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Par Walktapus, le 20/12/2010
Le goût de l'immortalité de
Catherine Dufour
Cheng vit probablement dans un entresol miteux en compagnie d'un garçon aussi jeune, beau et affamé qu'elle. C'est une grande fille de seize ou dix-huit ans avec un visage en forme de coeur, des yeux sérieux et de longs cheveux brillants. Pour le moment elle est dans sa chambre blanche et vide, assise en tailleur sur un grand lit occidental, un lit bas couvert d'instruments de musique et de bouteilles d'alcool japonais. Insouciante et à demi nue, vêtue de dessous en vrai Coton bleu troués, elle joue de la guitare et de la cithare. Elle compose aussi, de jolies choses imitées de cui jian. Le jour, elle dort ou elle traîne dehors avec les mendiants du quartier, les petites vendeuses d'oxygène, les tontons seigneurs, les trafiquants de greffes frelatées, les dealers de psychotine. Peut-être y a-t-il encore des bouts de vrai ciel jaune au-dessus de sa rue ? Et qu'elle lève de temps en temps les yeux vers eux, tout en préparant deux bols de soupe aux nouillles sur le coin de son évier. La nuit, elle boit de la Bière à la paille parce que ça soûle plus vite et elle se produit dans des bars d'altitude, à l'aise parmi le pétillement des fractals rythmiques qui transforment la salle, les clients faits et refaits et l'écoeurant ballet des fauteuils aérostatiques en ciel étoilé ou en vague déferlante. Elle chante, avec son léger accent du ningbo, des vieilleries pour public inattentif, "à pékin sur la colline du charbon", par exemple. Le rota 8 n'est encore qu'une rumeur.
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Par Walktapus, le 20/12/2010
Le goût de l'immortalité de
Catherine Dufour
L'urbanisation n'était pas, à son époque, un phénomène récent. Mais la tendance à distinguer les habitants des hauteurs de ceux du sous-sol apparaissait tout juste. Ou disons que les plus riches, avides d'air pur, commençaient à peine à profiter de l'essor des nanotechnologies pour édifier des tours de plus en plus hautes afin de s'installer au sommet, abandonnant le sol au smog et aux déshérités. Les habitants des caves bricolaient leurs propres réseaux d'information. Le génie de dolhen a été de les connecter entre eux, de baptiser le tout "refugee" (du nom d'une barre Chocolatée, pas moins) et de mourir jeune. Les refugees dont je veux vous parler, ceux qui ont accédé à une célébrité douteuse, sont nés un siècle après dolhen. J'ose prétendre qu'ils étaient, d'un point de vue humain, d'une toute autre valeur que dolhen et ses contemporains. Je fais du chronoracisme, d'accord, mais il m'est difficile de voir la fin du millénaire précédent comme autre chose qu'un panier de Crabes enragés, et d'imaginer à ses habitants, sauf exception, un niveau intellectuel au-dessus de la domotique. Quelle affinité voulez-vous avoir avec des gens qui se chaussaient de peaux de Bêtes, se chauffaient à l'uranium, et pêchaient à l'explosif ?
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Par Youplala, le 21/01/2010
Le goût de l'immortalité de
Catherine Dufour
Shi est le seul protagoniste de cette pitoyable histoire à avoir vraiment choisi. Je veux dire : effectué des choix, à rebrousse-poil du destin qui voulait lui imposer des catastrophes. À plusieurs reprises, je l’ai vu tout brûler sous ses pas pour sauver ce à quoi il avait décidé de tenir. Il a tout donné à une science, tout perdu pour un ami et tout risqué pour une femme. Bien sûr, encore plus que d’une grande âme, ce genre d’attitude procède d’une grande chance. La première chance de shi résidait dans sa capacité innée à vouloir. Vouloir n’est pas donné à tout le monde. Il faut naître avec des yeux qui voient clair, un cerveau qui décide vite et des bras assez puissants pour agir. Par là-dessus, il faut suffisamment de talent pour que ce que vous voulez, que ce soit une femme, une amitié ou un science, veuille aussi de vous. Et il faut encore la dose suffisante d’orgueil pour estimer que cette science, cette amitié ou cette femme vaut la peine qu’on se donne puisqu’elle est choisie par vous. L’ensemble de ces qualités fait de shi une espèce peu commune. Vous comprenez maintenant pourquoi je n’ai pas donné à cet homme le rôle principal de mon histoire : trop de perfection fatigue.
