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Critiques sur Le blues de la harpie (21)
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kateginger63
  13 juin 2019
Quand la rédemption tarde à pointer le bout de son nez dans l'Amérique profonde...
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Les éditions Agullo à l'honneur ce mois-ci pour le challenge #varionsleseditions
Un choix facile puisque ce roman était déjà bien plébiscité au courant de l'année au #picaboriverbookclub
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Que dire de plus que ce qui a déjà été dit et évoqué? Mes impressions à chaud pardi !
Mon avis est assez mitigé. On parle de remords et de rédemption pour deux ex-prisonniers ayant purgé leur peine. Le héros, Luce, revient dans sa ville natale et compte sur une seconde chance. Tandis que Junior, son ami, ressasse continuellement son crime et baisse les bras.
Une noirceur colle dans chaque acte, chaque dialogue de ce récit. Une ambiance glauque et moite plane sur chaque être vivant. J'ai eu l'impression de me retrouver dans un de ces films de vaudou de la Nouvelle-Orleans.
L'auteur nous plonge dans des eaux troubles marécageuses, presque un tourbillon de violence et de désespoir qui empêche de ressortir happer l'air frais. Sans nous prévenir, on assiste à des actes de pure violence, qui sont comme des semonces de tonnerre. Il faut s'accrocher pour s'empêcher de crier à l'injustice. Oui, il n'y a pas de justice dans ce petit coin paumé de l'Illinois. Nulle alternative de lueur d'espoir. Ah peut-être une once d'amour, voire de tendresse? Avec les oiseaux peut-être.
*
A la fin de ma lecture, j'ai eu un coup de blues (vous avez vu, j'ai fait le lien avec le titre :). Je me suis tellement attaché à ces deux personnages que le moindre mal fait à leur encontre m'a donné envie de pleurer. Quelle hostilité, quelle cruauté!
Peu de réponses sont apportées finalement quant à la possibilité d'une réhabilitation saine. Je suis restée coincée dans cette ville, entre étouffement et inconfort . Alors je conseille cette lecture en milieu ouvert (un jardin ensoleillé par exemple) sinon vous allez basculer dans ce maelstrom poisseux mais néanmoins poétique.
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JIEMDE
  12 juillet 2019
Ça n'est pas la harpie créature mythologique monstrueuse mi-femme mi-oiseau qui a ici le blues. Encore que des femmes et des oiseaux, on en croise quelques spécimens dans le blues de la Harpie de Joe Meno, traduit par Morgane Saysana.

Luce et Junior, deux ex-taulards fraîchement libérés, se retrouvent dans leur ville natale de la Harpie, Illinois, en liberté conditionnelle. Personne ne les espère, personne ne les attend. Mais où aller d'autre ? Une seule envie : oublier, repartir, se réhabiliter. Pas besoin d'aller plus loin dans le pitch, vous aurez bien entendu compris que rien ne se passera comme cela…

Un énième livre américain sur l'impossible rédemption donc… Sauf qu'ici, Meno nous la raconte magistralement ! Sa façon de montrer l'incroyable contraste entre le remords dévastateur des erreurs passées et cette quête d'espérance d'un hypothétique répit, ou entre l'attention voire l'amour qu'ils sont prêts à donner à leur prochain et la violence qu'ils se prennent en retour, offre ici une atmosphère profonde.

L'écriture de Meno est tour à tour sèche, violente, puis douce ou poétique, au gré des états d'âme de ces deux êtres en désespérance dans un village typique de l'Amérique qui ne souhaite juste que rien ne bouge et que nul ne vienne perturber l'ordre des choses bien établies.

