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sur 206 notes
Mon coup de coeur de l'année 2017, lu in extremis dans les derniers jours de décembre. Emballé, j'ai dévoré Karpathia d'une traite, en deux jours seulement ! C'est pour vous dire à quel point j'ai adoré ! Pourtant, autant Karpathia que son auteur Mathias Menegoz ne m'étaient connus (à part qu'ils aient fait sensation en 2014). de la quatrième de couverture, je n'avais retenu que ce qui m'intéressait : 1833 (donc 19e siècle), des aristocrates, la Transylvanie, un terroir de légendes, un poudrière (donc des conflits ?). Pour l'ambiance, difficile de faire mieux. Mais, malgré ce marketing intéressant, que s'y passe-t-il ? Un autre livre à ajouter à ma longue liste de livres à lire. Mais le bouquin m'attirait étrangement, m'appelait régulièrement mais mes visites à la librairie débouchaient sur autre chose. Puis, je me suis décidé. Et quelle excellente décision !

L'action est un peu lente à décoller mais ce n'est pas grave. Chaque détail sert à situer les lieux, les personnages, en particulier le comte Alexander Korvanyi et l'élue de son coeur Charlotte-Amélie von Amprecht (Cara, pour les intimes). Je dois admettre avoir été impressionné par le talent de Mathias Menegoz, pourtant à son premier roman. Il semble attacher un grand souci à décrire avec précision et fluidité la vie à cette époque, allant du fonctionnement d'une garnison de province au menu dans un café viennois en passant par la décoration dans un château autrichien (tableaux, porcelaine Biedermier, etc.). L'idée du duel entre Alexander Korvanyi et un autre officier est une autre idée intéressante. Elle sert à démontrer le caractère résolu du comte. D'abord, je la trouvais un peu longue (mais quand arrivera-t-on en Transylvanie ?) mais je me suis retrouvé à en apprécier chaque moment.

Puis, après environ 75 pages, tout décolle : mariage et préparatifs pour le départ. Les nouveaux partent prendre possession du domaine ancestral, la Korvanya, quelque part au fin fond de la Transylvanie (alors partie intégrante de la Hongrie). À partir de ce moment, le talent de Mathias Menegoz se fait sentir véritablement. Chaque élément de description, ne serait-ce qu'une vague rumeur, le déchainement de la nature (les rivières qui débordent et inondent puis le brouillard) ou l'historique mouvementé de la région, permet d'établir cette atmosphère inquiétante. Et à la maintenir ainsi tout au long du roman.

Le climat d'incertitude et de tension qui règne sur la Korvanyi ne quitte pas le lecteur un moment. L'intendant Lajos Lanffy semble cacher quelque chose, le vieux château noir avec sa crypte maudite effraie les domestiques, on se rappelle les révoltes de 1784 qui avaient fait fuir les maitres d'alors. Sans oublier les dissensions entre les serfs hongrois, saxons et valaques (roumains). Même des Tziganes font leur apparition. Sans oublier ces Russes tout proches qui laissent passer les contrebandiers, de vrais bandits. Tous les éléments sont parfaits pour évoquer le mystère et des peurs fantasmagoriques. Sauf pour le comte, qui a grandi en Autriche, loin des superstitions auxquelles il ne prête pas foi… jusqu'à ce qu'un loup fasse des ravages, puis que deux enfants soient enlevés et même qu'une jeune fille soit violentée. Elle parle d'une ombre qui s'est prise à elle avant de se volatiliser. Il n'en faut pas plus pour que les villageois se mettent à évoquer de vieilles légendes, des histoires de vampires…

Par moments, je trouvais Alexander et Cara arrogants et belliqueux, voire antipathiques (surtout pour notre sensibilité moderne) mais, en considérant le contexte historique, ils constituent sans doute un portrait honnête de l'aristocratie de l'époque, défendant corps et âme leurs droits. Peut-être une narration à la première personne les aurait mieux servis ? Dans tous les cas, ils ont bien ‘'joué leur rôle''. Pareillement pour la galerie de personnages qui les entoure. Plus haut, j'ai mentionné l'intendant Lanffy, mais il ne faut pas oublier son fils illégitime aussi prénommé Lajos, les domestiques Heinke, Paulus et Reinhold, le pope valaque, le docteur Ferenc Hodor, les seigneurs voisins Szenthély et Szatvar, le commandant Gestenyi, les contrebandiers et plusieurs autres, je ne peux tous les nommer. Chacun apporte sa contribution spéciale.

