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Le temps où nous chantions de
Richard Powers
Mais je vois la foi qui subsiste encore dans les replis de ses paupières : les temps - passé, présent, futur - sont une illusion bornée. Aucun élément de ce trio impie ne possède d'existence mathématique distincte. Le passé et le futur se trouvent tous deux repliés dans cette fausse piste qu'est le présent. Ce sont juste trois coupes différentes tranchées dans la même carte.
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Par keisha, le 10/12/2008
Le temps où nous chantions de
Richard Powers
"Des huit vives mesures, la voix de soprano s'élève, comme un crocus poussé dans la nuit sur un gazon encore frappé parl'hiver; L'air progresse de la manière la plus simple : un do stable rentre sur le temps faible, tandis que le temps fort se rétablit sur le ré instable de la gamme. A partir de cette impulsion légère, le morceau se met en mouvement, jusqu'à se chevaucher lui-même, se livrant à une sorte de catch à quatre avec son propre double alto. Puis, en une improvisation commandée par la partition, les deux lignes de chant se replient sur le même inévitable sentier de surprise, moucheté de taches mineures et d'une lumière soudain vive. Les lignes imbriquées l'une dans l'autre débordent de leur lit pour donner naissance aux suivantes, la joie l'emporte, l'ingénuité se répand partout. "
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Le temps où nous chantions de
Richard Powers
[...] toutes les musiques d'Amérique s'étaient colorées. [...] Le seul moyen de traverser un territoire assi grand était encore la radio. Dans chaque signalque nous parvenions à capter - y compris les stations country & western à la dérive dans les Grandes Plaines - il y avait au moins une goutte noire venue éclabousser le reste. L'Afrique avait fait à la chanson américaine ce que les "missiés" des anciennes plantations avaient fait à l'Afrique. Si ce n'est que cette fois, le parent avait la garde de l'enfant.
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Le temps où nous chantions de
Richard Powers
"Je suis quoi ?
-Tu es ma fille, lui dit-il.
-Non, Da . Je suis quoi ?
-Tu es intelligent et bonne dans tout ce que tu fais.
-Non. Je veux dire, si toi tu es blanc et Maman est noire..."
La réponse qu'il lui fit alors : erronée également. "Tu as de la chance. Tu es les deux à la fois." Erronée à tant d'égards.
Ruth se contenta de le dévisager, en ressentant une honte qui frisait le mépris. "C'est ce que Maman a dit aussi." Comme si elle ne pourrait jamais plus leur faire confiance ni à l'un ni à l'autre.
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La chambre aux échos de
Richard Powers
Il demanda ce qui s’était passé. Une honte familiale sans fond empêchait Karin de tout révéler. Pour lui, elle s’était faite pétillante, légère, facile à vivre, sophistiquée même, si l’on s’en tenait aux normes indigènes. Mais elle n’était qu’une bouseuse élevée par des illuminés, affublée d’un frère lymphatique qui avait réussi à retomber en enfance.
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Le temps où nous chantions de
Richard Powers
Elle était très noire. D'un noir tellement noir qu'il n'a rien à voir avec ses mulets de fils. D'un noir imposé, d'un noir comme un refuge. Noire par la mémoire et noire par l'invention. Chaque jour sur la défensive, à esquiver avec le sourire. Le fruit de vingt générations de violence intégrée, à ployer sous les coups, même quand on croyait ne pas ployer. Pas une journée ne se passait sans qu'elle ait à ravaler sa salive, sans qu'elle soit obligée de se remémorer ce joyau intérieur qui la protégeait. Et pourtant, elle était claire de peau, de chevelure, de traits, d'aspect extérieur... comme sa fille métis qui se déteste de n'être pas plus simple.
"Noire, Ruth. Elle était noire.
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Le temps où nous chantions de
Richard Powers
Elle était très noire. D'un noir tellement noir qu'il n'a rien à voir avec la couleur de ses mulets de fils. D'un noir imposé, d'un noir comme un refuge. Noire par la mémoire et noire par l'invention. Chaque jour sur la défensive, à esquiver avec le sourire. Le fruit de vingt générations de violence intégrée, à ployer sous les coups, même quand on croyait ne pas ployer. Pas une journée ne passait sans qu'elle ait à ravaler sa salive, sans qu'elle soit obligée de se remémorer ce joyau intérieur qui la protégeait. Et pourtant, elle était claire de peau, de chevelure, de traits, d'aspect extérieur... comme sa fille métis qui se déteste de n'être pas plus simple.
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Par SPQR, le 28/05/2008
Trois fermiers s'en vont au bal de
Richard Powers
"Parmi les opposants, quelques esprits moins échauffés savaient que la destruction d'une oeuvre ambigue rend celle-ci résolument subversive, tandis qu'une fresque ambitieuse et pleine d'effervescence signe son propre arrêt de mort. Laissée en l'état, elle daterait de plus en plus chaque année, s'adresserait à un public de moins en moins intéressé jusqu'au jour où, les racines de la civilisation toujours intactes, elle passerait un cap magique pour devenir cette chose tout à fait inoffensive, qui entre même dans le patrimoine commun : un artefact historique.
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Par bibliame, le 03/06/2011
Générosité de
Richard Powers
Plus tard ce soir-là, Sue Weston se connecte à son blog et publie un nouveau message : « L’oiseau du bonheur identifié ». Elle expose ses arguments avec une clarté qui ferait la fierté de son ancien professeur d’écriture. Elle propose des liens vers la transcription du numéro de La Jungle urbaine diffusé en novembre, vers l’article du Reader et tout le battage de ces derniers mois. Rien que les faits. Du documentaire sans création. Telle est la science de son choix, et elle décerne le premier prix à la primeur.
Ce n’est pas comme si elle dévoilait au public des réalités cachées : celles-ci n’ont jamais été d’ordre privé. Sue a 21 ans, elle est assez jeune pour savoir que plus rien désormais n’est privé ni public. Il n’y a que de faits lents et des faits rapides, des faits associés et des faits isolés, et deux séquences dignes d’intérêt finissent toujours par être mises en corrélation. Et puis, si elle ne s’y colle pas, un autre se chargera de publier ces concordances d’ici quelques jours. Pourquoi un autre blog que le sien devrait-il captiver tous les regards ?
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Par bibliame, le 03/06/2011
Générosité de
Richard Powers
Grace lui avait préparé sa première ligne de cocaïne sur un miroir de poche. ….
Cela ne lui avait presque rien fait. Il avait ressenti une palpitation dans les dents de devant et ses gencives étaient devenues insensibles. Certes, l’après-midi était magnifique ; certes, il se trouvait drôle, éprouvait une sensation de plénitude, de gratitude et même de puissance. Mais en était toujours ainsi lorsqu’il passait un après-midi avec Grace.
Une semaine plus tard, il lui demandait, l’air de rien : « C’est difficile de s’en procurer ? Elle avait ri si longtemps devant sa fausse désinvolture qu’il avait fini par comprendre : jamais plus il ne toucherait à cette chimie-là, sinon il en prenait pour perpète. Quelque chose dans ses cellules avait manifesté une prédisposition à l’addiction, comme chez son père, son oncle, sa grand-tante et sans doute son frère. Son seul remède était de ne jamais céder aux premières fois.
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