Prodiges et miracles m'avait séduit ; le blues de la Harpie m'a définitivement conquis. Vivement le prochain.
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encoredunoir
  24 janvier 2017
Luce Lemay sort de prison où il a purgé une peine de trois ans. Après avoir braqué la caisse du magasin dans lequel il travaillait alors, il a percuté en voiture le landau d'une femme qui traversait la rue tuant son bébé sur le coup. Aux yeux de la loi, Luce a payé la majorité de sa dette à la société et n'a plus maintenant qu'à respecter les termes de sa libération conditionnelle. À ses propres yeux, même si un sentiment de culpabilité ne le quitte pas, il en va de même. Au point d'ailleurs qu'il décide de revenir dans sa petite ville natale, La Harpie, sur les lieux du drame, pour refaire sa vie. Il y rejoint Junior Breen, libéré quelques semaines avant lui après une peine bien plus longue pour le meurtre d'une jeune fille, et qui l'attend dans la pension de la vieille Lady Saint-François. Un ancien taulard, propriétaire d'une station-service a par ailleurs accepté d'embaucher Luce et Junior.
Sauf que, et même si l'on est bien décidé à refaire sa vie et même à retrouver l'amour, on n'oublie pas la culpabilité. Celle que l'on porte et celle que la société – que vous ayez payé votre dette ou pas – estime devoir vous faire encore porter.
C'est là, vraiment, le propos de Joe Meno. Paie-t-on jamais sa dette ? Il s'agit d'abord d'une question intime. Et bien qu'il mette en place toute une somme de stratégies destinées à montrer qu'il est malgré tout un bon citoyen et un homme droit, Luce ne peut oublier une faute qui continue à le hanter et dont il portera indéfiniment le poids. Quant à Junior, plus encore accablé par la culpabilité malgré les efforts de son ami pour l'aider à retrouver une place dans la société, il semble par bien des aspects chercher l'enfermement – dans un cadre de vie circonscrit à sa chambre et à la station-service, en lui-même.
Là dessus, peu à peu, va s'ajouter le regard que porte la petite société de la Harpie sur les deux repris de justice. D'abord distant, il va devenir de plus en plus pesant, jusqu'à être ouvertement hostile.
Tout cela, avec pour fil rouge l'histoire d'amour naissante entre Luce et la séduisante Charlene, Joe Meno le montre en faisant lentement monter la pression. S'il utilise un symbolisme parfois un peu outrancier, il réussit néanmoins à créer l'inconfort par petites touches, au point que tous les moments de bonheurs de Luce et Junior sont obscurcis par une menace latente qui se contente parfois de flotter au-dessus d'eux et qui, à d'autres moments, s'abat de manière brutale.
Ce faisant Meno nous livre un roman noir psychologiquement violent, que vient supporter une écriture véritablement originale qui s'abandonne parfois à un humour de second degré flirtant avec le nonsense (« Milford ! siffla Mme Dulaire. Tais-toi ! Je t'en prie, Luce, il faut excuser M. Dulaire. Il n'est plus le même depuis qu'on lui a retiré son permis de chasse. »). Ainsi le Blues de la Harpie apparaît-il comme un objet noir et poétique qui pose plus de questions – par ailleurs dérangeantes – qu'il n'apporte de réponses dans une démarche salutaire qui consiste à placer le lecteur dans une certaine situation d'inconfort pour le pousser à réfléchir sur la question au coeur du roman : celle de la possibilité ou de l'impossibilité de payer sa dette à la société et de l'acceptation par cette dernière d'une véritable réhabilitation. Un beau livre, dans le fond comme dans la forme et un livre utile, donc.

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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monromannoir
  07 mars 2017
Lorsque deux anciens taulards, en quête de rédemption, entrent en scène, on peut être quasiment certain qu'une référence à Johnny Cash ne sera jamais bien loin à l'instar de Joe Meno qui lui rend hommage dans le Blues de la Harpie une des dernières découvertes de la maison d'édition Agullo. Et puisqu'il s'agit d'une sombre histoire d'amour où la tragédie s'immisce au détour de chacune des rues de cette petite bourgade du Midwest il conviendra d'écouter I Walk On The Line, une des plus belles déclarations d'amour correspondant parfaitement à l'état d'esprit de ce récit poignant dans lequel on décèle quelques tonalités rappelant les romans de John Steinbeck.

