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La préférence nationale et autres nouvelles de
Fatou Diome
Mais revenons à la préférence nationale.Si nous admettons que le char du dieu Poséidon fut tiré par des hippocampes, nous comprendrons que le grand tronc du baobab ne repose que sur de frêles racines. Les lois des grands ne prennent de l'envergure que lorsque les plus petits décident de les appliquer avec zèle. Les caélcédrats des tropiques doivent parfois leur chute à de petits termites, et tout comme la taille d'une fourmilière dépend du nombre des petites ouvrières, une cour royale ne serait rien sans ses valets. Ce sont donc les petits employeurs qui donnent sa consistance à la préférence nationale.
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Par ChezLo, le 01/12/2010
Celles qui attendent de
Fatou Diome
Issa savoura son effet. Il n'avait pas bien préparé son discours, mais le mot Europe fut son meilleur talisman. La fiancée, subjuguée, acquiesça de tout son coeur. Amoureuse et pleine d'espoir, Coumba ne sentit pas les mains calleuses du pêcheur fauché lui gratter les joues en essuyant ses larmes de joie. Elle se voyait déjà, princesse rayonnante, un soir de couronnement, parée de ses plus beaux atours, accueillant son amoureux, de retour d'Europe et riche à millions.
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La préférence nationale et autres nouvelles de
Fatou Diome
Le visage, c'est un aéroport, une entrée, et son décor ne dévoile jamais assez le labyrinthe qu'il cache. Le visage, réceptacle de gènes et de culture, une carte d'immatriculation raciale et ethnique. Voilà donc pourquoi on me regardait tant : l'Afrique tout entière, avec ses attributs vrais ou imaginaires, s'était engouffrée en moi, et mon visage n'était plus le mien, mais son hublot sur l'Europe.
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Par Marsup, le 17/10/2010
Celles qui attendent de
Fatou Diome
Les coups de fil s'étaient largement espacés. Les femmes accusèrent le coup. Mais on finit toujours par s'inventer une manière de faire face à l'absence. Au début, on compte les jours puis les semaines, enfin les mois. Advient inévitablement le moment où l'on se résout à admettre que le décompte se fera en années; alors on commence à ne plus compter du tout. Si l'oubli ne guérit pas la plaie, il permet au moins de ne pas la gratter en permanence. N'en déplaise aux voyageurs, ceux qui restent sont obligés de les tuer, symboliquement, pour survivre à l'abandon. Partir c'est mourir au présent de ceux qui demeurent.
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Par OZALID, le 25/07/2010
Le vieil homme sur la barque de
Fatou Diome
Rien de ce qui a été n'est perdu tant q'il y aura des livres pour consigner la vie.
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Par Marsup, le 02/08/2010
Inassouvies, nos vies de
Fatou Diome
Les gens n'ont pas idée de la violence qu'ils exercent sur les autres, en les transformant en déversoirs d'états d'âmes. Ils vous prennent pour une terre en jachère, vierge des soucis inhérents à la vie et, au premier sourire, ils mettent la charrue avant les boeufs, labourent votre mémoire jusqu'à la saigner et déterrent, sans s'en rendre compte, tout ce que vous vous évertuiez à oublier. Le choc est alors terrible. Tout se passe comme au jeu de quilles, une confidence c'est parfois une dégringolade dans la tête ; en vous balançant les grumeaux de leur vie, boulet par boulet, ils finissent par ébranler les béquilles qui vous soutiennent le moral. Certains sont parfois plus solides que vous, mais parce que vous gérez vos peines en silence, afin de ne pas déranger autrui, ils vous attribuent une sérénité bouddhique et vous demandent de partager le poids de leur choix.
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Par Marsup, le 10/05/2010
Le Ventre de l'Atlantique de
Fatou Diome
"Il arrive qu’un individu devienne le centre de votre vie, sans que vous ne soyez lié à lui ni par le sang ni par l’amour, mais simplement parce qu’il vous tient la main, vous aide à marcher sur le fil de l’espoir."
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Par Katherine, le 21/09/2010
Celles qui attendent de
Fatou Diome
endant que les expatriés souffraient du froid, logeaient dans des squats miteux, couraient les soupes populaires, risquaient leur vie pour des emplois de forçats, dribblaient les pandores lancés à leurs trousses, hantaient les zones de rétention, s'adonnaient aux amours de circonstances, larmoyaient devant les avocats commis d'office qui leur obtenaient des délivrances momentanées, les jeunes restés au village, portés par une liberté qu'on ne sent que chez soi, travaillaient vaillamment et contribuaient à l'essor du pays. (pages 244-245)
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Par csapin, le 16/03/2011
Celles qui attendent de
Fatou Diome
Quand l'hiver faisait regretter aux Sahéliens les chaudes caresses de l'harmattan, ils se regroupaient chez lui, prolongeait les séances de thé et les débat rebondissaient. "L'immigration choisie", même les analphabètes parmi eux avaient leur idée sur la question : les immigrés, cheptel de l'Occident ! disaient-ils, une idée qu'un honnête énarque ne pouvait contredire. Et quand, à la télé, les barons de l'extrême-droite éructaient, pestaient, tempêtaient, pêle-mêle contre les immigrés, les banlieues et les aides sociales supposées engraisser les étrangers, le petit groupe, qui ne comptait pas d'analyste parmi ses membres, n'était pas pour autant à court de répliques. Ils se référaient tous à leur situation réelle et à la sagesse de leur village pour évaluer leur place sur l'échiquier de l'économie mondiale.
Ces hordes d'affamés qui arrivent en rafiot, si l'Europe de Schengen, avec ses navires de guerre, ses radars et ses avions de chasse les laisse fouler son sol, c'est qu'elle en tire parti : plus ils sont nombreux, plus il est aisé de les asservir. On reconnaît la fortune du Peulh au nombre de ses bêtes. (...) Alors, quand on entend "immigration choisie", on ne peut que se demander : qui choisit qui, comment et pour quoi faire ?
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Le vieil homme sur la barque de
Fatou Diome
Lire, c'est oser le vertige. On peut lire, comme on s'incline, révérencieux, ébloui par la fulgurance d'un bel esprit. Aveuglement ! Qui ne me guide pas me perd ! Or, je veux seulement trouver mon chemin. Qu'on nous laisse donc un œil ouvert!"