Rendu à ce point, j'étais littérallement scotché au roman. La deuxième partie s'éloigne un peu de l'aventure et du fantastique pour se tourner un peu plus vers l'action. C'est très viscéral. Et c'est correct, d'autant que Mathias Menegoz y excelle autant. le suspense et les retournements de situations sont nombreux, mais jamais au profit de cette ambiance sinistre et inquiétante. La tension règne jusqu'à la grande finale, l'apothéose, la Jagdfest, cette fameuse chasse pour déloger le mal. Jusqu'à maintenant, j'ai beaucoup vanté le réalisme du roman (les descriptions généreuses ne gênent pas quand on adore le sujet !), mais avec chaque page un certain romantisme s'en dégage. du grand art ! Malgré ses 526 pages (dans le format de poche), je recommande vivement Karpathia aux amateurs du genre.

Sur une toute autre note, ce roman me fait penser un peu au film le pacte des loups, sorti en 2001, que j'avais beaucoup apprécié. Moins d'un siècle plus tôt, alors que la bête du Gévaudan fait des ravages dans le sud de la France, des grandes battues organisées alors que d'autres prient pour que le Seigneur les délivre de cette créature surnaturelle. Finalement, la menace se révéla toute autre que celle imaginée…
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Priorité absolue à la littérature pour Mathias Menegoz qui signe avec Karpathia un roman qui convoque tous les codes de la littérature classique. Entre fresque historique et épopée romanesque, l'auteur y décrit la Korvanya, une contrée isolée au fin fond d'une vallée de la Transylvanie, région sauvage tenue par une féodalité pesante et archaïque.
Ce n'est pas le comte de Korvanyi qui va bouleverser ces hiérarchies puissamment ressenties qui lient les gens à une terre et qui divisent les serfs Valaques des Tziganes, les bourgeois Saxons des seigneurs Magyars. Accompagné de sa jeune épouse autrichienne, l'ancien soldat de l'Empire est revenu pour prendre possession de ses terres sans s'imaginer que son idéal seigneurial et son sens exalté de l'honneur vont se heurter à une population hostile et à un ennemi invisible...

karpathia fait partie de ces romans qui laissent le goût de la grande fresque et du rebondissement en embuscade. Avec une région parsemée de remparts invisibles, des pauvres bougres terriblement écrasés par le destin comme des personnages traversant la vie comme un défi, il y a derrière le texte une impulsion puissante propice à des formes variables de tragédie. L'adversité, la violence, l'orgueil des hommes, tout concourt à transformer le récit en épopée dramatique. J'ai véritablement été séduite par cette histoire qui se lit comme une aventure enthousiasmante riche de l'empreinte de ce pays qui n'est pas encore la Roumanie.
Certains regretteront sûrement que les usages et droits féodaux l'emportent sur la spontanéité des émotions ou encore que le phrasé au scalpel accorde peu d'empathie envers les personnages. Malgré cette rigidité aristocratique, j'ai adoré découvrir l'acharnement inflexible du comte dans sa bonne conscience, son sens du devoir, sa mission qu'il se complaît à honorer avec un zèle fanatique. Emportant tout dans une spirale vertigineuse.
Mathias Menegoz m'a vraiment impressionnée pour ce premier roman. Non seulement parce qu'il ressuscite un monde qui n'existe plus avec une langue qui ne cède pas une once de terrain aux modes littéraires. Mais aussi parce qu'à travers son écriture scrupuleuse, attentive aux infimes aspérités de la matière comme aux destins individuels, on décèle très vite une certaine qualité du regard. Il y a une forme d'acuité psychologique chez l'auteur qui donne beaucoup de finesse à la narration.
Même si l'auteur n'a pu éviter certains écueils du premier roman (répétitions, un peu trop bavard à quelques occasions), je suis tombée sous le charme de Karpathia. Belle découverte, impatiente de découvrir le prochain bouquin de l'auteur.
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Oubliez Dracula!
Si les Carpates de Transylvanie vous évoquent le sinistre Vlad l'empaleur, prince de Valachie au 15ème siècle qui inspira le personnage du vampire, c'est un dépaysement tout autre que nous offre Mathias Menegoz.

