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Critique de Pois0n


Pois0n
  11 juin 2019
Ma précédente lecture des « cent ans de Dracula » remontait à cinq ans. Cinq ans durant lesquels mes souvenirs, format court aidant, s'en sont estompés... jusqu'à permettre une relecture avec un oeil presque aussi frais que la première fois.

Ne vous laissez pas leurrer par la relative faible épaisseur du bouquin, ses 155 pages A5 sont bien garnies et plusieurs soirées sont nécessaires pour en venir à bout. Mis à part la très courte « La Fiancée de Corinthe », les autres histoires sont en effet plus ou moins longues et certaines auraient tout à fait pu occuper un livre de poche type « folio 2€ » à elles seules.
Les huit histoires présentées ici appartiennent à la genèse de la littérature vampirique. Si l'intérêt pour celle-ci s'est actuellement un peu calmé passé l'effet de mode ayant suivi le ras-de-marée Twilight, ce n'était pas la première vague : les auteurs du 19e siècle s'étaient, aux aussi, pris de passion pour le thème, revisitant chacun à leur sauce le mythe originel... ou les versions des copains.

Plus ancien texte du recueil, « La Fiancée de Corinthe » était à l'origine un poème. Une fois traduit, plus rien ne rime et à défaut de la forme ne reste que le fond... A savoir l'histoire d'un homme se rendant chez sa future belle-famille pour un mariage arrangé et où en trente secondes chrono, lui et la première fille qu'il croise se jurent un amour éternel avant de consommer leur union illico. Encore plus rapide que dans un Harlequin (surtout pour l'époque) ! Bref, on n'y croit pas une seconde, ce n'est pas très palpitant et le seul intérêt du texte est finalement la place qu'il occupe dans l'histoire des récits de vampires. (4/10)

Sobrement intitulé « Le vampire », le texte de Polidori narre la longue descente aux enfers d'un jeune homme naïf et idéaliste aux côtés d'un compagnon fascinant dont la vie entière est dédiée à la perdition des âmes innocentes. Si le lectorat du 21e siècle comprendra tout de suite de quoi il retourne, Aubrey, lui, ne réalisera pas tout de suite à qui il a affaire... La plume de l'auteur parvient sans mal à maintenir un certain suspense horrifique et l'on ne cesse de se demander, avec une certaine curiosité morbide, jusqu'où le pauvre Aubrey va dégringoler avant d'enfin réaliser qu'il est en train de lui arriver précisément ce dont il a tenté de préserver les autres. Un texte assez sombre et pessimiste, certes sans surprise, mais plaisant d'un bout à l'autre. (7/10)

« La morte amoureuse » est l'un des meilleurs textes du recueil. D'abord à cause de son protagoniste : avouez qu'un curé, ce n'est pas banal... Mais la véritable point fort du texte, c'est son ambiance, perdue d'un bout à l'autre dans une atmosphère onirique, entre rêve et réalité... à moins qu'il n'y ait eu deux réalités ? Même si le choix narratif fait que l'on sait dès le début comment les choses vont finir, on aimerait qu'il en soit autrement, principalement parce que cette fois, il n'y a pas de « bien » et de « mal » clairement définis. Si l'histoire n'est pas très longue, on a néanmoins le temps de s'attacher aux personnages. Et la plume de Théophile Gauthier est vraiment belle, notamment lorsqu'elle décrit le palais éclairé par un rayon de soleil à travers les nuages... (8/10)

« Car la vie est dans le sang », c'est l'Italie, c'est une histoire de fantôme autant que de vampire, racontée au coin du feu par une belle soirée d'été. C'est la campagne profonde, avec ses superstitions, un crime en apparence bien rôdé, une histoire d'amour tragique et deux hommes courageux. le récit qui nous est conté se veut majoritairement basé sur les suppositions du narrateur, et pourtant, on y croit. On se laisse happer à l'intérieur, par ces histoires de brigands fuyant dans la nuit, par l'atmosphère inquiétante nimbant cet étrange tertre... et c'est que l'on frissonne, en plus ! Avec trois fois rien, Francis Marion Crawford nous pond une histoire délicieusement flippante. Un vrai coup de coeur, confirmé avec cette relecture ! (9/10)

On attendait en revanche mieux de Monsieur Bram Stoker et du prologue de son chef d'oeuvre... « L'invité de Dracula », c'est une balade dans la cambrousse qui tourne mal, une tempête de neige, et pour le reste... eh bien, on ne sait pas trop tant les évènements là-bas s'avèrent confus. le texte vaut surtout pour ses décors mais n'a rien de particulièrement transcendant en dehors de ça. (6/10)

« Aylmer Vance et le vampire », c'est Supernatural version début du 20e siècle. Un riche héritier se rend chez un enquêteur du paranormal pour lui parler de son étrange baisse de santé depuis qu'il a épousé une charmante demoiselle... persuadée d'être issue d'une famille de vampires. Niveau suspense, c'est donc le point mort, la plus grande partie du récit étant une transposition de celui fait par Jessica à son futur époux. C'est une sorte de mini-saga familiale, qui se lit sans déplaisir... Jusqu'au moment où Vance et Dexter doivent tirer ça au clair en personne. le dénouement de l'histoire se révèle assez brouillon, le « duel mental » dont il est question nous échappe totalement... Bref, le potentiel était là mais l'intérêt retombe comme un soufflé. (5/10)

Difficile de faire plus classique que « Le gardien du cimetière », où l'on devine l'intégralité de l'histoire dès ses premières lignes. Mais qu'elle soit prévisible n'empêche pas la narration d'être efficace, avec une montée en tension croissante au fur et à mesure que notre homme comprend dans quel pétrin il s'est fourré. Un texte certes simple dans le fond, mais très réussi dans la forme et porté par une plume si moderne que l'on a du mal à croire qu'il a été écrit il y a un siècle ! (6/10)

« La maison maudite » était la seule histoire dont je me souvenais encore assez nettement... mais, hélas, pas pour de bonnes raisons. J'en avais gardé une très forte impression de « nul à ch*** » et elle avait bien failli me dégoûter de Lovecraft avant que ne vienne la réconciliation via « L'abomination de Dunwich ». Verdict : cinq ans plus tard, c'est toujours aussi mauvais. Un début d'une lenteur abominable, l'histoire complète du lieu avec noms et dates, des descriptions à rallonge dont on décroche à la moitié... L'atmosphère est moins HORrifique que SOPOrifique ! Quant à la conclusion... après toutes ces précisions pas toujours utiles, comment ne pas être déçu de ne finalement rien « voir » de ce vampire très différent des autres ? Bref, c'est long, incroyablement chiant et pour finir frustrant. (3/10)

Dans « les cent ans de Dracula », le meilleur côtoie ainsi le pire, même si dans l'ensemble, même le « moyen » se lit sans vrai déplaisir. Restent deux gros « maillons faibles », l'un heureusement très court, l'autre hélas interminablement long, qui viennent ternir l'enthousiasme des trois pépites du recueil... et sacrément baisser la note globale ! Car pas question de déroger à la règle... Ceci dit, 6, ça correspond très bien à une lecture qui souffle le chaud et le froid, tantôt excellente, tantôt beaucoup moins bonne, mais laissant tout de même une impression plutôt bonne... et à mon ressenti de "sympa, sans être exceptionnel".
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