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Par Lali, le 22/12/2011
Le Règne du silence de
Georges Rodenbach
Si tristes les vieux quais bordés d’acacias!
Pourtant, toi qui passais, tu les apprécias
Ces vieux quais où tel beau cygne de l’eau changeante
Entre parfois dans une âme qui s’en argente.
Si tristes les vieux quais, les eaux pleines d’adieux,
Inertes comme les bandeaux silencieux
D’une morte! les eaux sur qui pleure une cloche,
Les immobiles eaux sur qui le carillon
Égoutte ses sons froids comme d’un goupillon.
Et plus tristes les quais lorsque l’hiver approche!
En mai, quand le ciel rit, on s’était essayé
À mettre de la joie aux vitres des demeures,
- Tendant de rideaux blancs le passage des heures -
Et des roses afin que l’air fût égayé,
Petit luxe, au-dehors, de l’aisance des chambres…
Mais quand l’hiver revient, quand cinglent les décembres,
Les acacias nus, filigranés en noir,
Portent le deuil de la saison; le vent disperse
Leurs feuilles comme des oiseaux parmi l’averse;
L’eau du canal se gerce et se gèle – miroir
Las de mirer toujours d’identiques façades!
Maintenant les vieux quais sont déserts et maussades;
Et, dans les logis clos, les rideaux s’échancrant
Laissent voir, en la chambre et derrière l’écran,
Quelques vieillards sans joie autour d’une lumière
Qui végète sur le réchaud de la théière…
Lumière survivante en ces hivers du nord;
Faible lueur, clarté triste qui les ressemble;
On dirait un chétif feu de cierge qui tremble,
Et qu’en chaque maison muette, on veille un mort!
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Par Lali, le 19/12/2011
Le Règne du silence de
Georges Rodenbach
Mon âme, tout ce long et triste après-midi,
A souffert de la mort d’un bouquet, imminente!
Il était, loin de moi, dans la chambre attenante
Où ma peur l’éloigna, déjà presque engourdi,
Bouquet dépérissant de fleurs qu’on croyait sauves
Encor pour tout un jour dans la pitié de l’eau,
Gloxinias de neige avec des galons mauves,
Bouquet qui dans la chambre éteignait son halo
Et se désargentait en ce soir de dimanche!
Mon âme, tu souffris et tu t’ingénias
A voir ta vie, aussi fanée et qui se penche,
Agoniser avec ces doux gloxinias.
Or me cherchant moi-même en cette analogie
J’ai passé cette fin de journée à m’aigrir
Par le spectacle vain et la psychologie
Douloureuse des fleurs pâles qui vont mourir.
Triste vase : hôpital, froide alcôve de verre
Qu’un peu de vent, par la fenêtre ouverte, aère
Mais qui les fait mourir plus vite, en spasmes doux,
Les pauvres fleurs, dans l’eau vaine, qui sont phtisiques,
Répandant, comme en de brusques accès de toux,
Leurs corolles sur les tapis mélancoliques.
Douceur! Mourir ainsi sans heurts, comme on s’endort,
Car les fleurs ne sont pas tristes devant la mort,
Et disparaître avec ce calme crépuscule
Qui d’un jaune rayon à peine s’acidule.
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Par Orphea, le 10/06/2010
Bruges-la-morte de
Georges Rodenbach
Le jour déclinait, assombrissant les corridors de la grande demeure silencieuse mettant des écrans de crêpe aux vitres. Hugues Viane se disposa à sortir, comme il en avait l'habitude quotidienne à la fin des après-midi. Inoccupé, solitaire, il passait toute la journée dans sa chambre, une vaste pièce au premier étage, dont les fenêtres donnaient sur le quai du Rosaire, au long duquel s'alignait sa maison, mirée dans l'eau.
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Bruges-la-morte de
Georges Rodenbach
Oubli total ! Recommencements ! Le temps coule en pente sur un lit sans pierre... Et il semble que, vivant, on vive déjà d'éternité.
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Par Orphea, le 13/02/2009
Bruges-la-morte de
Georges Rodenbach
La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.
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Par Lali, le 18/12/2011
Le Règne du silence de
Georges Rodenbach
Quand le soir est tombé dans la chambre quiète
Mélancoliquement, seul le lustre émiette
Son bruit d’incontenté dans le silence clos.