Dans l'immense empire austro hongrois du 19ème, il existe des contrées reculées que les très sélects citadins viennois ne visitent jamais. Tournant le dos à une vie militaire, c'est aux confins orientaux de l'Europe que le comte Korvanyi entraine sa jeune et récente épouse, pour découvrir avec elle un héritage improbable : un double château décati, témoin sinistre d'insurrections passées, des domaines immenses et mal gérés, peuplés de communautés disparates (magyars, saxons, valaches) qui cohabitent en servage difficilement.

L'autorité cassante du nouveau seigneur, son ignorance des coutumes et des suspicions intercommunautaires, son esprit féodal de gouvernance vont exacerber les tensions d'une région à la complexité identitaire ingérable, où superstitions et trafics frontaliers de contrebande sont monnaie courante.
Des disparitions d'enfants, un viol de jeune fille et la rumeur populaire croit avoir trouvé son nouveau vampire dans ce comte autoritaire. Tout est réuni pour échauffer les esprits et enflammer en guerre civile la Transylvanie!

Inattendu dans ses multiples formes, ce livre est à la fois une histoire d'amour, une étude psychologique, une chronique villageoise de faits divers, un roman de combats épiques, un brulot contre l'injustice de sociétés archaïques...

Aux premières pages, on pourrait se croire dans un roman d'Henri Troyat. le récit en possède le dépaysement, le souffle romanesque et la précision historique et sociale, aidés par la minutie du détail dans une nature sauvage et immense.
Mais très vite, le contexte de tensions régionales, l'arrogance belliqueuse des seigneurs et la misère quotidienne des serfs en font une chronique minutieuse, plus proche du docufiction. Presque trop, car l'écriture est foisonnante, hyper réaliste, et tombe parfois dans le piège des longueurs narratives et de l'excès descriptif.

700 pages qui valent néanmoins le voyage, couronnées par le prix Interallié.
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Vienne, 1833, le capitaine hongrois Alexander Korvanyi lors d'une soirée bien arrosée au café Steidl provoque le Rittmeister von Wieldnitz en duel, celui-ci ayant avancé que la baronne von Amprecht serait meilleure maîtresse qu'épouse. le comte Korvanyi a dernièrement fait la connaissance de Cara von Amprecht et décide de la demander en mariage avant le duel, ensuite il donnera sa démission à l'armée. Vainqueur, après le mariage il emmène sa jeune épouse sur les terres familiales en Transylvanie. Leur vie serait belle s'il n'y avait des rumeurs, on dit même que le comte serait un vampire ! le régime féodal est toujours en vigueur, les serfs haïssent leur seigneur, le comte Korvanyi et de plus il y a les forestiers, bandits cachés qui ne sortent que la nuit, passent la frontière en secret pour y faire de la contrebande. Un sacré challenge pour nos jeunes époux !
Karpathia est un roman dense, l'écriture est fluide, je ne lui ai trouvé aucune longueur malgré ses 697 pages, j'ai vécu l'aventure avec Cara et son époux, le comte Korvanyi. Un roman que je conseille.
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Mathias Menegoz a disparu depuis son premier roman. Pourtant, à l'époque il promettait une uchronie sur la guerre d'Algérie, mais bon, vu qu'il avait commencé Karpathia en 1996 pour le livrer 20 ans après (environ), son prochain n'est peut-être pas pour demain.

Bon, voilà un livre qui a surpris il y a quelques années pendant la rentrée littéraire, et la plus grande surprise fut sans doute de le voir paraître chez POL. Pas vraiment le genre de prédilection de la maison.

