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EAN : 9782330079826
184 pages
Actes Sud (05/04/2017)
3/5   8 notes
Résumé :
Omran quitte Aden au milieu des années 1970 pour poursuivre ses études en France. Il y retourne quelques années plus tard, après avoir enterré dans la douleur la femme française qu'il avait aimée et épousée. Dans un pays où il se sent désormais comme un étranger, il découvre avec stupeur la montée progressive du salafisme et les concessions qui lui sont faites par le régime en place.
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Bookycooky
  20 avril 2017
Le livre déambule début années 70 avec le discours d'Amran, le narrateur (le double de l'auteur), un yéménite d'Aden, qui s' adresse à un être imaginaire maléfique, qu'il dénomme à son gré, Attrape-âmes, Azraël, Faucheur de Vies, Briseur des plaisirs, Rabat-joie......Il lui raconte son adolescence précédent son séjour à Paris, où il partit à dix-huit ans avec une bourse d'étude. Durant tout le récit ledit être sera son interlocuteur.
Aden se trouve dans la partie Sud du pays qui reste un protectorat du Royaume Uni jusqu'en 1967. À cette date elle obtient son indépendance comme Yémen du Sud où s'y met en place un régime qui rejoindra en 1970 le camp de l'Union soviétique.
Amran , fervent socialiste dans la veine révolutionnaire, à l'époque est un adolescent dont les hormones bouillonnent. Et en quoi un ado peut bien concentrer ses pensées, sinon la femme. Dans ce pays musulman, les deux figures de femmes qui l' occupent sont une pute, " la doctoresse" qui exerce son métier “comme un projet humanitaire et avec amour”, et Faten,"la charmeuse", fille d'un homme politique de gauche nommé Souslov, une petite fille de douze ans, qu'il croise chez un épicier aveugle. L'écart est magistral, non ?
Le titre du livre est justement cette petite fille qu'il retrouvera en femme à son retour de Paris. Faten est devenue prédicatrice salafiste, et s'est mariée avec le fils d'un de ses leaders, qu'elle déteste. Politique, religion, amours se mêlent, nous donnant la nouvelle image du Yemen du Sud (entretemps uni en 1990 avec le Nord, salafiste), "un basculement de l'athéisme pur et tonitruant vers le formalisme religieux extrême et criant d'impolitesse". Ce Yémen (Sud ) progressiste où dans les années 70, "la vie adénite tendait vers la modernité. Les femmes portaient des vêtements de ville, s'instruisaient, travaillaient et occupaient des postes élevés. L'enseignement était mixte. Les livres, notamment “progressistes révolutionnaires”, étaient partout. La loi civile sur la famille, très en avance, régulait la vie sociale et accordait aux femmes des droits importants et tangibles".
Amran qui se rend à Sanaa (Yémen du Nord) en 1996 est encore plus choqué par la vision des femmes vêtues de noir qui portent le niqab (voile intégral) , (dont sa soeur qui fut un temps médecin et révolutionnaire), ou manifestent contre une loi qui est censée limiter la polygamie et les violences conjugales. Un Yemen qu'il ne reconnaît plus, gâché par la dictature et le conservatisme religieux .....un conservatisme religieux qui est réduit en faites à une dévotion hypocrite, qui cache débauches, corruptions.....et j'en passe. Il en fait lui-même l'expérience jouant avec le feu, de quoi vous dégoûter de la religion à jamais.....
Une histoire terrible sur fond de vérité, qui cible l'islamisme, que l'auteur allége avec l'humour et l'autodérision.
C'est la premiere traduction de l'arabe d'une oeuvre littéraire yéménite, une littérature pourtant innovante et de plus en plus reconnue dans le monde arabe à ce qu'il paraît. L'auteur lui-même originaire d'Aden vit depuis plus de trente ans à Paris.
Un livre bien écrit dans le fond et la forme, et intéressant pour découvrir l'histoire du Yemen , comprendre les racines de la guerre civile qui y sévit depuis 2015 et s'informer de première main sur les sources du mal qui frappe le monde depuis deux décennies.

"Les ténèbres expriment là leur haine féroce pour les lumières, et leur passion immémoriale pour les éteindre".
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desr8737
  02 septembre 2017
La fille de Souslov, de Habib Abdulrab Sarori (Yémen)
C'est la guerre atroce que se livrent au Yémen l'Arabie saoudite et les Houthis qui m'a attiré vers ce roman : destruction des égouts et des centrales électriques, épidémie de choléra, famine, suicides, enfants qui meurent par centaines chaque jour, plus de salaires versés à personne depuis des mois – et impossible de migrer. le gnochon de la Maison-Blanche ne doit rien y comprendre, même s'il équipe la Coalition arabe qui se bat contre la Russie et l'Iran soutenant les Houthis, avec Al-Qaida actif sur le terrain.