Lustre toujours vibrant comme un arbre d’échos,
Lustre aux calices fins en verre de Venise
Où la douleur de la poussière s’éternise,
Mais en gémissements qu’à peine on remarqua,
Grêles comme un chagrin lointain d’harmonica.
C’est une panoplie aux cliquetis de verre
Où l’on entend le bruit blessé qui persévère;
C’est un grand reliquaire à l’aspect végétal
Où d’invisibles pleurs, captifs dans le cristal,
Roulent en sons mouillés parmi les pendeloques.
Lustre, fontaine blanche aux givres équivoques;
Lustre, jet d’eau gelé, mais où l’eau souffre encor…
Ce lustre, c’est mon cœur visible en ce décor
Qui frissonne en sourdine et sans cesse s’afflige,
Jet d’eau fleurdelisé dont la plainte se fige!
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Par Orphea, le 17/05/2009
Bruges-la-morte de
Georges Rodenbach
Hugues songeait : quel pouvoir indéfinissable que celui de la ressemblance ! Elle correspond aux deux besoins contradictoires de la nature humaine : l'habitude et la nouveauté.
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Par Orphea, le 10/03/2011
Le Règne du silence de
Georges Rodenbach
Ah ! Vous êtes mes sœurs, les âmes qui vivez
Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés
Parmi l'isolement léthargique des villes
Qui somnolent au long des rivières débiles ;
Âmes dont le silence est une piété,
Âmes à qui le bruit fait mal ; dont l'amour n'aime
Que ce qui pouvait être et n'aura pas été ;
Mystiques réfectés d'hostie et de saint chrême ;
Solitaires de qui la jeunesse rêva
Un départ fabuleux vers quelque ville immense,
Dont le songe à présent sur l'eau pâle s'en va,
L'eau pâle qui s'allonge en chemins de silence...
Et vous êtes mes sœurs, âmes des bons reclus
Et novices du ciel chez les visitandines,
Âmes comme des fleurs et comme des sourdines
Autour de qui vont s'enroulant les angélus
Comme autour des rouets la douceur de la laine !
Et vous aussi, mes sœurs, vous qui n'êtes en peine
Que d'un long chapelet bénit à dépêcher
En un doux béguinage à l'ombre d'un clocher,
Oh ! Vous, mes sœurs, - car c'est ce cher nom que l'église
M'enseigne à vous donner, sœurs pleines de douceurs,
Dans ce halo de linge où le front s'angélise,
Oh ! Vous qui m'êtes plus que pour d'autres des sœurs
Chastes dans votre robe à plis qui se balance,
Ô vous mes sœurs en notre mère, le silence !
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Par Orphea, le 17/05/2009
Bruges-la-morte de
Georges Rodenbach
Voilà cinq ans qu'il vivait ainsi, depuis qu'il était venu se fixer à Bruges, au lendemain de la mort de sa femme. Cinq ans déjà ! Et il se répétait à lui-même : "Veuf ! Être veuf ! Je suis le veuf ! " Mot irrémédiable et bref ! d'une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l'être dépareillé.
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Par Lali, le 23/12/2011
Le Règne du silence de
Georges Rodenbach
Songeur, dans de beaux rêves t’absorbant,
La pendule, à l’heure où seul tu médites,
T’afflige avec ses bruits froids, stalactites
Du temps qui s’égoutte et pleure en tombant.
C’est une eau qui filtre en petites chutes
Et soudain se glace aux parois du cœur;
Et cela produit toute une langueur
L’émiettement de l’heure en minutes.
Collier monotone et désenfilé
De qui chaque perle est pareille et noire,
Roulant parmi la chambre sans mémoire;
Piqûres du temps; tic-tac faufilé.
Ah ! Qu’elle s’arrête un peu, la pendule!
Toujours l’araignée invisible court
Dans le grand silence, avec un bruit sourd…
Et ce qu’elle mord, et nous inocule!
La peur que demain soit comme aujourd’hui,
Que l’heure jamais ne sonne autre chose;
Un destin réglé dans la chambre close;
Un peu plus de sable au désert d’ennui.
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