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ISBN : 236199285X
Éditeur : Le Croît Vif (01/05/2002)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
L'histoire, lorsqu'on veut lui donner du sens, repose sur une suite de destins individuels: celui de Luis Bonet Lopez fait de lui le plus emblèmatique des Espagnols émigré en pays Charentais après la guerre d'Espagne. Ses Mémoires évoquent, entre la Résistance et plus tard une intégration réussie, un parcours semé d'embûches puis agité par des rêves de retour. Installé imprimeur à Montendre (Charente-Maritime) après avoir passé de nombreux mois ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Herve-Lionel
  26 octobre 2014

N° 238 – Mars 2002
Louis BONET-LOPEZ.
MEMOIRES D'EXIL D'UN ESPAGNOL (Deux-Sèvres, Charente-Maritime, Gironde)
Editions « Le Croît-Vif »
(Traduction de Jacques PERRUCHON et Hervé GAUTIER)
Évoquer en quelques mots la personnalité de Luis BONET-LOPEZ ( 1910 – 1997), je dirais tout d'abord qu'il s'agissait d'un humaniste qui a toujours cherché à s'enrichir l'esprit des choses qu'il voyait, des êtres qu'il rencontrait et en manquait jamais une occasion de se cultiver au contact des artistes et des créateurs dont il recherchait volontiers les oeuvres et le contact. Il était un autodidacte aux sens toujours en éveil.
Très tôt, il a, dans sa province natale de Valence été en communion avec la nature, y lisant comme dans un livre ouvert et y puisant son enseignement. Quoi d'étonnant qu'il nous ait laissé des poèmes émouvants par leur simplicité même, puisés dans une enfance heureuse ?
La nature n'a jamais cessé de l'enchanter et son caractère volontiers porté vers l'optimisme a toujours choisi de voir, même aux pires moments de sa vie, au cours des combats de la Guerre Civile qu'il fit entièrement comme infirmier, mais surtout plus tard, au cours de ses séjours dans les camps de concentration du sud de la France de Saint-Cyprien et du Barcarès (1939 – 1940), quand sa vie et celle de ses compatriotes étaient des plus difficiles au quotidien, d'être celui qu'un coucher de soleil sur la mer Méditerranée était capable d'émouvoir. Il composa des poèmes emprunts d'une charge émotionnelle incontestable. Il fut aussi un peintre et un dessinateur remarquable.
Il fut également un écrivain reconnu, publiant en 1994 chez Gallimard «  Une Auberge Espagnole » relatant les conditions de détention des républicains espagnols dans les camps français.
Il se révéla un organisateur exceptionnel notamment au sein des camps et sut donner l'espoir en la vie à ceux de ses nombreux compatriotes qui l'avaient perdu.
Il reste qu'il a toujours été, malgré un relative notoriété un homme du peuple, sensible aux coutumes de son pays, mais attentif aussi aux gestes ancestraux des paysans saintongeais par exemple.
Il a raconté sa vie, certes mais surtout il a été un grand témoin de cette époque mouvementée qui secoua l'Espagne mais aussi l'Europe entière. Là aussi il nous a laissé des textes en prose, simples, mais ô combien importants par la dureté de la vie qu'il évoque. Les faits rapportés sont d'autant plus notables qu'il écrit, à sa manière et souvent avec humour, une page de notre histoire nationale restée délibérément occultée par les autorités : le sort fait par la France aux Espagnols républicains contre qui notre pays ne s'était pourtant pas battu et qu'il avait en quelque sorte mission d'accueillir ne serait-ce qu'au nom de son idéal républicain et de terre d'accueil.
Il a d'ailleurs lui-même toujours fait la différence entre l'État Français incarné par une Administration invisible mais tatillonne, représentée par les troupes coloniales de tirailleurs sénégalais et les gardes mobiles, brutaux et sans scrupule et le peuple français avec qui il se trouvait beaucoup d'affinités. La relation qu'il fait des souffrances imposées aux « Rouges » dans ses camps est capitale. Son témoignage n'est pas contestable.