Pour ma part, Karpathia est le genre de romans nécessaires de nos jours. Ca manque d'aventure, de grands espaces, de lyrisme et d'épique dans la littérature d'aujourd'hui qui tend à se rabougriner sur les états d'âmes et déboires psychologiques. le livre est forcément intéressant pour cela, et on ne pourra nier un vrai effort de l'auteur pour faire de son roman une oeuvre ambitieuse, à bien des égards intéressantes pour son contexte (d'autant plus intéressant qu'il a rarement été utilisé) et pour ses personnages (des références aux grands romans d'aventure du XIXe siècle).

La lecture de Karpathia a du sens, et c'est déjà un très bon point. Néanmoins, si je devais émettre un reproche sur un point qui m'a gêné, c'est sur l'écriture. Menegoz a une écriture assez lourde, maladroite parfois, qui manque de fluidité. Par ailleurs, le caractère démonstratif de l'auteur (on sent le très gros travail de documentation que le romancier recrache malheureusement sans grande subtilité par moment) n'est pas du meilleur aloi dans un roman qui a été abusivement comparé aux écrits d'Alexandre Dumas (dont la plume était bien plus verveuse que celle de Menegoz).

L'histoire pâtit parfois de cette surenchère didactique, premier piège du romancier historique, à fortiori lorsqu'à l'image de Menegoz, il vient du milieu universitaire et est habitué à l'exposition, à la démonstration plus qu'à la narration romanesque.

Parfois ça passe, là, du fait de l'écriture plutôt tortueuse de l'auteur (et souvent parce qu'il cherche à "vieillir" artificiellement son style par des tournures bancales), c'est quand même lourd.

Dommage, car Karpathia offre vraiment ce qu'il faut de grands moments dignes d'une belle fresque épique et héroïque (et romanesque aussi). Premier roman prometteur, son prix littéraire visait sans doute à encourager l'auteur à persévérer en mieux, espérons que ce soit le cas un jour.

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Karpathia est un premier roman très ambitieux, une fresque des années 1830 en Transylvanie, région à la marge de l'Europe des Lumières qui vit encore au temps du féodalisme des seigneurs et des serfs.
Alexander et Cara Korvanyi, fraichement débarqués de Vienne où ils viennent de se marier après que le comte eut quitté l'armée, idéalisent beaucoup la Korvanya, lointaine terre ancestrale. Ici, rien ne fonctionne comme ailleurs, entre les superstitions des paysans, le découpage entre différentes "nations" qui ne parlent pas la même langue et ne bénéficient pas des mêmes droits, et les luttes de pouvoir entre les différents seigneurs du coin. Il leur faut bien s'adapter à ce climat d'hostilité constante, et faire respecter leur décision de revenir s'installer au château de leurs ancêtres. Mais les mauvaises surprises ne font que se multiplier, au grand dam d'Alexander qui voulait plus que tout restaurer sa puissance seigneuriale. Une succession d'incidents mènera finalement à une guerre ouverte avec une bande forestiers rebelles à toute sorte d'autorité, et vivant de la contrebande.
 
Matthias Ménégoz nous présente petit à petit tous les personnages de ce grand tableau, chacun ayant un rôle précis et indispensable à jouer, pour justifier le dénouement. Avec finesse, il explore les forces et les faiblesses de ses personnages, il explore la formation des croyances, le travail de sape des ennemis, la fierté maladive et l'honneur déplacé. Il tisse une toile formidable, complexe, qui ne laisse pas de répit au lecteur et l'attire irrémédiablement au coeur du récit, captivant son attention et son imagination.
 
C'est, en bref, un roman historique merveilleusement bien ficelé, qui n'est pas sans rappeler les romans russes (Tolstoï) abordant les mêmes thèmes : sens du devoir, honneur, amour, patrie, terre ancestrale, héritage tant pécuniaire que moral.