Au volant de sa voiture, Luce Lemay prend la fuite après le minable braquage d'un magasin de spiritueux. Dans le crépuscule, il fonce sur la Harpie Road et ne voit pas cette femme qui traverse la route avec son landau qu'il renverse. le bébé qui s'y trouvait décède sur le coup. Après trois ans de prison, Luce est de retour à La Harpie où l'attend Junior Breen qui vient de purger une peine de 25 ans. Même si leurs nuits sont peuplées de cauchemars, nos deux compères tentent de jouer profil bas en travaillant dans une station service afin de rester dans le droit chemin. Mais quand Luce tombe éperdument amoureux de la belle Charlène, les passions se déchaînent avec une cohorte de ressentiments exacerbés par la découverte du passé criminel de Junior. Au-delà de l'atrocité du crime, a-t-on droit à une seconde chance ?

C'est au travers d'un texte sobre, aux phrases courtes dépouillées de toutes fioritures que Joe Mendo aborde avec efficacité les thèmes de la réinsertion et de la rédemption en accompagnant le destin de Luce Lemay et de Junior Breen, ce duo d'anciens prisonniers aspirant à une vie normale qui rappelle forcément la paire de trimardeurs que formait Lenny et Georges dans Des Souris et des Hommes. Paradoxalement, Luce fait preuve de davatange de naïveté que Junior, ce colosse ravagé par la culpabilité d'une crime odieux, en estimant avoir payé sa dette à la société et pouvoir ainsi refaire sa vie dans sa ville natale, lieu de la tragédie qui l'a envoyé en prison. Il s'enferme ainsi dans cette certitude du bon droit retrouvé, même si le remord le cueille régulièrement au coeur de la nuit où il distille ses cauchemards dans cette sinistre pension de famille tenue par une vieille folle qui n'a pas supporté la perte de son mari qui s'est suicidé après avoir assassiné l'amant de cette épouse volage. Junior Breen, lui, ne souhaite que se plonger dans l'anonymat de cette petite petite ville provinciale en espérant pouvoir surmonter la douleur d'une faute qu'il ne pourra sans doute jamais oublier. Tout comme Luce, c'est également durant la nuit que le poids de la faute s'instille dans l'inconscience de ses pensées qui l'empêchent de trouver le sommeil. le quotidien de ces deux personnage est fait d'instants joyeux et de phases plus sombres alors qu'ils travaillent dans une station service tenue par un ancien prisonnier qui les a pris sous son aile.

Outre le remord et la rédemption, il est beacoup question d'amour dans le Blues de la Harpie avec cette relation passionnelle entre Luce Lemay et la belle Charlène, la jeune serveuse du diners de la ville mais également avec ces petits poèmes sybillins que Junior affiche sur le panneau de promotion de la station service et qui sont peut-être adressé à la mystérieuse jeune femme qui figure sur la photographie qu'il conserve précieusement :

« Méga promo sur tous les pneus d'occasion
clairs et ronds comme des yeux envoutés
où coule l'amour telle la sève. »

On le voit, Joe Meno distille tout au long de ce roman une atmosphère étrange et décalée qui prend parfois des tournures poétiques, quelquefois comiques, mais qui tendent résolument vers un climat inquiétant et sinistre à l'image de cet enterrement de la tante de Charlène dont le corps exposé sur son lit de mort abrite toute une cohorte de petits animaux qui y ont trouvé refuge. C'est sur cette configuration originale que l'auteur nous entraîne dans une spirale où la violence devient de plus en plus pregnante pour trouver son paroxysme dans une confrontation presque surréaliste avec les citoyens hostiles d'une ville qui paraît de plus en plus insolite. Dissimulés derrière les phares des véhicules qui pourchassent Luce et Junior, les silhouettes deviennent presque surnaturelles pour former une entité désincarnée qui semble vouée à leur perte.

