Ce recueil de 20 nouvelles (avec préface, postface et interview) présente tout un éventail de la palette de
Catherine Dufour, et on pourrait les classifier dans différents genres : fantastique, science-fiction, fantasy, pas-de-genre, il y a même un pastiche à la Lanfeust de Troy. L'ensemble est très (trop ?) hétéroclite, et agencé au mieux par l'anthologiste
Richard Comballot.
Du fait de cet agencement, mon intérêt a suivi un courbe en forme de cloche inversée, traversant un gros creux au centre arrière du recueil, avec des nouvelles dont l'intérêt réside uniquement dans l'exercice, l'hommage ou le tour de force. Et puis je ne sais même pas qui est ce Kurt Kobain. Bref, je n'ai pas pu tout finir, ou parfois je suis allé directement à la fin, mais le premier tiers, à tonalité fantastique, est bon, et le dernier, qui plonge dans la science-fiction et rappelle
Le goût de l'immortalité, meilleur encore.
J'y ai retrouvé l'humour noir, l'écriture dense et brillante, la consistance des sujets, des thèmes récurrents : l'art et la beauté, l'amour au temps de la biochimie, une vision pessimiste de notre avenir capitaliste. J'ai découvert aussi avec surprise des nouvelles délicates qui respectent le fantastique ambigu des grands auteurs du 19ème siècle.
Je retiendrai Je ne suis pas une légende (écoutable sur utopod http://www.utopod.com/2008/09/13/utopod-022-je-ne-suis-pas-une-legende-de-catherine-dufour/), tellement juste, avec sa population de cadres ne s'apercevant même pas qu'ils se transforment en morts-vivants ; l'immaculée conception, terrible plongée dans la maternité ; le jardin de Charlith et son fantastique ambigu qui rappelle
Maupassant ; la lumière des elfes pour son portrait férocement drôle et tragique d'un milieu artistique ;
L'Accroissement mathématique du plaisir et sa beauté indéfinissable ; mémoires mortes pour la force et le traitement du sujet.
Moralité, avec cet assortiment, impossible de savoir à quoi ressemblera son prochain roman, et tant mieux.