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Un roman dense qui est bien loin de tout ce qui s' écrit actuellement.
Mathieu Menegoz nous entraîne au milieu du 19ème siècle, d'abord à Vienne puis en Transylvanie, c'est à dire aux confins de l'empire austro-hongrois.
Le comte Alexander Korvanyi est destiné à une brillante carrière militaire. Il est secrètement amoureux de Cara von Ampecht.
Considérant, que lors d'un diner, la jeune fille a été insultée, par les propos d'un officier de haut rang, il se bat en duel, ce qui est totalement interdit dans l'armée autrichienne.
Il est donc conduit à la démission et demande à Clara de l'épouser(ce qu'il ne pouvait pas faire avant car elle ne voulait en aucun être la compagne d'un militaire) , en lui précisant qu'il va regagner son domaine abandonné par sa famille et laissé aux mains des intendants depuis une cinquantaine d'années, après le massacre des seigneurs par des serfs qui s' étaient révoltés.
Arrivé sur ses terres avec son épouse, il constate que la Korvanya est immense mais mal géré selon luipar son intendant. La description des paysages est grandiose et les la vie des gens est parfaitement rendue. On a vraiment l'impression de partager leur existence.
Il faut préciser que, dans ces contrées éloignées, le personnel du comte vit encore sous le régime du servage et que les différentes populations, magyares, saxonnes, tsiganes et valaques se détestent et ne se mélangent pas. Leurs religions et leur langues sont différentes.
Les tsiganes jouissant d'une certaine liberté et sont payés pour leur travail alors que les valaques sont considérés comme des esclaves.
Alexander et Clara aiment l'équitation et la chasse et pourraient vivre très heureux si le comte, très imbu de sa personne, ne se montrait pas injuste, cruel voire inhumain.
Quelques personnes valaques dont des religieux ont constitué une société secrète qui vit cachée dans les grottes et les forêts, et souhaite obtenir la liberté de leur pays (la Roumanie actuelle). Ces êtres secrets vont lutter contre le comte qui va tenter de se venger.
Il invite les seigneurs voisins à une chasse qui doit durer plusieurs jours.
J'ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce pavé de 696 pages. le temps ne m'a jamais paru long et le ssujet m'a tenu en haleine jusqu'à la fin.

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ISBN : 978-2818020760

Si l'on excepte une brève période un peu essoufflée, lors du voyage du couple Karvanyi vers ses domaines ancestraux en Transylvanie, le roman de Menegoz est plutôt agréable à lire. D'abord - et tout le monde comprendra ce que je veux dire - il raconte une histoire qui n'a pas pour centre le nombril de son auteur même si, étant, je crois, d'origine souabe par sa mère, Menegoz a certainement puisé aux origines familiales pour produire ce pavé d'un peu moins sept cents pages.

"Karpathia" se lit à la fois comme un roman d'aventures et comme un roman historique. Ceux qui s'intéressent à L Histoire, tout particulièrement à celle du XIXème siècle en Europe de l'Est - l'action se situe en Hongrie, alors sous dépendance de l'Autriche des Habsbourgs - seront ravis. On trouve des descriptions superbes d'une région singulièrement sauvage mais tout aussi envoûtante et plus d'un Grand Lecteur songera sans doute, devant quelques noms qui reviennent, au légendaire séjour vers la Transylvanie imaginé jadis par Bram Stoker pour Jonathan Harker. On y parle même de la passe de Borgo ! Tout draculâtre sait ce que cela veut dire ... ;o)

Mais nous sommes ici en plein réalisme et en l'an de grâce 1833. Amoureux de la baronne Cara von Amprecht, le comte Korvany, qui a pourtant entamé une belle carrière dans l'armée autrichienne, abandonne celle-ci pour se marier et s'en aller gérer ses domaines ancestraux. Il faut dire que Cara le lui a bien dit : "Je n'épouserai jamais un soldat. La vie de garnison ? Merci mais ce n'est pas pour moi !" Un caractère entier, cette jeune fille, et un personnage qu'on admire souvent tout en ne pouvant s'empêcher de la juger parfois trop hautaine et peu aimable. Mais c'est à son époux que revient, indiscutablement, la palme de la bizarrerie caractérielle.