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Par Bartimeus, le 15/12/2010
Le goût de l'immortalité de
Catherine Dufour
Le premier aveu est assez facile : je n'ai pas, comme vous, comme vous croyez le savoir et comme mes données civiles le disent, un petit siècle.
J'en ai un peu plus.
Pour le moment, vous n'avez qu'à y voir de la coquetterie.
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Par TwiTwi, le 14/05/2010
Outrage et rébellion de
Catherine Dufour
Je veux dire, vous êtes né sous la pluie avec un Bec-de-lièvre, qu'est-ce que vous pouvez penser, moralement, d'un multisexe qui carbure aux neurotransmetteurs ? A part : "Brûlez-moi ça !" Jusqu'au moment où tous les gens autour de vous vous regardent avec de grands yeux et vous répondent : "Mais ça va bouffer de l'oxygène !"
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Par TwiTwi, le 14/05/2010
Outrage et rébellion de
Catherine Dufour
Noj était une victime, c'est tout. C'était une catastrophe, ce mec ! Un pauvre gravat.
Et avec dalia, ils formaient une foutue paire de positrons !
Qu'on ait fait un mythe de ces deux minables, ça me troue le cul.
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Par TwiTwi, le 14/05/2010
Outrage et rébellion de
Catherine Dufour
Quand il est tombé, c'est là que je me suis rendu compte que marquis était - c'était, comment ? Marquis se battait pas comme les autres avec ses admirateurs. Ses admirateurs - ben, ils l'admiraient comme des fous, c'est tout. Marquis leur donnait des coups sur la tête, mais eux pas. Parce que c'était clair que marquis était à la fois très au-dessus et très au-dessous de tout le monde. Et vachement à côté, aussi.
C'était ça, marquis.
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Par Walktapus, le 05/03/2011
L'Accroissement mathématique du plaisir de
Catherine Dufour
Pour moi, il y a deux Femmes : les pétasses en A et les autres. Les pétasses en A sévissent chez les artistes — Gala, Elsa, Amanda, des chieuses aux yeux fous et aux comptes bancaires soignés. On dit : des Muses.
Hier soir, j'ai dîné avec Zelma, qui fut la Muse de Toussaint Settbon. Zelma, en bonne et due Muse, a la cinquantaine efflanquée, des cheveux de gitane, le cuir trop cuit et des pâtés sur la gueule (du khôl, du fard à joue, du rouge à lèvres). Tout ça est emballé dans des voileries noires qui puent la clope et lesté par des bijoux en argent crasseux, qui tintent à rendre folle une vache suisse.
Je n'arriverai jamais à donner de Zelma l'impression qu'elle veut donner, celle d'une belle pute vieillissante dont on suppose qu'elle a, en son jeune temps, posé à poil pour des génies drogués sous d'immenses verrières glaciales — d'une main elle boit un Tequila-Mezcal, de l'autre elle caresse ses beaux seins durcis. Drapée dans sa seule chevelure, elle incline sur une épaule frissonnante son beau crâne ravagé par l'Art et l'Opium…
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Quand les dieux buvaient. 1, Blanche Neige et les lance-missiles de
Catherine Dufour
Les Uckler formaient un peuple industrieux, gai et généreux.
En général.
Ils se levaient tôt d’un air content, sifflaient en travaillant et avaient toujours un morceau de pain à donner à plus pauvre qu’eux (le quignon rassis de la veille, bien sûr, car « généreux n’est pas le neveu », comme le disait souvent la grosse Couette). Pourvu, cependant, que ce plus pauvre qu’eux soit le beau-fils de la nièce de l’oncle de leur cousin.
Ou le beau-père du neveu de leur tante par alliance.
Car les Uckler avaient un défaut : quand ils voyaient un étranger, un vrai, qui échappait à toute généalogie même de la main gauche, ils le tuaient d’abord.
Ensuite, ils ne se posaient aucune question.
Ce qui leur permettait de préserver cet équilibre psychologique qui leur faisait, au matin, le teint frais et l’air content.
Bref, c’était un foutu ramassis de salauds.
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Par TwiTwi, le 30/09/2010
Le goût de l'immortalité de
Catherine Dufour
Qu'une femme n'ait que sa vulve pour vivre est une aventure assez banale, qu'un homme apprécie de promener son membre dans ce havre sec et ennuyé semble dans l'ordre des choses. Disons seulement que ces deux-là n'ont pas une haute estime de leurs bas morceaux.