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Bradomin
  18 novembre 2017
Bréchéliant est une fable où l'auteur s'est aventuré vers le mythe originel, la forêt du secret, l'eau de la légende vive. Car l' » amour de loin » des troubadours ou de Lancelot du Lac est une habile métaphore, non seulement de la lecture, ce périple immobile, mais de la nature même du désir, qui est toujours un au-delà, toujours sur l'autre rive, de l'autre côté de la glace, dans une attente qui signe conjointement l'exacerbation et l'abolition du temps. À l'image de l'errance infinie du Chevalier, ou de la veille interminable de la Dame de la plus haute tour, dont nous trouvons dans ces pages une nouvelle incarnation émouvante.
L'intrigue de Bréchéliant est aux antipodes d'une histoire qui se conterait – et se compterait – en quelques mots. La trame, nous le disions, est tout entière dans le décor même de la chronique, dans les bornes milliaires de la vie quotidienne aux jours lointains d'Excalibur et de la dormition du roi Arthur. Paradoxalement, l'atmosphère fait songer à l'un des récits les plus contemporains de Julien Gracq, Un balcon en forêt (1958), pendant la « drôle de guerre ». Dans l'incertitude et l'indécision qui marquèrent le préambule de la Seconde Guerre mondiale. On observe (on s'observe) et on attend. Comme l'oreille musicale guette le retour du leit-motiv. le blockhaus – nouvelle métamorphose du château fort – est l'armure et le belvédère. le havre aussi, où les yeux et le coeur couvent leurs songes, caressent leurs évasions. La durée prend une autre substance, comme un tapis de feuilles qui s'épaissit jour après jour. Et comme une lande s'abandonne au regard, sommeilleuse.
Dans Bréchéliant, le lecteur retrouvera toute la densité littéraire, et la diversité d'Annick le Scoëzec Masson. Dans une langue tantôt rêveuse et chatoyante, tantôt terrienne et savoureuse, toujours allusive à ce point de fuite du temps et de l'espace qui est le champ de notre mémoire et le terreau de nos désirs – dont l'origine remonte à l'étoile, justement, le sidus, la constellation sidérante. Écoutons la conteuse nous convier à l'assemblée des elfes, dans la clairière des géants d'écorce et de mousse, autour du feu de joie qui renaît chaque nuit. Écoutons la nostalgie et le vouloir, le passé et le futur qui trouvent leur lieu de rendez-vous, aurait dit Carlos Fuentes, dans la « consécration de l'instant, scellée par la fable des origines ». Oui, pour toujours et à jamais, il était une fois...
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Bourbonnaise
  01 mars 2018
Ce roman est comme une tapisserie de haute lice dont la chaîne serait l'histoire de la dame, recluse dans la tour d'un château breton depuis le départ de son seigneur aux Croisades, avec, pour seules compagnes, sa lectrice, Ariane, qui l'initie à la poésie occitane et à l'amour courtois, et sa belle-soeur, confidente, amie et complice d'un terrible secret qui l'empêche de trouver le repos de l'âme et rend vain les élans mystiques qui occupent son esprit tourmenté. La seconde partie du cadre est, bien sûr, occupée par l'arrivée d'un étrange naufragé qui rompt un équilibre précaire, accélère et dénoue le drame déjà en germe dans le huis clos de la première partie.
Quant à la trame de cette tapisserie à laquelle je me plais de comparer Bréchéliant, elle serait composée d'une multitude de références culturelles et littéraires, d'allusions aux usages et traditions de Bretagne, de légendes et de poèmes qui tiennent du monde celte aussi bien que de la lointaine Occitanie. L'ensemble donne un entrelacs de fils, merveilleusement servi par une langue fine et ciselée qui a su créer une atmosphère de mystère et de langueur et suggère le passage des saisons et la profondeur de la terre de Brocéliande, avec ses êtres énigmatiques, ses secrets maléfiques et la rumeur infinie de l'océan en toile de fond.
En outre, comme une tapisserie a besoin d'être admirée à plusieurs reprises et vue de loin et de près pour pouvoir être appréhendée dans toute sa richesse, ce roman gagne à être lu plusieurs fois, la première lecture vous entraîne dans un monde étrange et déroutant de mélancolie, d'inquiétude, et de cruauté, les suivantes éclairent certaines énigmes, répondent au fur et à mesure aux questions posées par le déroulement du drame et permettent de méditer sur quelques sujets choisi, tel celui de « l'amour de loin » au coeur des échanges entre la dame et sa lectrice.
Bref un beau roman, un petit bijou à garder précieusement.
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Ginalasanseverina
  24 février 2018
"Bréchéliant" est un récit poétique qui tente de recréer l'épaisseur du temps médiéval perçu depuis l'intimité de l'univers féminin. Il ne faut pas y rechercher les ingrédients et les ressorts de la "fantasy". C'est un roman de la solitude et de l'attente, habitées par les errances du sentiment. Les légendes de Brocéliande constituent le cadre imaginaire, la matière où s'inscrit cette attente, loin du vaste monde, de son écume, de son bruit et de sa fureur...
Rien n'est évident dans “Bréchéliant”. Tout est allusif, feutré, à lire entre les lignes, mais néanmoins violent : le Val sans retour où la fée Viviane enfermait les amants infidèles et les condamnait à errer pour l'éternité, la fontaine de Barenton et son perron d'où jaillissait le feu quand on y jetait de l'eau, les démons “korriganes” qui venaient hanter les âmes… La forêt toute proche est, dit-on, hantée. "Bréchéliant" bruisse de ces voix multiples qui en colportent l'effroi. On ne sait quelle forme y prend le risque, mais on s'y risque sûrement au péril de sa vie . Car on y meurt, dit-on, à moins que l'on y trouve la révélation, la découverte d'une autre dimension de l'existence, tellement forte que l'aventure valait bien que l'on s'y hasardât… Et puis, il y a le croisement de toutes ces formes “d'amour de loin” mises à l'honneur par la lyrique des troubadours… Quand la tradition occitane rejoint celle des chevaliers d'Arthur...
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MllePeregrine
  19 février 2018
Bréchéliant ne m'a pas vraiment passionnée. J'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'un conte merveilleux sur la Matière de Bretagne, ce dont je me réjouissais, mais il n'en est rien.
En fait, il ne se passe quasiment rien, hormis dans les dernières pages. On suit une Dame, qui vit recluse depuis le départ de son mari, parti embrasser la chevalerie. Elle se consacre à la religion et n'accepte pour seule compagnie qu'Ariane, qui lui lit des contes, et Violaine, sa belle-soeur.
L'arrivée d'un étranger retrouvé à moitié mort va rompre cet équilibre.
Ce texte s'inscrit dans la lignée de l'Amor de Lonh de Jaufré de Rudel. L'écriture est très soignée, très poétique, et si je lui trouve cette qualité, je regrette aussi certains passages un peu brouillons.
Une découverte intéressante, pour laquelle je remercie Babelio et les éditions Garamond!
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HRubino
  23 novembre 2017
J'ai aimé cet univers étrange, fantastique et mystique. le regard de deux femmes ravivé par l'arrivée de l'inconnu, la part laissée belle à l'imagination avec tous les personnages qui gravitent autour des deux châtelaines. Et la forêt présente, un peu enchantée. Et ce langage fleuri qui sent bon les onguents, et le froufrou des soieries, le tout teinté de mélancolie.
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Cylhis
  27 février 2018
Heureuse sélectionnée à la dernière Masse Critique, j'ai reçu ce court roman des éditions Garamond. Merci à eux et à Babelio pour ce moment de lecture.
Dans un château, en lisière de forêt de Bréchéliant, vit une Dame qui se meurt d'ennui. Son mari est parti faire Croisade, et elle ne tolère pour seule compagnie qu'une conteuse, Ariane, et sa belle-soeur, Violaine, avec qui elle partage un lourd secret.
L'arrivée au château d'un naufragé retrouvé pour mort, va quelque peu bousculer tout ce petit monde.

