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Corps et âme de
Frank Conroy
« Aussi singulier ou mystérieux que fût l’environnement (…), où qu’il se trouvât, dès qu’il s’asseyait au piano, le monde qui l’entourait n’avait simplement plus d’importance. Sa relation physique avec le piano était immuable. Tout le reste était là. Ses repères étaient là » p 210
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Par Nadael, le 06/04/2010
Corps et âme de
Frank Conroy
Il comprit rapidement que pour elle - et très vite aussi pour lui - ce qui se passait était une façon d'aller au-delà du corps (comme en musique, Fredericks lui avait appris d'aller au-delà du mur). La passion était une force qu'il fallait nourrir ardemment, avec gratitude, nourrir, comme un ange affamé qui serait avec eux dans la pièce et aurait le pouvoir de les soulever hors d'eux-mêmes. Hors du corps, hors du monde, vers un ailleurs d'un bleu profond, où leurs âmes se joignaient dans, et avec le bleu. Voguaient ensemble dans le bleu - le bleu insupportable à une âme seule. Que l'on ne peut connaître seul.
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Par litolff, le 06/12/2010
Corps et âme de
Frank Conroy
C'est presque magique. C'est si bon, parfois, que c'en est presque insoutenable. je veux dire, on joue, on sent une résistance, on pousse de plus en plus fort... et soudain on débouche en pleine lumière, juste comme ça... On passe de l'autre côté du mur ! l n'y a plus de résistance, on navigue... De la pensée pure, qui se transforme en musique pure.
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Par Nadael, le 06/04/2010
Corps et âme de
Frank Conroy
Les deux accords gravés dans sa mémoire, il marcha lentement vers l'arrière du magasin, descendit l'escalier, prit un crayon et un papier, s'assit au Berchstein. Il lui fallut une demi-heure pour extraire les deux accords de sa tête et les transcrire totalement sur le papier. Lorsque ce fut fait, il resta assis une heure à les contempler, l'esprit fonctionnant à toute vitesse, prolongeant la moindre implication musicale concevable de la tension qui leur était inhérente. Il entrevoyait structure après structure, son excitation croissant au fur et à mesure que grandissait sa capacité à en imaginer de plus complexes, jusqu'à ce que finalement, tremblant d'allégresse et de terreur, il s'obligeât à se lever, à marcher dans le studio pour se calmer. Il avait désormais beaucoup de travail à faire - une pièce entière à écrire - et savait qu'il aurait à se controler. Autrement, la musique l'engloutirait, l'aspirerait hors de l'existence comme un astre géant avale une comète.
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Par Nadael, le 06/04/2010
Corps et âme de
Frank Conroy
Au tréfonds de lui-même, il sentit des moi dormants s'éveiller, s'avancer vers la complétude, comme s'il était un vaisseau qui réalisait aujourd'hui seulement sa destinée. Il rit et pleura en même temps. Elle couvrit son visage de baisers. Plus tard, tandis que sa tête reposait près de la sienne, il entendit soudain le bruit d'une voiture à cheval dans la rue. Le son s'éloigna, il se rendit compte qu'il était devenu temporairement sourd. A ce moment précis elle dit : "Ecoute comme le monde revient." Et Claude en fut changé à jamais.
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Par Nadael, le 22/02/2011
Le cas mystérieux de R. : Et autres nouvelles de
Frank Conroy
Vous ne devez jamais oublier, a-t-il dit, et, après cette séance, vous ne l'oublierez jamais, que l'artiste qui travaille sans inspiration crée un enfant mort, un enfant qu'il aime néanmoins autant qu'il aimerait un enfant vivant, et ce sentiment que tout le bénéfice de votre travail et de votre amour va à quelque chose qui n'est pas vivant, rien ne pouvant être vivant sans la Muse, est en tout point le même sentiment que vous éprouvez si un patient auquel vous vous êtes consacré assidûment des années durant, et que vous en êtes venu à aimer, levait tout d'un coup la main, faisait claquer ses doigts, et disparaissait. Je suis resté immobile un moment. J'ai fini par me lever et par examiner le divan, qui était vide, ne présentant qu'un billet craquant de cent dollars à l'endroit où la tête de R. était posée.
