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Philippe Rey

Créée en 2002, les éditions Philippe Rey sont une maison d`édition indépendant et généraliste. Plusieurs collection (« Littérature française », « Littérature étrangère », « Documents », « Beaux livres », « Noir », « Fugues » et « À tombeau ouvert ») forment aujourd`hui un catalogue de plus de 200 titres. La littérature reste au cœur de la ligne éditoriale de la maison.

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Archie
  30 novembre 2021
La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr
Consacrée par le plus convoité des prix littéraires, cette œuvre d’un jeune écrivain sénégalais nommé Mohamed Mbougar Sarr suscitera autant de réactions d’incompréhension que d’avis enthousiastes. Nombre de lecteurs ne franchiront pas les cent premières pages. Bien qu’habitué à chroniquer chaque année le Goncourt, je m’y suis moi-même plongé avec un peu d’appréhension, imaginant pour je ne sais quelle raison un livre cérébral, trop intelligent pour moi.



Dans La plus secrète mémoire des hommes, le narrateur, Diégane, est un double de l’auteur. Il est sur la trace d’un écrivain compatriote, T.C. Elimane, tombé dans l’oubli après la publication en France, en 1938, d’un ouvrage mythique introuvable, Le Labyrinthe de l’inhumain. Trois générations les séparent et ils ne se rencontreront pas. Diégane reconstituera les origines et le parcours de son devancier, grâce aux confidences d’une écrivaine plus âgée. Elle-même ne connaît Elimane que par ce que lui ont rapporté une poétesse haïtienne et une chroniqueuse française, croisées des années plus tôt. On dispose aussi des témoignages d’une danseuse nue, d’un couple d’éditeurs juifs, d’une mère sombrant dans la démence et d’un voyant nonagénaire non-voyant…



… Vous me suivez ? Il est vrai que la trame est compliquée et ce n’est rien à côté du texte. Sa lecture impose un effort d’attention soutenu. Sans trop s’embarrasser des transitions, MMS s’est fait un malin plaisir d’enchâsser des dialogues et des récits datant d’époques différentes à Paris, Amsterdam, Buenos Aires ou Dakar.



Une fois cette complexité surmontée, l’écriture est sublime. MMS sait décocher des mots inattendus, balancer des métaphores éblouissantes, tout en livrant une prose limpide, légère, accessible, dont les lignes et les pages défilent sans aspérités. Le charme de la lecture est si captivant qu’on en perd par moment le fil général de la narration, comme on peut s’égarer, lors d’une belle promenade, quand nos sens nous font oublier le chemin.



Sous son nimbe poétique, La plus secrète mémoire des hommes est un roman, l’histoire d’un personnage de fiction, inspiré d’une histoire vraie. C’est aussi la réflexion d’un écrivain sur les écrivains, sur l’acte d’écrire, sur l’impératif d’un exil réel ou symbolique pour l’accomplir. C’est en même temps la quête d’un jeune écrivain africain francophone, qui s’interroge sur le dénominateur commun à ces trois qualificatifs : écrivain, africain, francophone.



Dans la France de 1938, la plupart des chroniqueurs littéraires trouvaient impensable qu’un Africain fût l’auteur d’un chef-d’œuvre, sauf à avoir pillé des textes existants. Aujourd’hui soucieux de s'afficher dans l’air du temps, ils le portent d’office au pinacle médiatique. En Afrique, ce même écrivain francophone fera la fierté des siens… ou sera montré du doigt, pour avoir choisi de réussir selon des critères occidentaux, ceux de l’ancienne puissance coloniale. Question : le texte de Mohamed Mbougar Sarr est-il un plaidoyer pour la littérature universelle, ou recèle-t-il une revendication qui en réserverait l’accessibilité aux seuls lecteurs africains ? Autrement dit, ma chronique est-elle légitime ?



« Un grand livre ne parle jamais que de rien, dit l’un des personnages, et pourtant tout y est ». Tout ! MMS a mis tout ce qu’il a pu dans La plus secrète mémoire des hommes ! Notamment un long monologue obsessionnel à la Faulkner ou à la Bernhard, des pages qui surprennent, mais en l’occurrence légitimes. On y trouve aussi sur un strapontin les écrivains Gombrowicz et Sabato, et on se demande ce qu’ils viennent y faire. Même remarque pour l’officier nazi amateur de littérature ou pour la malédiction à la Rascar Capac. Des accessoires qui prennent trop de place ou pas assez.



La plus secrète mémoire des hommes est un livre riche, envoutant. Sa profusion, son questionnement, son lyrisme avaient de quoi séduire les jurés. C’est un livre exceptionnel – au sens d’exception –, mais il reste imparfait. Le risque est pourtant qu’il ait absorbé tout le potentiel littéraire de l’auteur. Son inspiration est-elle renouvelable ou est-il déjà condamné à ne plus écrire, comme Elimane avant lui ?


Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Matatoune
  29 novembre 2021
La plus secrète mémoire des hommes de Mohamed Mbougar Sarr
Mohamed Mbougar Sarr propose un roman intense, puissant et même haletant avec La plus secrète mémoire des hommes que le prix Goncourt vient de consacrer en cette année 2021.



Diégane Latyr Faye est un jeune écrivain sénégalais, arrivé en France depuis si longtemps qu’il n’envisage pas de retour dans son pays. Lui, l’écrivain, a une obsession qui le brûle : retrouver le roman Le labyrinthe inhumain d’un certain T.C Elimane, publié vers 1938, et comprendre comment est écrit un grand livre. Ce dernier raconte l’histoire d’un roi acceptant de brûler les vieillards de son royaume au début en échange d’un pouvoir énorme.



