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Par nadejda, le 24/06/2011
André Hardellet
Le Tremblay
Si tu reviens jamais danser
Chez Temporel, un jour ou l'autre,
Pense à ceux qui tous ont laissé
Leurs noms gravés auprès des nôtres.
Souviens-toi : quand tu l'as choisie
Pour tourner la valse en mineur,
La bonne chance enfin saisie,
Deux initiales dans un cœur.
Pense à ta jeunesse gâchée,
Sans t'en douter, au fil des jours,
Pense à l'image tant cherchée
Qui garderait son vrai contour.
Des robes aux couleurs de valse
Il n'est demeuré qu'un reflet
Sur le tain écaillé des glaces,
Des chansons - à peine un couplet
Mais c'est assez pour que renaisse
Ce qu'alors nous avons aimé
Et pour que tu te reconnaisses
Dans ce petit bal mal famé
Avec d'autres qui sont partis
Vers le meilleur ou vers le pire,
Avec celle qui t'a souri
Et dit les mots qu'il fallait dire.
Oui, si tu retournes danser
Chez Temporel, un jour ou l'autre,
Pense aux bonheurs qui sont passés
Là, simplement, comme les nôtres.
(La Cité Montgol)
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Les chasseurs de
André Hardellet
Saule. Le saule qui, d'une basse branche, tâte l'éternité de la rivière.
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Par nadejda, le 24/06/2011
Le seuil du jardin de
André Hardellet
Saisi tout entier par le besoin de peindre, il s'enfermait entre des cloisons que ne perçait plus l'idée d'une mort inévitable. Ses brosses en main, il ne vivait plus que pour l'oeuvre à accomplir, périssable certes, mais nécessaire dans son jaillissement. Puis, l'oeuvre accomplie, ou le plaisir dissipé, il redevenait l'homme désarmé devant le non-sens de son existence promise au vide.
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Les chasseurs de
André Hardellet
Plumier. Le plumier soudain ouvert, et qui embaume le crayon frais taillé, laisse filer une musique d'essaim.
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Par nadejda, le 28/06/2011
Lourdes, lentes: Roman de
André Hardellet
Longtemps je me suis couché de bonne heure -- le matin. J'avais mes nuits ; je les ai toujours, mais sans comparaison.
Presque chaque soir, vers neuf heures, je prends un bouquin et m'allonge sur mon lit. Souvent, j'abandonne vite ma lecture ; commence alors l'étendue d'immobilité et de silence apparents où je découvre ma totale liberté. Nul guetteur sur les points culminants de la Ville noire et bleue ne se soucie du minuscule espace que j'occupe sous mon toit, rien ne me désigne à sa méfiance. Ils n'ont pas encore de machines à détecter les rêves subversifs, mais ça viendra : faisons-leur en ce domaine, le plus large crédit. Il me reste, je suppose, quelques bonnes années devant moi pour cet exercice de l'ombre et du secret.
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Les chasseurs de
André Hardellet
Cartes (à jouer). L'odeur d'un vieux jeu retrouvé dans un tiroir, avec un jacquet et des jetons en os. Autrefois, après le souper, ces rois, ces reines et ces valets écoutaient évoquer des amours, des chasses et des fêtes qu'il nous faut réinventer.
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Par nadejda, le 24/06/2011
Le seuil du jardin de
André Hardellet
Il attendait tranquillement dans le vestibule, entre les deux valises posées à ses pieds. Un mince pardessus de loden, râpé, l'enveloppait. Il était assez grand, mais frêle, âgé d'une soixantaine d'années. Dans sa contenance, presque humble, se devinait la patience de ceux que la vie n'a pas beaucoup gâtés et qui en ont pris leur parti. Néanmoins, le regard, d'une acuité extraordinaire, démentait partiellement cette résignation : il "mangeait" tout le visage aux traits tirés, marqués de lassitude.
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Par nadejda, le 28/06/2011
Lourdes, lentes: Roman de
André Hardellet
C'est nous (je parle de ceux qui me ressemblent) qui prêtons une valeur alchimique à ce silence, qui transpose notre inquiétude dans ce vide. Traitée au sérum de vérité, Joyce n'aurait sans doute rien à m'avouer que : je prends mon plaisir où je le trouve. Autant vouloir sculpter l'eau, attraper le vent par la queue.
Elle se passe comme ça, la vie braves gens : entre des morts auxquels on a coupé la parole et des vivants qui se taisent.
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Par nadejda, le 28/06/2011
Lourdes, lentes: Roman de
André Hardellet
En 1962, il (André Hardellet) écrivait dans Le parc des Archers : L'érotisme et l'insatiable besoin de liberté chez l'enfant proviennent du même fond obscur ; ils apportent une pareille jubilation, menacée de pénitence (...) C'est pourquoi l'érotisme qui voudrait prolonger l'âge des émerveillements est traqué avec tant d'acharnement par ceux qui ne peuvent plus s'émerveiller.
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Par nadejda, le 24/06/2011
Le seuil du jardin de
André Hardellet
Il se leva, s'approcha de la fenêtre couverte de buée. De la rue, elle devait produire un halo rose et Masson se rappelait, au temps de sa misère, l'hiver, la fascination exercée par ces lumières qui signifiaient un repas, un feu, une nuit à couvert --- ces vies frôlées mais jamais surprises dans leur déroulement secret derrière les murs et les vitres troubles.