible nouveauté – le non-écrivain – l’appel au vague – le style : présumé coupable – l’exagération littéraire – la main de l’auteur – les origines de la Terreur – L’imposture terroriste.

II. Borel, juge de Jacques : relecture terroriste de La Dépossession de Borel

III. Noli me tangere : de l’impossibilité de suivre Rimbaud

Peut-on ne plus écrire ? – Peut-on écrire sur Rimbaud ? – Les textes présentatifs : Le Clézio, Michon, Aragon – Les textes représentatifs : Rimbaud et le personnage, Rimbaud et le narrateur, Rimbaud et l’auteur, Rimbaud et le lecteur - Peut-on vivre comme Rimbaud ? – Peut-on ressusciter Rimbaud ? – Les communautés rimbaldiennes – Leiris : Rimbaud et Limbour – Breton : Rimbaud et Vaché – Conclusion négative.

IV. Bavardage sur un Bavard : relecture terroriste de des Forêts

V. Une réplique ambiguë : Paulhan, Caillois, Blanchot

Les corbeaux noirs – La contre-attaque littéraire : contre l’impossible nouveauté – contre le non-écrivain – contre le flou – contre le délit stylistique – pour la main de l’auteur – Trois parcours différents : Paulhan et Le Don des langues – Les palinodies de Caillois – Blanchot ou le malentendu.



Conclusion : De la littérature considérée comme une salamandre
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gabb   17 octobre 2018
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
L'avenir, c'est ce qui est à venir, ce que vous avez prévu et qui devrait arriver. Le grand voyage au Japon (vous économisez depuis un an), le concert de Radiohead ou le spectacle de Blanche Gardin (vous avez pris vos places il y a six mois), la semaine de ski avec vos amis (vous en parlez depuis quinze jours). C'est beau et c'est bien, l'avenir, parce que c'est jalonné et puis très rassurant - mais j'éprouve toujours une préférence pour le futur.



Le futur, c'est ce qui viendra sans que vous l'ayez vu venir. C'est ce visage que vous croiserez à une fête où vous ne vouliez pourtant pas vous rendre. C'est ce coup de fil qui vous proposera un travail bien plus intéressant que celui que vous avez. Le futur c'est partir en Espagne pour écrire un livre sur la Movida, et revenir avec un livre sur la poésie française du XIXème siècle (ça je l'ai vécu avec "Si je m'écorchais vif"). Quel bonheur : le futur c'est l'imprévisible [...], ce que vous n'auriez jamais imaginé, mais qu'il fut bon pourtant d'attendre et d'espérer. Bien sûr, le futur regorge de dangers [...]. Mais à n'avoir l'oeil fixé que sur l'avenir, nous aurions tous des vies très sages et automatisées ; alors que c'est la confrontation avec le futur qui nous rend humains - plus exactement : qui nous remplit d'humanité.
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SZRAMOWO   24 septembre 2015
Les récidivistes de Laurent Nunez
À la fin du XXe siècle, comme le temps pressait – on venait d’apprendre que le soleil allait exploser dans moins de six milliards d’années –, les Nord-Américains inventèrent des rendez-vous très brefs, saccadés, – comme des danses, mais assises. C’était des chaises musicales mais on était déjà assis.

En Europe, on ne prit pas le temps de traduire ces nouvelles rencontres: elles gardèrent le nom idéal de speed-dating.

D’abord la vitesse – speed –, ensuite la rencontre – dating.

D’abord l’assurance de ne pas perdre son temps – speed –, puis celle de l’avoir perdu – dating.

D’abord pouvoir choisir – speed –, ensuite avoir choisi – dating.

D’abord vivre à cent à l’heure – speed –, puis rencontrer la mort – dating.



Mais le goût de la vitesse, le souci d’être présent partout, d’être moderne ou contemporain, tout cela me fait peur comme à beaucoup d’autres. C’est de surcroît très difficile de mesurer sa vie, de savoir s’il faut la remplir – et avec quoi.

Qui peut dire ce qu’il faut faire des heures qui nous sont données? Quelle unité choisir? Comment compter l’existence? En livres lus, en livres écrits, en sueur, en kilomètres, en kilogrammes, en bouteilles vides, en enfants nés, en amis enterrés, en impôts payés, en mots prononcés, en corps conquis?

J’entrevois dès lors une autre énigme qui, posée sérieusement, détruirait les nations.