Avec des personnage baroques et émouvants le Blues de la Harpie est peuplé d'individus dont la fuite en avant éperdue devient presque onirique pour saisir le lecteur à la lisière du désespoir et de la folie. L'étrangeté poétique d'un roman qui résonne furieusement dans les confins de la noirceur. A lire sans détour.

Joe Meno : le Blues de la Harpie (How The Hula Girl Sings). Editions Agullo 2016. Traduit de l'anglais (USA) par Morgane Saysana.

A lire en écoutant : I Walk The Line de Johnny Cash. Album : At Saint Quentin (Live). Columbia 1968.
Lien : http://monromannoiretbienser..
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LeaTouchBook
  25 janvier 2017
Avec le Blues de la Harpie, je découvre -enfin- les éditions Agullo, et je suis tombée sous le charme de Joe Meno et de son univers !

Ce roman est incroyablement touchant, dans la lignée du livre Les Animaux de Christian Kiefer, dans la lignée de tous ces romans noirs américains qui se questionnent sur le droit à la rédemption. Une ode à cette quête éperdue et peut-être vaine, une écriture poétique et solide à la fois, un portrait saisissant d'un coin paumé des États-Unis. Tout était fait pour me plaire et je suis conquise !

Nous croisons la route de deux personnages principaux : d'un côté Luce Lemay qui a purgé sa peine pour avoir tué un bébé lors d'un accident de voiture et de l'autre Junior Breen qui est aussi un ex-taulard. Ce dernier est à la fois un être extrêmement touchant mais aussi dérangeant car on comprend au fur et à mesure que sa candeur l'a amené à faire de terribles choix. Deux êtres condamnés, qui ont gagné leur liberté mais pas le pardon. Dans une petite ville du Midwest personne n'a oublié et la vengeance ne tardera pas à frapper.

Sans pour autant chercher à orienter l'opinion du lecteur, Joe Meno décrit, écrit son histoire sans chercher à juger, juste à mettre en lumière les faits et les pensées de ces deux antihéros. Luce redécouvre ainsi le goût à la vie au travers d'une femme, tombe amoureux et trouve l'espoir mais cela est sans compter le regard méfiant des habitants du coin. On se questionne, on s'interroge : qui a vraiment raison ou tort ? Est-il possible d'avoir une seconde chance ? C'est à la fois un roman très sombre et philosophique et ce d'autant plus que la traduction de Morgane Saysana sublime le style de l'auteur.

En définitive, un très beau roman, un des meilleurs de cette rentrée d'hiver !
Demain : tous en librairie pour sa sortie ! ;)

Lien : http://leatouchbook.blogspot..
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mesechappeeslivresques
  06 août 2019
La Harpie, une sordide petite ville de l'Illinois.
Luce Lemay vient d'achever sa peine de prison. En liberté conditionnelle, il décide de revenir s'installer dans sa bourgade natale. Mais cette ville l'a vu commettre le pire car, à la suite d'un braquage, sa voiture est venue heurter de plein fouet un landau.
À sa sortie, notre ex-détenu retrouve son ami Junior, rencontré derrière les barreaux et se fait embaucher grâce à lui dans une station-service. L'amour croise également sa route avec une serveuse nommée Charlene qui n'aspire qu'à une seule chose, démarrer une nouvelle vie ailleurs. Néanmoins, si les deux compères sont pétris de bonnes intentions et souhaitent repartir à zéro, leurs consciences ne leur laissent aucun répit et la culpabilité leur colle à la peau. 
D'autant plus qu'en dépit de tous ses efforts, Luce est condamné d'avance. Car la population n'a pas oublié. Et la seule once d'espoir qui subsiste pour mener une vie respectable sera vite anéantie par les effluves de haine de plus en plus fortes qui émanent dans la ville.