C'est un récit à la mode moyenâgeuse, qui nous conte la vie recluse d'une Dame qui aurait préféré se consacrer à Dieu. L'écriture s'apparente à celle des écrits de cette époque, et l'ambiance se veut emprunte de légendes, celles qui animent la forêt de Brocéliande. Que sont ces petits papillons qui brillent dans la nuit et semblent plus apparentés à des petits hommes volants, pourquoi la forêt est-elle interdite à la jeune Onenne, gardienne d'oies ? Et d'où vient ce naufrage, que lui est-il arrivé pour qu'il garde les yeux ouverts mais vides, sans jamais parler ? Il n'y a pas vraiment d'éléments fantastiques, mais plutôt une ambiance un peu fantasmagorique. La première partie a peu d'entrain, soyons honnête et il faut vite passer la seconde partie pour que l'histoire s'enclenche réellement. La première partie dresse le décor, la seconde l'explore. La fin reste énigmatique, à dessein je pense, pour nourrir cette ambiance mystérieuse qui, comme toute légende, n'a pas d'explications. Elle est tragique à souhait, typique des romans de l'époque. La Dame cherche à connaître l'Amour, qu'il soit d'ordre divin ou humain, ne serait-ce que pour se tirer de cet ennui mortel.
Ce roman est une découverte qui ne laisse pas indifférent. Je suis contente d'avoir pu le lire, pour voir autre chose que ce que je lis habituellement. Mais je suis également contente qu'il n'ait pas été plus long. le mystère n'est pas trop épineux, et même si rien n'est vraiment clair sur la fin, on ne ressent pas pour autant de frustration et l'on comble aisément les points obscures. Quant à l'écriture, cela nous permet également de nous frotter à un style différent, ce qui n'est pas plus mal et divertit totalement l'esprit.
À découvrir, pourquoi pas, comme une curiosité.
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LeManegeDePsylook
  12 février 2018
Dans un premier temps, je tenais à remercier Babelio ainsi que les éditions Garamond pour la confiance qu'ils ont placé en moi.

