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Le Tripode


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Dernières critiques
Bibliobs
  19 octobre 2018
Le sillon de Valérie Manteau
Une femme rejoint son amant à Istanbul, y mène une enquête sur un journaliste d'origine arménienne abattu froidement. Pleines de résonances avec les attentats de janvier 2015 à Paris, ses recherches lui font découvrir une scène politique turque résistante et vivante, tandis que son histoire d'amour se trouble. Un très beau roman du décentrement.
Lien : http://bibliobs.nouvelobs.co..
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ATOS
  18 octobre 2018
L'homme qui savait la langue des serpents de Andrus Kivirähk
L’écorce se souvient elle, se souvient-elle d’un bruit ancien, du premier bruit

de cette déchirure de peau ? L’écorce sait elle que se bruit est gravé sur son dos ? Une dentelure, quelques accros, une écriture. L’écorce se souvient-elle que c’est le temps et la poussée de sa sève qui lui a ouvert la chair ? L’écorce se souvient elle que pour grandir et tendre vers le ciel il a fallu s’élargir pousser, avoir le tronc plein et gros, un tronc bien large à vouloir la mener si haut ? L’écorce ne sait pas, peut être,

que son poids dans ma main n’est que la coquille d’un oiseau qui a ouvert ses branches pour traverser le ciel. Mais l’écorce se souvient elle se souvient-elle du premier mot

de ces lettres arrachées de sa peau ? L’écorce se souvient elle avoir cousu ce mot à mon dos ? Et qu’en ramassant, d’elle, ainsi, ce morceau c’est un peu de l’oiseau tombé du ciel que je porte à ma peau ?…Cela faisait un moment, top long moment, que la lecture de ce livre m'attendait. Mais les mots sont patients autant qu'ils sont beaux quand ils savent être simples. Simple ne veut pas dire sans cruauté. Car le paradis n'existe pas. C'est lorsqu'on oublie les mythes et les légendes que tout commence à s'effondrer. C'est lorsqu'on perd ses racines qu'on ne sait plus avancer. C'est lorsqu'on perd sa langue et qu'on la donne à de gros chats qui vous font marcher au pas de l'oie qu'on oublie que civilisé rime le plus souvent avec colonisé. C'est à ce moment là peut être qu'un peuple premier est rejeté au rang du dernier. Mais que faire contre ceux qui portent le fer, que faire contre les moines soldats ? Et que faire contre ses propres « sages » qui s'accrochent à leurs rites comme de vieux fous qui croient protéger leur pudeur en relevant leur kilts pour sauver leur village ? Que faire contre les totems, les bondieuseries, les diableries de tous poils et de toutes espèces ? Qu'ils soient d'ici ou d’ailleurs, qu'ils aient mille ans ou seront dans cent ans, tous les imbéciles se ressemblent méchamment. L'instinct, le bon sens, l'intelligence, qu'est ce qui peut sauver celui que reste le dernier ? Ce dernier qui savait la langue des serpents, ce dernier chasseur – cueilleur. Celui qui ne connaissait les mots de fer : devoir, travail, moral, prospérité, héritage, sacrifice, gloire, titres, territoire, royaume, renommée. Celui qui n'avait ni dieu , ni maître. Qui se couvrait lorsqu'il avait froid, mangeait lorsqu'il avait faim, buvait lorsqu'il avait soif, et qui pleurait lorsqu'il n'avait plus personne avait qui partager ses jours. Qui se souviendra d'Hämarik, la Déesse du crépuscule, et de son amant Koit, Dieu de l'aube, qui parlera de Sinilind l'oiseau bleu magique ? , et qui se souviendra de cette langue que nous partagions avec les vipères couronnées ? Qui se souviendra de la pierre blanche, de la Salamandre, de l'amour des ours, et de l'odeur de l'élan ? Qui à part peut être la forêt…

L’écorce se souvient elle, se souvient-elle d’un bruit ancien, du premier bruit de cette déchirure de peau ? L’écorce sait elle que se bruit est gravé sur son dos ?

En Estonie, on dit que lorsque les gens sont méchants, avares et cruels, en certains endroits, la forêt quitte tout simplement l'endroit. On dit ça parce que quelque part, enfoui en dedans nous, on le sait depuis toujours. Les derniers eux le savent encore. Quant au méchants, il sont toujours les premiers à abattre les forets, à donner d'autres noms au terres, aux hommes, au nom de leur nouvelle humanité. Ils ont tout oublié. L'esprit, le coeur et l'âme, en eux, rien ne subsiste.

Une légende raconte qu'un jour un homme a dit que « Plusieurs des premiers seront les derniers, et plusieurs des derniers seront les premiers ».

Mais avant toutes ces légendes on l'a peut être oublié, , il y avait une vérité qui depuis longtemps nous a quittés. Peut-on l'imaginer ?



Traduction de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier



Astrid Shriqui Garain
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MadameTapioca
  17 octobre 2018
La vie rêvée de Rachel Waring de Stephen Benatar
Affreusement drôle ou magnifiquement triste ?



Rachel Waring, timide célibataire de presque 50 ans est heureuse. Sortie de nulle part, une grand-tante vient de lui léguer un hôtel particulier à Bristol. Elle abandonne son ancienne vie Londonienne sans tarder, décide de tout changer, de devenir la personne qu’elle aurait dû être, la personne de ses rêves.

Terminé son travail administratif ennuyeux, sa garde-robe plan-plan, sa colocataire sarcastique qui fume cigarette sur cigarette. Elle vivra comme une femme vouée aux loisirs, à la beauté, à la créativité et à l'amour. Une fois installée dans son nouveau logis, Rachel plante un jardin, refait sa garde-robe, flirte, commence à écrire un roman, dépense ses économies et impressionne tous ceux qu'elle rencontre par son extraordinaire optimisme.



Tout le roman est raconté par Rachel, on est dans sa tête, on regarde le monde à travers ses yeux. On la voit se transformer en gentille excentrique. Jusque-là tout va bien…

Mais petit à petit on se demande si tout cela est vrai. Coincé dans sa tête le lecteur ne sait plus distinguer ce qui relève du délire de ce qui est la réalité. Ses réactions sont de plus en plus fantasques, ses relations aux autres étranges, ses dialogues intérieurs irrationnels.. On oscille entre comédie et tragédie. Rachel est en train de glisser.



C'est la description la plus brillante d'une personne succombant lentement à la démence jamais lu. On se rend compte à quel point tout est normal pour Rachel et à quel point la situation est horriblement inconfortable pour l’entourage.

Le génie de ce livre est double: premièrement, dans le maintien d’un monologue intérieur terriblement singulier, complété par des bribes de chansons désuètes et par l’apparition de personnages réels ou fictifs, et deuxièmement par le processus de dégénérescence qui semble programmé tel un piège qui se referme sur notre héroïne.



Pour lire ce roman, il faut accepter de se laisser porter, aimer les digressions narratives mais surtout ne pas chercher à comprendre.

Brillant, séduisant, parfois hilarant, dérangeant, ce roman est fou.
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