J'ai d'emblée été accrochée par la plume de Joe Meno que je découvre avec ce roman. Une écriture fluide, poétique avec un soupçon d'humour qui m'a embarquée dans les rues étouffantes et glauques de la Harpie. L'auteur excelle également dans la description des personnages, notamment Junior, un grand gaillard naïf au coeur tendre, que les remords vont peu à peu faire basculer dans la folie.
Un roman noir américain comme je les aime avec un héros en quête d'une rédemption qui semble inaccessible. En effet, difficile de s'écarter des chemins de la perdition dans cette ville où la rancoeur est tenace. Un récit captivant de bout en bout.
Lien : https://mesechappeeslivresqu..
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Tristale
  30 juillet 2019
RÉSUMÉ:"Luce Lemay prend la fuite après un braquage et perd le contrôle de sa voiture. Il renverse un landau, le bébé est tué sur le coup. Trois ans plus tard, il sort de prison et revient dans sa ville natale : La Harpie, Illinois. Il y retrouve Junior Breen, un ami ex-taulard, colosse au grand coeur. Tous deux s'efforcent de rester sur le droit chemin, mais les choses se gâtent quand Luce tombe amoureux de Charlene, harcelée par son ex-fiancé, et tournent à l'aigre quand les rednecks du coin apprennent leur passé criminel. Luce et Junior parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre ?

MON AVIS: Joe Meno m'a enveloppé d'un bout à l'autre de son roman avec son écriture pleine de poésie. L'avenir est sombre pour Luce et Junior et si eux ne cherchent que le pardon, il semblerait que les habitants de la Harpie ne croient pas en la rédemption et cherchent par tous les moyens à leur faire revivre les pires heures de leur passé. Alors peut-être que l'amour peut les sauver? Peut-être que tout n'est pas perdu?
Joe Meno sonde finement, douloureusement l'âme humaine et à bien y regarder personne n'est innocent et les bien-pensants sont pire que ceux qui ont fauté et veulent se racheter.
Une balade rurale dure et triste, où la lumière peine à trouver son chemin . Un beau roman.
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elodiekretz
  15 septembre 2018
En lisant ce livre, je n'ai cessé de noter des citations tant les phrases sont ciselées et résonnent (bravo à la traduction de Morgane Saysana d'une lucidité et d'une limpidité remarquables).
Cela en dit long sur la qualité de la plume de Joe Meno, un auteur que je lis pour la première fois sur la recommandation du Picabo River Book Club sur Facebook animé par LéaTouchBook (toujours d'excellent conseil). Une très belle découverte. C'est vraiment la littérature américaine telle que je l'aime avec la conjugaison de la noirceur et de la beauté sans oublier une vraie place au village de la Harpie qui emprisonne et étouffe le héros et le renvoie sans cesse à la faute qu'il a commise presque trois ans auparavant - renverser par accident un bébé dans un landau, c'est dit dès les toutes premières pages.
Cette faute, commise suite à un concours de circonstances, lui a valu trois ans de prison (le blues de la harpie commence alors qu'il sort de prison pour sa liberté conditionnelle). Cette faute, les habitants de son village ne cessent de vouloir lui faire payer, encore et encore. Cette faute surtout le torture, jour après jour, nuit après nuit, tant il ne parvient pas à se la pardonner, même auprès de Junior, son ami sorti de prison également, ou de Charlene dont l'amour lui offre pourtant une seconde chance.
Le sujet de la rédemption - possible ou impossible ? - , omniprésent dans la littérature américaine, est traité ici d'une manière subtile et inédite. J'ai lu de nombreux livres sur ce thème dont la plupart sont extrêmement manichéens et celui-ci évite totalement ce piège. Il égale la qualité du magnifique Les animaux de Christian Kiefer (gros compliment)
Luce Lemay, notre héros, est juste et vrai, très profond, complexe aussi. J'ai également beaucoup aimé le duo qu'il forme avec Junior, ce géant très fort et très doux, qui m'a évoqué le duo de Des souris et des hommes (gros compliment bis).
L'histoire est très bien racontée, conjuguant violence et poésie, avec un brio remarquable.
Joe Meno est pour moi une nouvelle belle et grande voix de la littérature américaine. J'ai hâte de lire Prodiges et miracles et je lirai chaque ligne qu'il publiera. C'était mon premier livre édité par Agullo éditions qui rentre de manière fracassante dans le panthéon des éditeurs que j'aime.
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BobPolar
  26 janvier 2017