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Par Nadael, le 22/02/2011
Le cas mystérieux de R. : Et autres nouvelles de
Frank Conroy
Kirby se disait qu'il n'avait jamais vu son fils aussi plein de vie, aussi complètement immergé dans la vie, et les puissances de la vie, que lorsqu'il avait hurlé ces mots. Et, à cause de ce qu'il voyait, Kirby sentit qu'un changement se produisait en lui. Il sentit un profond bouleversement à l'intérieur de lui-même, et puis une délivrance, tandis que tout l'amour ancien qu'il avait éprouvé pour Alan s'écoulait, tout cet amour doux-amer, toute cette appréhension devant le bras roulé d'il y a des siècles, tout cet amour pétri d'inquiétude s'écoulait et s'évaporait dans l'incandescence du cri d'Alan. Instantanément, un amour plus sobre, plus fort, prit sa place. Kirby comprit que c'était avec cet amour-là qu'ils vivraient désormais.
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Corps et âme de
Frank Conroy
"« La musique était là, depuis toujours, elle serait toujours là ! Elle était tellement plus vaste que la vie, tellement plus forte, tellement irrésistible, elle révélait si puissamment l’existence d’une sorte de paradis sur terre, qu’elle balaya tout, devant elle. »"
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Par phildec, le 13/04/2012
Corps et âme de
Frank Conroy
Claude avait travaillé la musique toute sa vie, poussé par le besoin de pénétrer de plus en plus profondément ses mystères, soutenu par son aptitude à le faire. Ses progrès avaient été constants, raisonnablement réguliers et tangibles quant à son instrument. Le développement de son imagination musicale était un fait simple, comme celui du développement physique de son corps — sauf qu'il promettait de durer plus longtemps. En un sens, Claude avait tenu tout ceci pour acquis et supposé que la même chose arrivait à quiconque travaillait dur. Mais supposons qu'il n'en soit rien ! Supposons que des gens puissent être bloqués — se développer jusqu'à un certain point, puis en rester là. Combien de temps serait-il demeuré derrière son mur personnel si Fredericks ne lui avait pas montré comment aller de l'autre côté ? Combien de jeunes musiciens à qui on l'avait indiqué avaient pu y parvenir ? Le désir de croissance ne garantissait pas la croissance, devait-il admettre à présent. C'était plus compliqué. Il y avait des impondérables. Ainsi, Jerry était sans doute l'un de ces malchanceux, bon musicien — qui travaillait peut-être dans un orchestre, amoureux passionné de la musique — mais bloqué, conscient de l'existence de l'autre côté du mur, désirant ardemment y parvenir, mais incapable d'y aller. De là son émotion. Claude s'autorisa à se regarder lui-même avec les yeux de Jerry, et, un moment, fut terrifié. (édition Poche p470)
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Par Nadael, le 22/02/2011
Le cas mystérieux de R. : Et autres nouvelles de
Frank Conroy
Par quelque mystérieuse chimie, son visage reflétait donc concrètement la force de sa volonté, la méthode qu'il avait choisie pour affronter la souffrance – dont il avait eu son lot, comme tout être humain – étant la négation de celle-ci. Il ne niait pas l'existence de la souffrance, mais seulement l'empire qu'elle pourrait avoir sur lui. (Ce en quoi il se trompait, évidemment). Il avait vingt-huit ans, il était intelligent, et ne faisait pas cas des forces qui le manipulaient. Plus que la plupart des jeunes gens, il s'extasiait devant les apparences de la vie, non parce qu'il était superficiel, mais parce qu'il pensait que les apparences pourraient apporter la révélation de quelque voie d'accès inconnue (de lui) vers l'intérieur, vers le dedans de la vie, où il finirait par devenir un homme plutôt qu'un jeune homme. Il avait envie d'un visage plus mûr.
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