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Par iarsenea, le 14/08/2011
Racines de
Alex Haley
Je repris l'avion à Dakar. Et ce fut pendant ce vol de retour que je décidai d'écrire un livre. L'histoire de mes ancêtres serait, symboliquement, le geste de tous les descendants d'Africains- tous issus, comme nous de Kounta, d'un homme ou d'une femme né dans un village d'Afrique noire et puis un jour capturé et enchaîné au fond d'un de ces vaisseaux négriers qui l'avait emmené de l'autre côté de l'Océan. Ces descendants d'Africains pour qui, après la succession des plantations, était venue la lutte pour l'émancipation.
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Par iarsenea, le 14/08/2011
Racines de
Alex Haley
Je me représentais- ou plutôt je « voyais », comme une brumeuse projection- cette déportation de millions de nos ancêtres dont j'avais lu les descriptions. Des milliers d'entre eux avaient été enlevés individuellement, comme Kounta, mais il y avait eu aussi pour des milliers d'autres l'horrible réveil nocturne, les hurlements, le tumulte et la terreur des villages attaqués, souvent livrés aux flammes. Les survivants valides étaient alors encordés par le cou en longs «convois» - s'étirant parfois sur un mille. Et je les voyais, ces chaînes de captifs, dans leur torturante marche vers la mer. Combien étaient morts en chemin ou, pire encore, avaient été abandonnés, à bout de forces ? Quel sort, pourtant, attendrait ceux qui atteignaient la côte ! Rasés, frottés d'huile, inspectés jusque dans leurs plus intimes orifices, souvent marqués au fer rouge, ils étaient enfournés dans les grands canots sous le cinglement des fouets. Certains résistaient en hurlant, enfonçaient leurs ongles dans le sable de la plage, s'en emplissaient la bouche, essayant désespérément de rester encore un instant accrochés à leur sol natal. Je voyais les captifs roués de coups, jetés dans les cales puantes et ténébreuses des vaisseaux négriers, enchaînés sur des planches, souvent si à l'étroit qu'ils devaient se tenir étendus sur le côté...
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Par iarsenea, le 14/08/2011
Racines de
Alex Haley
Et ils m'apprirent alors quelque chose dont je n'aurais jamais osé rêver : dans les villages les plus reculés, on trouvait encore des hommes de très grand âge, les griots, qui étaient véritablement des archives vivantes de la tradition orale. Le griot émérite, celui que l'on sollicitait dans les grandes occasions pour raconter l'histoire séculaire des villages, des clans, des familles, des héros, avait largement dépassé la soixantaine; en dessous de lui venaient des griots dont le savoir décroissait avec l'âge, jusqu'aux garçons débutants- ainsi était-ce après avoir entendu répéter les mêmes récits pendant quarante à cinquante ans que l'on devenait griot émérite. Dans toute l'Afrique noire, des chroniques orales s'étaient transmises depuis les ancêtres. Quelques griots légendaires avaient emmagasiné un tel trésor d'événements historiques qu'ils pouvaient littéralement parler trois jours dans s'arrêter- et sans jamais se répéter.
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Par iarsenea, le 03/08/2011
Racines de
Alex Haley
« Fa, disait-il, ces Noirs ne sont pas comme nous. Leurs os, leur sang, leur force, leurs mains, leurs pieds ne leur appartiennent pas. Ils ne vivent et ne respirent que pour les toubabs, et non pour eux-mêmes. Ils ne possèdent rien- leurs propres enfants ne sont pas à eux. Ils sont nourris et élevés afin de servir encore d'autres toubabs, et non d'aider leurs parents.
« Mère, disait-il encore, ces femmes s'enroulent la tête d'une étoffe, mais elles ne savent pas la nouer; elles cuisinent peu de plats où n'entre la chair ou la graisse de l'immonde porceau; et beaucoup d'entre elles ont été dans la couche des toubabs, car leurs enfants ont la maudite couleur des mulâtres.
Et il discutait avec ses frères, Lamine, Souwadou et Madi, essayant de bien leur expliquer que, dans toute leur sagesse, les anciens ne parviendraient pas à leur inculquer que le plus féroce animal de la forêt est encore moitié moins dangereux que le toubab.
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Par iarsenea, le 14/08/2011
Racines de
Alex Haley
Tout homme a, dans sa vie, un « grand moment », quelque chose qui surpasse, en intensité, tout ce qu'il a connu et connaîtra jamais.
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Par iarsenea, le 01/08/2011
Racines de
Alex Haley
Souvent une bonté est rendue par une méchanceté.
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Par iarsenea, le 01/08/2011
Racines de
Alex Haley
Binta était toujours là pour l'endormir, le câlinant sur ses genoux ou veillant à son chevet en lui fredonnant une berceuse :
Mon enfant au doux sourire,
Ton nom te vient d'un noble ancêtre.
Le jour viendra où tu seras
Grand chasseur ou grand guerrier,
Faisant la fierté de ton père.
Mais, moi, je te verrai toujours
Comme tu es aujourd'hui.
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Par iarsenea, le 01/08/2011
Racines de
Alex Haley
Des enfants ont quitté le village de Djouffouré, lança brusquement le kintango d'une voix forte. Ce sont des hommes qui doivent y retourner, et pour cela il faut extirper de vous toute peur, car une personne craintive est une personne faible, et une personne faible est un danger pour sa famille, son village et sa tribu.