Il s’agit pour Diégane de rechercher des éléments auprès de ceux qui ont connu cet aîné autant auprès de sa propre famille, au Sénégal, qu’auprès de ceux qui l’ont rencontré en France, comme ses amis éditeurs et les autres écrivains francophones. Mais aussi, son enquête l’amene à Amsterdam auprès d’une étonnante écrivaine originaire de Dakar et même en Amérique du Sud recherché une poétesse Haïtienne.



L’obsession de Diégane est partagée par tous ceux qui ont approché ce « Rimbaud nègre »comme il a été qualifié. La quête de ce personnage énigmatique, qui n’a cessé de se fondre pour se faire oublier, transforme le roman en thriller, le lecteur restant scotché jusqu’à la fin. Les rebondissements, les retours en arrière et l’enchevêtrement des récits comme un labyrinthe rendent la lecture des trois livres de La plus secrète mémoire des hommes addictive et surnaturelle à la fois.



Derrière T.C Elimane, Mohamed Mbougar Sarr s’est inspiré de Yambo Ouologuem, écrivain malien, consacré par le prix Renaudot en 1968 pour « Le Devoir de violence », accusé de plagiat et relégué, depuis, dans l’anonymat.



Mohamed Mbougar Sarr, avec sa façon très particulière, pose la question de la littérature francophone lorsque l’écrivain est africain. Dépassant superbement les représentations coloniales et celles migratoires, il inscrit sa réflexion sur le rôle de l’écriture, la condition de l’écrivain et l’universalité de la littérature. Mais encore faut-il accepter que l’acte d’écrire se nourrisse de toutes les lectures rencontrées, ce que le soi disant plagiat de T.C Elimane interroge.



Mais, là où le destin ou le hasard, ou les deux à la fois, place Mohamed Mbougar Sarr au cœur de la médiatique du prix Goncourt, Diégane livre son point de vue sur ce travail de communication qui doit s’adjoindre à celui d’écrivain pour pouvoir garder consistance littéraire. Avec un humour ravageur, Diégane se moque à la fois des écrivains africains et francophones, des honneurs, des critiques qui placent l’homme à la place de l’œuvre et même ceux qui essayent de résumer les thèmes d’un roman. Prémonitoire ?



En même temps que de décrire le travail de l’écrivain, Mohamed Mbougar Sarr pose le rapport du lecteur à la littérature. Il démontre combien un écrit bouleverse celui qui le découvre, combien il peut le hanter et le nourrir des réflexions qu’il véhicule. Diégane est avant tout un lecteur addictif qui se voit pris au piège des mots d’un autre.



La plus secrète mémoire des hommes raconte aussi l’importance de la transmission, celle de la culture, bien sûr, avec ces nuances animistes et le pouvoir des esprits. Mais aussi celle de sa famille. Le rapport au père, porteur d’un savoir particulier, y est analysé. La recherche des racines semble devenir indispensable à celui qui s’interroge. Du coup, le héros hérite de la sagesse de celui qui voit dans le futur, comme son père, pour lire et relier le passé au présent.



Beaucoup d’appréhensions ont accompagné la lecture du début de ce roman qui ont été balayées rapidement par le style, l’intrigue magistralement menée, les réflexions et la manière d’embarquer le lecteur dans un monde romanesque et fantastique.



Cette prose poétique se déguste avec délectation. Une très belle découverte !
Lien : https://vagabondageautourdes..
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Aquilon62
  29 novembre 2021
Le piéton de Rome : Portrait-souvenir de Dominique Fernandez
C'est toujours un plaisir que de se laisser guider ;

de se laisser prendre par la main ;

de se laisser divaguer ;

de s'abandonner à rêver ;

D'ouvrir ou rouvrir les yeux sur des détails qui nous auraient échappés.



Dominique Fernandez a cette force d'écriture qui vous happe instantanément, vous fait quitter votre quotidien pour vous emmener dans des déambulations érudites.

Dans Le piéton de Rome, il se fait guide touristique et littéraire de luxe mêlant l’histoire de l’art, à ses souvenirs personnels, à la découverte de la Cité Éternelle.



Appellation qui est née à l’époque impériale, l’urbs aeterna du poète Tibulle sera reprise par Ovide, Virgile et Tite-Live, pour glorifier la puissance d’Auguste et cette vision magnifiée va traverser les âges, devenant la métaphore du pouvoir suprême.

Et c'est ce cheminement que suit l'auteur qui transmet son adoration pour Rome tout au long de chapitres consacrés à la Rome antique (très belles visites de la Domus Aurea de Néron, et de la Villa Hadriana), au Tibre qui a bien changé au fil des temps, aux collines, aux villas et jardins, au Vatican. Il ne manquera pas par moment d'égratigner certaines dérives ou travers.



La Rome baroque n'est pas en reste, le contraire serait étonnant avec Dominique Fernandez, avec ses statues, ses églises, ses places et ses fontaines.

Il nous replonge aussi dans la Rome des années cinquante et soixante, avec l’évocation de dîners réunissant les grands écrivains de cet âge d’or, dolce vita : Moravia, Morante, Pasolini, ...

Mention particulière pour les itinéraires sur le Caravage et le Bernin qui a eux seuls sont aussi magnifiques que ce qu'ils décrivent.



Le piéton de Rome se déguste comme une bonne pâtisserie, comme le dit l'auteur "Nulle part mieux qu’à San Clemente on n’a le sentiment que Rome est faite de couches de civilisations différentes empilées au même endroit", tel un millefeuille. Un feuilletage millénaire, dans une cité dont l’histoire est aussi éternelle que les feuilles que nous laissent ses écrivains.

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