C'est un roman qui est loin d'être épais, seulement quatre-vingt-cinq pages, on pourrait se dire que c'est court, mais personnellement, cela m'a paru très long, du moins pour la première partie qui couvre la moitié du livre.
Le début présente les lieux et les personnages, il ne s'y passe rien. On découvre la châtelaine de Tréhogonteuc qui est de santé fragile, mais reprend des forces quand une conteuse, Ariane, est embauchée pour lui tenir compagnie. Elles vivent au château avec Violaine, belle-soeur de la maîtresse des lieux, et tous deux attendent le retour du Seigneur, parti en Croisade, il me semble.
Cela bouge un peu plus dans la deuxième partie lorsqu'un jeune garçon naufragé est trouvé et hébergé au château – alors je résume grandement, et n'en révélerai pas davantage.

Le récit m'a particulièrement ennuyée, du moins pour la première moitié. La seconde est plus intéressante et s'est lu très vite. Avec le résumé, je m'attendais à ce que cela tourne autour des légendes celtiques surtout avec une conteuse parmi les personnages : on pouvait espérer découvrir ou redécouvrir quelques fables ; ce ne fut pas le cas… ou alors c'était trop brouillon pour que cela me parle.

J'ai adoré la plume de l'auteure, elle écrit vraiment très bien et a beaucoup de style. Si l'histoire manquait de cadence, ce n'est pas le cas de la narration qui est aussi rythmée que chantante. C'est vraiment une lecture à faire à voix haute et j'y ai pris énormément de plaisir quand je le faisais, alors que j'avais du mal à avancer et à conserver ma concentration en lisant dans ma tête.

Pour le coup, mon avis est assez mitigé : une intrigue ennuyeuse et inexistante mais un discours intéressant et plaisant. Pourtant, cela m'a plus ou moins laissée indifférente.
Lien : https://psylook.kimengumi.fr..
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