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Par Maphil, le 23/05/2013
Pélagie la charrette de
Antonine Maillet
- Plusse que la vie, tu dis? Quoi c'est qu'y a de plusse que la vie de l'homme?
- C'telle-là de sa lignée, qu'il fit, le mousse.
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Par Moan, le 01/04/2012
Pélagie la charrette de
Antonine Maillet
Les outardes étaient rentrées, les marées hautes avaient lavé les herbes de dunes et les foins des prés, on pouvait larguer les bêtes au champ. On pouvait sécher l'hiver sur la corde, et s'éventer la mémoire et les sentiments. Un siècle avait passé sur l'Acadie cachée au fond des bois et qui n'avait pas dit un mot durant cent ans.
...N'éveillez pas l'ours qui dort.
Mais en 1880, cent ans après son retour d'exil par la porte arrière et sur la pointe des pieds, l'Acadie sortait sur son devant-de-porte pour renifler le temps et s'émoyer de la parenté. De toutes les anses, et de toutes les baies, et de toutes les îles, on sortait la tête et dressait l'oeil.
Et c'est alors qu'on se reconnut.
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Par Moan, le 12/04/2012
Mariaagelas de
Antonine Maillet
C'est de la côte qu'avaient surgi les premiers Caissie sortis d'exil, à la fin du XVIIIe siècle. Fatigué de traîner sa famille et son ménage depuis la Louisiane jusqu'à Memramcook, puis de Memramcook jusqu'à la Baie, Gélas Caissie s'était laissé choir sur le sable et y avait planté quatre piquets pour y supporter sa cabane. Petit à petit , sa descendance avait affermi les piquets et agrandi la cabane jusqu'à donner à l'habitation des premiers Caissie à peu près l'allure d'une maison.
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Par Moan, le 01/04/2012
Pélagie la charrette de
Antonine Maillet
Au dire du vieux Louis à Bélonie lui-même, ce rejeton des Bélonie né comme moi de la charrette, seuls ont survécu au massacre des saints innocents, les innocents qui ont su se taire. N'éveille pas l'ours qui dort, qu'il dit, surtout pas l'ours qui dort sur le marchepied de ton logis. C'est pourquoi l'Acadie qui s'arrachait à l'exil, à la fin du XVIIIe siècle, est sortie des ses langes tout bas, sans vagir ni hurler, sans même se taper dans les mains. Elles est rentrée au pays par la porte arrière et sur la pointe des pieds. Quand le monde s'en est aperçu, il était trop tard, elle avait déjà des ressorts aux jambes et le vent dans le nez.
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Par Moan, le 01/04/2012
Pélagie la charrette de
Antonine Maillet
Rentrez chacun à votre chacunière sur la pointe des pieds et attendez le temps qu'il faut. On a bien attendu en Géorgie, dans les Caroline, en Marilande, et tout le long de la Nouvelle-Angleterre, attendu que passe la première charrette pour y accrocher la sienne. On pourra de même attendre sur le marchepied de son logis que la porte s'ouvre et que la maison se vide. Attendre que la terre se réchauffe, que la mer se calme, que les mémoires s'émoussent. Attendre que les plantes regerment dans les champs et les potagers saccagés.
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Par Moan, le 12/04/2012
Pélagie la charrette de
Antonine Maillet
Il n'avait pas trente ans au matin du Grand Dérangement qui déportait son peuple dans le Sud; mais des trente ans, il en avait vécu plus de la moitié sur l'eau et connaissait la mer mieux que l'arrière-cour de son logis. Les Broussard de père en fils jouaient avec des baleines et se moquaient de la vague et du nordet. Ils avaient tous bu plus d'un coup à la grande tasse, comme qui dirait, et en avaient gardé dans le gosier une couche de sel qui leur valait cette voix grave et rauque.
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Par Moan, le 12/04/2012
Mariaagelas de
Antonine Maillet
Au pays des côtes, en ces années-là, passait parfois un étranger: un missionnaire, un quêteux, un vendeur de brosses ou de machines à coudre.Le petit Syrien surtout attirait le monde. Parce que lui, il vendait un peu de tout: du fil, des outils, du coton, du tiriac, de la poudre, des crayons et l'Almanach du Peuple. Il distribuait en plus des histoires , le petit Syrien, des histoires qu'il recueillait un peu partout dans ses voyages. Aussi les gens des côtes avaient-il toujours hâte de voir arriver son camion.
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Par Sunflo, le 17/12/2012
Pointe-aux-coques de
Antonine Maillet
La neige possède ce secret de rendre au cœur en un souffle la joie naïve que les années lui ont impitoyablement arrachée.