S'il est généreux et ignore la peur physique, s'il a aussi un sens certain du devoir, le comte Korvanyi est avant tout un être rigide, peut-être plus sensible qu'il ne veut bien le laisser paraître, mais prêt à tout - absolument à tout - pour que sa volonté s'accomplisse. Ainsi devient-il l'amant de Cara bien avant de la demander en mariage. Et peut-être n'aurait-il pas songé à le faire si, dans un café viennois, deux officiers d'un autre régiment que le sien n'avaient traité la jeune fille de femme facile - ou à peu près. du coup, Korvanyi jette le gant et n'aura de cesse de tuer son adversaire - ce qui lui permet au passage d'avoir un prétexte honorable pour quitter l'armée. Mais ce qui choque, c'est qu'il fait croire à ses témoins, à son adversaire et aux témoins de celui-ci, qu'il est déjà à l'époque le fiancé de la jeune baronne. Ce qui est totalement faux. le lecteur ne prend pas tout de suite conscience de l'importance revêtue par cette affaire dans le reste du récit mais, au fur et à mesure qu'il tourne les pages, il comprend que Korvanyi est prêt à tout pour obtenir ce qu'il veut.

Quand il arrive dans un domaine qui n'a pas vu ses maîtres depuis un demi-siècle - les derniers habitants du château ont été assassinés lors de la grande révolte des serfs valaques (= roumains) en 1784, Korvanyi se trouve confronté à une situation ethnique et sociale très complexe. Ainsi, les serfs saxons et les serfs magyars jouissent d'un meilleur traitement que les serfs valaques, ce qui, bien entendu, ne fait qu'entretenir la haine et l'instinct de révolte. de plus, le moins que l'on puisse dire, c'est que ces peuples ne sont pas très éduqués. Très vite, la haine inspirée par le comte en tant que descendant légitime des Korvanyi et possesseur des fiefs, va faire courir sur lui les histoires les plus absurdes. On finit même par l'accuser carrément d'être le vampire responsable de l'agression (en fait un viol) contre une jeune Magyare, Auranka.

Mais Korvanyi a de la ressource, c'est le moins qu'on puisse dire. Comprenant très vite que les Valaques lui resteront à jamais hostiles, n'entendant, en plein XIXème siècle, rien changer au statut de ses serfs, et surtout pas des serfs valaques, auxquels il porte une haine aussi vive que celle qu'ils lui vouent de leur côté, il se résout à redresser la situation. Et il choisit pour cela la manière forte, cela va sans dire.

Menegoz démontre très clairement la complexité, pour ne pas dire l'inextricable pagaille régnant sur un pays où l'injustice sociale est la règle et que, en dépit de la Révolution française, puis des guerres de l'Empire, n'a pas touché la gloire des Lumières. Pour le lecteur, il est très, très difficile de prendre parti. le couple Korvanyi, par exemple, en dépit de la puissance de caractère de ses protagonistes, est trop imbu de sa supériorité sociale et ethnique pour qu'on puisse sympathiser à cent pour cent avec lui quand, par exemple, la comtesse se retrouve enlevée par leurs ennemis. de l'autre côté, les Valaques, bien qu'ils aient leurs raisons pour le faire, manifestent une hostilité trop déclarée. Entre les Korvanyi et leurs serfs valaques, on dirait qu'aucun pardon, aucun compromis n'est - et ne sera jamais - possible. Les serfs saxons et magyars sont un peu à l'écart mais là aussi, on juge vite que le compte pourrait assouplir un peu ses règles. Quant au troisième parti, celui des "forestiers" - si vous lisez "Karpathia", vous comprendrez - il se partage entre un gourou et des illuminés persuadés qu'il faut faire revivre "l'esprit roumain" et de francs contrebandiers, tueurs et hommes de sac et de corde. le violeur d'Auranka est d'ailleurs l'un des membres de ce groupe.