Combien coûte une heure de ma vie? Je veux dire: combien d’argent est-on prêt à me donner – suis-je prêt à recevoir – en échange d’une heure de mon existence? Supposons: je gagne 20 euros par heure. C’est beaucoup 20 euros. (Le SMIC actuel est de 8,44 euros.) Toutes charges payées, cela me laisse environ 2500 euros par mois – et je fais partie des 10% des Français que l’INSEE prétend riches.

Pourtant, si je suis riche au point de gagner 2500 euros par mois, cela ne signifie pour moi qu’une chose: on estime une heure de mon existence équivalente à 20 euros. C’est cela: je donne 60 minutes à l’État, à l’entreprise, au magasin, à l’usine, et en échange on me tend un billet bleu, un beau billet de 20 euros.

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SZRAMOWO   24 septembre 2015
Les récidivistes de Laurent Nunez
Au fur et à mesure que les Allemands envahissaient la France, on obligeait les civils à remettre les pendules à l’heure. En effet, les vaincus avaient paradoxalement 60 minutes d’avance sur les vainqueurs. On ne put rien faire sur les cadrans solaires, mais pour le reste:

Sedan rectifia toutes ses horloges le 14 mai.

Amiens le 21 mai.

Lille le 31 mai.

Rouen le 9 juin.

Reims le 11 juin.

Besançon le 16 juin.

Caen le 18 juin.

Nancy et Vichy le 19 juin.

Strasbourg, Brest et Tours le lendemain.

Lyon le 21 juin.

La Roche-sur-Yon le 22 juin.

La Rochelle le 23 juin.

Angoulême le 24 juin.

J’ignore pourquoi cela prit tant de temps. Brasillach note dans son journal que la première chose que les Allemands demandaient dans les camps de prisonniers, jusque dans l’administration française, c’était pourtant d’opérer ce changement. Il note aussi qu’entre la zone libre et la zone occupée, on n’y comprit bientôt plus rien. Mais c’était mieux que les trous noirs, mieux que les drogues; mieux que l’anamnèse, que cent carnets, que les phrases de Proust, qu’une machine à remonter le temps: c’était la guerre.

C’était un voyage dans le temps, parce qu’on se rappelait soudain que la comptabilité du temps était une affaire humaine – et qu’elle était donc très modifiable. Et qu’elle était absurde.

À la gare de Moulins, on informait les passagers que le train de nuit Paris-Lyon – via Vichy – arrivait à 2h05, pour repartir à 1h50.
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Eowyn85   21 octobre 2018
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
A croire que le seul véritable scandale dans nos sociétés modernes, la seule chose que plus personne ne comprend, la seule chose que plus personne ne pardonne, c'est d'avoir une vie intérieure.
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PAGALY   10 juin 2019
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
Freizeitstress (allemand)



Décidément, nous avons été bien éduqués. Nous voyons le temps libre comme la récompense après le temps occupé.



Seul Faulkner peut s'opposer à l'Ecclésiaste : « j'ai compris, il y a quelques temps, que c'est l'oisiveté qui engendre toutes nos vertus, nos qualités vertus, nos qualités les plus supportables - contemplations, égalité d'humeur, paresse, laisser les gens tranquilles, bonne digestion mentale et physique : la sagesse de concentrer son attention sur les plaisirs de la chair - manger, évacuer, forniquer, lézarder au soleil. Il n'y a rien de mieux, rien qui puisse se comparer à cela, rien d'autre en ce monde que vivre le peu de temps qui nous est accordé - respirer, être vivant et le savoir ».
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gielair   24 février 2020
L'énigme des premières phrases de Laurent Nunez
Vers quel visage avez-vous souri pour la première fois ?
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PAGALY   10 juin 2019
Il nous faudrait des mots nouveaux de Laurent Nunez
Litost (Tchèque)



Dans la liste de ce que nous ne pardonnons pas ce que nous aimons, je place en tête les services que nous leur rendons, ce que nous ne leur rendons pas, mais par-dessus tout la liste est deux : ce sentiment qu'ils nous donnent si souvent - et parfois malgré eux - de nos propres faiblesses.



La litost n'est pas le regret, ni la jalousie, ni l'envie : plutôt un sentiment de découragement « né du spectacle de sa propre misère soudainement découverte » (Kundera). Mais comme cette découverte n'est possible que par la constatation de la supériorité anodine d'un tiers, ce qui aurait pu être un sentiment noble comme la modestie ou l'humilité, se retourne toujours en une passion triste, parce qu'elle est liée à la détestation de ce tiers.



La litost surgit lorsqu'un événement anecdotique réveille une blessure ancienne - inguérissable.
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