Il n'oubliera cependant pas de rendre hommage à ces gens du peuple qu'il l'ont accueilli plus tard notamment en Deux-Sèvres. Des liens d'amitié très forts se sont tissés dans cette région picto-charentaise qui mérite ainsi le qualificatif de véritable terre d'accueil !
Pendant l'Occupation, il n'hésita pas à servir la France qui l'avait pourtant si mal accueilli en 1939. Il sut ce qu'il avait à faire quand notre pays trahissait les Espagnols républicains en les livrant à Franco ou en leur offrant seulement de s'engager dans la légion étrangère. On le retrouva en 1940 en Charente-Maritime et en Deux-Sèvres ou il travailla notamment au sein de la 173° Compagnie de Travailleurs Espagnols (CTE), à Louin. Il choisit la Résistance , notamment en qualité d'imprimeur, mais aussi aux côtés des travailleurs qui oeuvraient au profit de l'occupant allemand, il réalisa de nombreuses missions de renseignements et d'impression de faux papiers sous les ordres de la M.O.I. (organisation communiste).
Il est important de souligner que Luis Bonet-Lopez a connu une vie extraordinaire non seulement pendant son enfance qui fut heureuse, pendant sa vie de militant et de combattant pour la liberté qui fut chanceuse mais aussi pendant celle qu'il vécu dans notre pays sous l'occupation allemande. Ce n'est pas un des moindres paradoxes de cette période de son existence que de souligner que, le jour, il travaillait pour les Allemands qui le payaient et lui fournissaient cartes d'alimentation et papiers d'identité, et la nuit, ou à tout le moins dans la clandestinité, se battait contre eux au sein de la Résistance.
Il faut en effet bien comprendre que, communiste, il considérait que la lutte contre les Allemands en France et dans le maquis était le prolongement naturel de la guerre perdue en Espagne contre le fascisme. Pour lui l'ennemi était le même !
Il ne désespérait d'ailleurs pas, comme l'indiquent ses textes et ses actions, de reprendre, à la fin de la 2° guerre mondiale la lutte contre Franco. Il considérait que, Hilter et Mussolini ayant été vaincus, Franco devait être également renversé. Il avait intégré, à Bordeaux, une compagnie de FTP qui espérait bien, après les hostilités, reprendre la lutte contre le fascisme espagnol. De Gaulle ne l'entendait cependant pas ainsi et les Espagnols furent désarmés, malgré des actions spectaculaires notamment l'occupation temporaire des consulats espagnols franquistes de Bordeaux et de Toulouse.
Il attendait en retour l'aide des Français, mais celle-ci ne vint pas. Il en fut quelque peu amer !
On peut ne pas partager ses idées, il faut cependant insister sur le fait que, homme de conviction, il resta fidèle à ses idéaux toute sa vie puisque il continua d'adhérer au Parti Communiste jusqu'à sa mort.
Luis Bonet Lopez , qui ne fut jamais un arriviste friand d'honneurs et de distinctions, mais seulement un homme fidèle à la cause qu'il avait choisie. Partout où il est passé, il a cherché à améliorer le sort de ses compatriotes aussi bien moralement que financièrement. Il mérite notre attention et notre respect.
Les auteurs se sont attachés à traduire et à commenter le plus scrupuleusement possible ses propos.
A la fin de la 2° guerre mondiale, il vint s'établir avec sa femme qu'il l'avait rejoint et ses trois enfants à Montendre (Charente-Maritime) en qualité d'imprimeur. C'est là qu'il se fixa et bien qu'ayant gardé la nationalité espagnole, c'est en terre française qu'il repose.
C'est donc à cet homme que nous avons choisi de rendre hommage.
©Hervé GAUTIERhttp://monsite.orange.fr/lafeuillevolante.rvg 
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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