Le malaise vient surtout de ce que, entre les grands seigneurs imbus de leur magyarité et les révoltés qui se veulent avant tout roumains parce que le Roumain est au-dessus de tout, les serfs valaques, coincés dans la nasse, sont exploités et manipulés aussi bien par les uns que par les autres. Si Korvanyi a, à la limite, l"'excuse" du massacre de sa famille par ces mêmes serfs ou leurs parents en 1784 pour vouloir pratiquement éradiquer les Valaques de ses terres, les forestiers, eux, qui se font passer auprès de ces mêmes Valaques pour leur seule chance de s'en sortir avec les honneurs, ne les considèrent pas avec plus d'estime et d'humanité que ne le fait Korvanyi : ainsi, lorsque, après l'incendie du château blanc et le massacre intégral des domestiques des Korvanyi, tous deux menés exclusivement par Vlad et sa bande de brigands, les serfs valaques, qui en sont absolument innocents, sont abandonnés par les contrebandiers à la colère du comte.

En pareil cas, qui se conduit de la manière la plus scandaleuse ? Et quel parti prendre pour le lecteur, vite horrifié par toute cette sauvagerie qui se veut pourtant européenne ?

"Karpathia" est un roman qui fait réfléchir. Un roman encore un peu maladroit aux entournures mais un roman qui mêle habilement la part historique et l'aventure pure. Malgré de belles envolées poétiques, le style apparaîtra un tantinet trop lourd mais enfin on ne saurait remercier suffisamment Mathias Menegoz pour sa décision d'entreprendre la rédaction d'une histoire qui lui tenait à coeur et qu'il a parfaitement réussie à mener à son terme en incitant sans trop de peine le lecteur à le suivre. C'est devenu si rare dans la littérature française de nos jours qu'il faut le signaler. ;o)
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Excellent roman d'aventures qui nous entraine de Vienne à la Transylvanie en 1834 où la crainte des vampires est encore tenace ... Un autre monde qui semble bien éloigné du notre et pourtant !

Le comte Korvanyi , à l'issue d'un duel à Vienne quitte l'armée et part avec sa jeune épouse, Cara pour les terres de ses ancêtres dans les Carpates , domaine avec son château blanc et son château noir que sa famille a quitté quelques cinquante années plus tôt après la révolte de serfs et le meurtre de son grand-père .

Ce pays, alors aux confins de l'Empire d'Autriche, était gouverné de façon féodale par des seigneurs magyars ou allemands, peuplé par des valaques le plus souvent asservis , des saxons et de tsiganes rejetés par l'ensemble des communautés ; un mélange de peuples et de religion explosif où chacun se méfie de son voisin et où la révolte n'en finit pas de gronder .

Pour peu que vous y rajoutiez un loup mangeur d'enfants, des contrebandiers, des forestiers clandestins, des violeurs et une belle magyare , tous les ingrédients sont réunis pour donner une histoire virevoltante, pleine de rebondissements, de frissons, de complots et d'embuscades .

Après une première partie un peu lente, la tension et l'intérêt du lecteur rebondissent lorsque tous les personnages sont introduits et que l'on comprend véritablement les enjeux, on quitte assez vite le registre romantique pour le drame social avec comme apothéose la grande chasse ...

Ambitieux pour un premier roman, j'ai été conquise !
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Prix interallié certes, mais pour moi quel pensum !
Pas vraiment déçue car je n'avais pas d'attente précise sur la forme mais le fond du sujet m'intriguait et quelques critiques louangeuses m'avaient encouragée à en apprendre plus sur la mosaïque ethnique de la Transylvanie au milieu du 19e siècle.
Entre Saxons, Magyars, Valaques, serfs, seigneurs locaux, forestiers, il n'est question que de luttes tribales, haine, vengeance, cruauté, combats armés ou au corps à corps, qui s'expriment dans des scènes sanglantes longuement détaillées.
En outre, pas un seul personnage inspirant la moindre sympathie, qu'il s'agisse du comte et de sa noble épouse, tous deux fiers, arrogants et méprisants ou de tous ceux qui gravitent dans leur sphère. le pire de l'ennui vient des chapitres consacrés aux forestiers : un groupe hétéroclite réunissant fanatiques, illuminés, justiciers, trafiquants dont je n'ai pas saisi clairement ni les motivations ni surtout le lien qu'ils entretiennent entre eux.
Malgré tout, j'ai tenu sur la longueur, oh combien difficilement.
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