La Harpie, patelin de l'Illinois. Il a tiré ses trois années de taule et rejoint dans sa ville natale son ami Junior, rencontré à l'ombre. Tous les deux ont un méchant fardeau qui pèse sur leur conscience. Luce Lemay, alors qu'il détalait après un braquage, a tué un bébé dans un malencontreux accident de la route. Quant à Junior Breen, il s'enferme désespérément dans un funeste mutisme. Ils trouvent un job, évitent les ennuis, tentent d'échapper aux regards inquisiteurs de la population. Et Luce tombe amoureux.

Ils ont payé leur dette à la société. Ils sont libres - Luce est en conditionnelle. Mais ils ne sont pas pour autant libérés de la culpabilité qui les tenaille. Luce semble vouloir faire pénitence - il n'est pas encore question de rédemption - en revenant malgré tout dans sa ville. Ses actes le prouvent. Il prête le flanc à la médisance, aux accusations et aux diverses attaques morales et physiques. Son retour montre son refus d'oublier le passé - sa faute et l'époque de son insouciance, son innocence.

C'est dans un hôtel minable qu'il retrouve après son travail son ami Junior qui a commis un geste effroyable - on l'apprend assez tard. Dans une ambiance morbide, Lady Saint-François, la patronne, conserve des petits cercueils contenant des animaux morts - on ose faire le rapprochement avec Saint-François d'Assises, le saint patron des animaux. Junior se réfugie dans ce sanctuaire, évitant tout contact avec l'extérieur. Autant dire qu'ils ne baignent pas dans un milieu propice à leur réhabilitation, leur épanouissement. Cependant, l'amour, s'il ne fait pas toujours des miracles, permet à Luce de connaître des émois et d'envisager un mince avenir. (...)

La suite sur : http://bobpolarexpress.over-blog.com/2017/01/quand-on-n-a-que-l-amour-le-blues-de-la-harpie-joe-meno.html
Lien : http://bobpolarexpress.over-..
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TheBookCarnival
  04 août 2019
Le blues de la Harpie de Joe Meno est un roman qui sent bon l'Amérique profonde. Lu dans le cadre du #pochedumois du #picaboriverbookclub, ce roman a été une très très bonne lecture, j'ai beaucoup aimé.
En nous entraînant aux côtés de Luce Lemay et de Junior Breen, Joe Meno s'attaque à l'épineux sujet de l'après-incarcération. Comment revenir à la vie normale après être passé par la case prison ? Comment trouver le pardon quand on a commis le pire ? le héros Luce s'impose une sorte de chemin de croix en retournant dans sa ville de la Harpie, une ville dont les habitants veulent le voir déguerpir aussitôt. Il veut affronter les regards, assumer ses actes, cherchant là une certaine rédemption qu'il ne peut s'accorder lui-même.
J'ai vraiment aimé la noirceur qui se dégageait de cette histoire, entre brume et poussière, et aussi sa surprenante fantaisie glauque, qu'illustre bien l'hôtel qu'occupent Junior et Luce. La propriétaire cultive un goût certain pour la conservation d'animaux morts, c'est un peu l'hôtel des horreurs. J'ai aussi beaucoup aimé la plume tout en contraste de l'auteur, la façon dont il mêle brutalité et poésie, la construction psychologique de chacun de ses personnages. Joe Meno parvient à toucher le lecteur avec des personnages qui ont tout de anti-héros. J'ai trouvé l'ensemble très réussi, c'est un roman qui a su me captiver jusqu'à la toute fin.
Le blues de la Harpie est un très bon roman noir américain sur la rédemption, et Joe Meno, un auteur à suivre !
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