L'histoire du Yémen depuis les années 60 n'a rien de serein : république marxiste au Sud et république arabe au Nord, puis réunification en 1990 nourrie d'espoirs de démocratie, le tout accompagné de guerres civiles à répétition, tentatives de sécession, assassinats, coups d'État, corruption, avant et après les mirages du printemps arabe de 2011, révolution transformée en piège par les salafistes.
Voilà ce qu'est devenu l'antique Royaume de Saba, la légendaire « Arabie heureuse », Aden où Rimbaud voulait mourir, comme le rappelle l'auteur. Sarori est un informaticien yéménite qui enseigne en France, où il voyageait déjà jeune avec son amoureuse dans les années 60, alors marxiste enthousiaste qui ne manquait pas une Fête de l'Humanité, si on identifie auteur et narrateur, avant de se tasser vers le centre. le narrateur perdra sa femme, enceinte, dans l'attentat terroriste au métro Saint-Michel en 1995.
Les événements des 50 dernières années sont évoqués à tour de rôle dans ce roman pourtant bien tranquille, court, écrit dans un style un peu suranné, entrecoupé d'extraits de pages Facebook, où la langue a toujours une résonance poétique et passe parfois carrément à la poésie sur quelques lignes. le roman est agréable à lire, mais pas du tout dans le genre captivant. Il y a si peu de livres de ce pays traduits en français (6 paraît-il) que l'oeuvre est intéressante en soi. Elle nous fait voir, découvrir, sentir le Yémen, toujours devant la toile de fond de l'actualité, mais dans une atmosphère d'intimité. On n'entend pas le bruit et la fureur de la guerre, le pays n'est même pas décrit, tout est comme murmuré.
Les bouleversements qu'a connus le Yémen sont rappelés à travers la liaison torride du narrateur avec la fille de « Souslov », surnom d'un apparatchik à l'époque de la dictature marxiste et qui prendra une royale débarque quand le pays passera de Marx à Allah. Sa fille, c'est autre chose. Beauté absolue que le narrateur aperçoit la 1re fois, adolescente, dans une boutique d'Aden, au milieu des années 70. Vingt ans plus tard, après la mort de sa femme, il est approché par une salafiste, Amat al-Rahman, autre beauté époustouflante, qui vient un jour se dévoiler devant lui à son hôtel : surprise, c'est la fille de Souslov en personne, qu'il n'aurait jamais reconnue. L'ancienne fille de marxiste d'Aden (Sud) cache maintenant son passé derrière un nouveau nom et même un nouvel accent, celui des gens de Sanaa (Nord).
Une bonne partie du roman raconte comment, devenue prédicatrice toute-puissante qui organise des manifs de femmes couvertes en noir de la tête aux pieds et scandant dans les rues les bienfaits de la charia, elle rejoint en secret notre héros à son hôtel après les manifs, tombe le niqab et tout le reste, et entre deux séances amoureuses envoie ses ordres aux militants via sa page Facebook, où les fils de discussion sont d'agressives séances de prêche, assise sur le lit, nue, son Mac sur les genoux. Il la rencontrera ainsi 300 fois pendant 12 ans, avant de la quitter pour de bon pendant le printemps yéménite, alors qu'elle reste résolument du côté des islamistes. Entretemps Il aura connu le ciel sur terre :
« Amat al-Rahman faisait religieusement l'amour. Elle fermait les yeux la plupart du temps, et murmurait des versets coraniques secrets alors que nos deux solitudes tanguaient à l'unisson… […] Quiconque ne s'est pas livré aux ébats amoureux avec une salafiste ne connaît pas le sens de la jouissance durable, du plaisir au-delà du plaisir : tremblements et frémissements chaudement enveloppés dans une masse souple de qât imbibée de salive – écume de houri –, porteur de tensions, de surprises. La fine fleur des délices, un abîme de délectations divines. »
On ne va pas lui reprocher de ne pas aimer ses compatriotes. Mais on peut reprocher au livre de finir en queue de poisson. La relation terminée, toutes ses pensées seront pendant quelque temps pour sa femme morte 15 ans plus tôt, jusqu'à ce qu'il rencontre bientôt une Chinoise et s'ouvre dans les dernières lignes à la sagesse orientale.
Si le livre vous intéresse, attendez qu'il soit en poche ($ au lieu de $$$).
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traversay
  28 avril 2017
La littérature yéménite est peu connue en France pour la simple raison qu'aucune traduction n'existait avant les deux consacrées aux excellents romans d'Ali al-Muqri : le beau juif et Femme interdite. La collection Sindbad d'Actes Sud nous propose de découvrir un nouvel auteur de ce pays jadis appelé "L'Arabie heureuse." Habib Abdulrab Sarori, qui enseigne à Rouen, n'est pas un débutant mais le seul roman de lui publié avait été écrit directement en français. La fille de Souslov, à travers les souvenirs éclatés d'un narrateur, Amran, qui ressemble fort à l'auteur, retrace 40 ans d'histoire du Yémen, d'abord scindé en deux, puis unifié, jusqu'à la révolution de 2011. Ce n'est pas un cours magistral même si la politique y est très présente sans parler de la religion. Mais le prisme est avant tout amoureux et charnel. "Quiconque n'a pas vécu des amours clandestines avec une salafiste n'a pas connu l'amour" s'exclame Amran au milieu de l'histoire tumultueuse qui le lie à une prédicatrice qui porte le niqab et qui n'est autre que la fille d'un dirigeant socialiste, aimée alors de loin et chastement, avant qu'Amran ne quitte sa belle ville d'Aden pour poursuivre ses études en France. Cette liaison qui n'existe que dans un hôtel de Sanaa, la capitale, est l'occasion de dialogues tour à tour tendres puis agressifs car les deux tourtereaux ne peuvent pas être plus opposés du point de vue politique et religieux, on y revient. Ce duo impossible et leur affrontement fournit en tous cas à Habib Abdulrab Sarori une trame bien utile dans un livre qui semble en faire parfois à sa tête, bousculant une narration jamais tout à fait linéaire et classique. C'est le charme de ce roman, riche d'informations sur un pays qui nous est en grande partie inconnu -et aujourd'hui aux prises avec une guerre sans solution-, au sein d'une fiction "orientale" et insoumise. D'Aden à Sanaa, en passant par Paris.
Lien : http://cin-phile-m-----tait-..
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Jacline
  22 avril 2018
La forme m'a un peu perturbée : l'interlocuteur privilégié étant Azraël ou Attrape-âmes, c'est déjà un choix qui donne le ton. Habib Abdulrab Sarori se livre à une magistrale démonstration (ou devrais-je dire démolition) de la manipulation, ici religieuse intégriste, mais je pense qu'on peut l'appliquer à tous les extrémismes. Et non seulement, il dénonce ces " fous de Dieu", mais il en fait en plus des dépravés... J'aimerais croire que ce n'est que roman, j'aurais moins d'inquiétude quant à la vie de certains de mes concitoyens, mais au regard des dérives de nations qui FURENT démocratiques et dont les chefs d'état ont pris d'autres orientations ...
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CharleneMouzi
  18 mai 2017
Découvrir le Yémen par un couple composé d'un scientifique laïc et d'une salafiste vous promet de belles surprises!
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critiques presse (1)
Liberation   01 juillet 2017
Plongée ironique et érotique dans un pays de tous les contraires.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
BookycookyBookycooky   19 avril 2017
Trois jours plus tard, de ma chambre d’hôtel me parvenait le brouhaha assourdissant de ce qui semblait être une manifestation. De la fenêtre ouverte, on pouvait voir la rue recouverte de noir. C’était une manifestation de femmes. Des milliers de corps enveloppés de noir, en rangs serrés, tenant par la main chacune un jeune enfant, fille ou garçon, car “une femme pieuse ne va pas seule dans la rue”, selon la vulgate salafiste. Le flot de femmes était précédé de banderoles marquées de slogans qui semaient en moi la confusion : “La charia autorise quatre épouses”. Celui-ci illustré avec l’image d’une main à quatre doigts, le pouce étant retourné vers l’intérieur de la paume. Un autre slogan annonçait : “Le projet qui interdit la violence contre les femmes est discriminatoire et va à l’encontre des principes de la charia islamique.” Sur une troisième banderole, on pouvait lire : “Le projet interdisant de battre sa femme porte atteinte aux droits de l’homme, tels que définis par le verset 34 de la sourate des femmes.” La rue était parcourue d’un déluge noir impressionnant, plus effrayant dans sa réalité qu’un film d’horreur. Il suscitait en moi, moderniste particulièrement allergique aux ténèbres et à la terreur, une envie de vomir et de me boucher les oreilles !
J’étais à la fenêtre et je scrutais ce paysage surréaliste qui suscitait mon horreur......
( Ce n'est malheureusement pas de la fiction )
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BookycookyBookycooky   18 avril 2017
Le jour où les élèves recevaient leur bourse d’études mensuelle, il fallait voir les patrons de bouis-bouis et les catins de Saysaban, munis de carnets de comptes qui listaient des dettes de repas et de fornication, attendre leur tour afin d’effacer l’ardoise de leur clientèle estudiantine tant que leurs poches étaient encore remplies !
( Aden-Yemen )
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