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> Christian Berg (Éditeur scientifique)
> François Duyckaerts (Préfacier, etc.)

ISBN : 2804012972
Éditeur : Editions Labor (2002)


Note moyenne : 3.69/5 (sur 62 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Parmi les canaux blêmes de l'ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d'une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d'une morte dont il croit retrouver l'image chez une vivante. Récit fétichiste, où toute la sémi... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Christw, le 09 octobre 2012

    Christw
    Le poète symboliste Georges Rodenbach aurait sans doute été surpris de nous suivre dans les rues de Bruges en ce dernier dimanche d'été. Des trottoirs si bondés qu'il fallait éviter l'accrochage avec les calèches de touristes, le rythme ahurissant des bateaux cartes postales et la quête lassante d'une place libre aux terrasses bourdonnantes des tavernes... Guère d'austérité intimidante à l'ombre des hautes tours qui sauvaient plutôt des rayons d'un soleil meurtrier. Loin d'une ville éteinte dans la méditation, c'était une ville en commerce.
    J'ai imaginé apercevoir la démarche somnambule de Hugues à la recherche désespérée de sa disparue, la gouvernante Barbe (saveur de ces horribles vieux prénoms !) en mante noire filant aux vêpres, la silhouette évanescente d'un fantôme blond qui serait Jane.... Juste des excursionnistes heureux, curieux, avec des allures d'insouciance sans nuage.

    Les êtres de ce conte gardent en moi une telle présence, confuse mais forte, qu'en débouchant dans le vieux béguinage, j'ai songé que s'y trouverait au milieu ce mouton comme "dans une prairie de Jean van Eyck"... C'était donc là que vivait sœur Rosalie, la seule parente de Barbe; là aussi que celle-ci accourut le cœur en fête en un Pâques lumineux, pour y vivre ses rares joies autour des offices.

    Ah bien sûr, l'écriture est vieillotte, et c'est mortuaire. Mais l'atmosphère persiste. le symboliste a réussi son alchimie, malgré l'irrémédiable vieillissement du texte.

    Marqué par ce récit, l'ayant écouté sur MP3 l'hiver passé comme un feuilleton (est-ce pour cela que les cloches monotones continuent à résonner en moi ?), j'ai accueilli avec plaisir l'initiative des éditions ONLIT de publier ce classique en numérique. Il accompagne quatre autres romans belges du 19ème siècle dont "Un mâle" du trop peu reconnu brabançon Camille Lemonnier qu'apprécia Maupassant et la très traduite "Légende d'Ulenspiege"l (700 pages) de Charles de Coster. Ajoutez-y André Baillon et Verhaeren. Malgré des ebooks résolument tournés vers le contemporain, l'édition numérique belge veut néanmoins ratisser large en cette rentrée.

    Pour se montrer constructif, au chapitre des regrets, l'absence d'images: l'introduction de Rodenbach annonce des illustrations intercalées entre les pages qui ne figurent pas dans la version numérique. Légère frustration mais, comme pour les renvois automatiques de notes, on attendra l'évolution des formats et des logiciels.

    Le récit (publié d'abord en feuilleton en 1892) est celui d'un veuf inconsolable dont l'épouse morte réapparaît soudain dans les rues de Bruges, sous la forme d'un sosie de la bien-aimée. Confronté à cette ressemblance qui l'aveugle et le grise jusqu'au scandale, l'homme se heurte à sa gouvernante pieuse, aux brugeois médisants mais aussi à la véritable nature de la remplaçante. le drame peut se jouer sous les cieux bas et les dentelles de pierre de la Venise flamande.

    Lisez cet ancien conte, vous retournerez peut-être à Bruges avec d'autres yeux...

    Lu en numérique au format ePub, dans le cadre du club des lecteurs numériques.
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    • Livres 4.00/5
    Par Orphea, le 22 février 2009

    Orphea
    Bruges-la-morte est le premier roman photographique ( à ne pas confondre avec le roman-photo, rien à voir !!) de la littérature, environ trente ans avant Nadja d'André Breton. Cette œuvre suscita de nombreuses controverses dans les milieux littéraires à cause de l'insertion de photos, ce qui en faisait un hybride. Mais peut-on parler de roman pour cette œuvre, assez courte pour être une nouvelle, dont l'écriture est très poétique?
    Rodenbach fait appel au topos de la chère disparue, la femme défunte et adorée.
    Hugues, le personnage, s'enferme dans son deuil et ses habitudes, il voue un véritable culte à la morte, allant jusqu'à se recueillir devant sa chevelure qu'il a soigneusement conservée.
    Il assimile son chagrin et son deuil au paysage de la ville de Bruges. Lors d'une de ses promenades quotidiennes, Hugues croise une femme ressemblant à son épouse décédée. le trouble l'envahit, Elle deviendra son obsession.
    De nombreuses références intertextuelles : "La chevelure" De Maupassant, le topos de la passante, Baudelaire ("A une passante") , "El desdichado" De Nerval, etc.
    En bref, une œuvre littéraire très riche dont la poésie m'a plu.
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  • Par hermant_martine, le 04 décembre 2012

    hermant_martine
    J'ai aimé ce long cheminement du personnage, cheminement de son deuil, cheminement de l'amour perdu et cru retrouvé, cheminement dans les rues de Bruges, ville écrin et vivante à l'unisson, en symbiose avec la désespérance du veuf ... C'est admirablement bien écrit, éclairé d'images poétiques, justes, superbement évocatrices et de réflexions subtiles. Il faut dire que le sujet de l'amour survivant à la mort, ainsi que les références à d'autres récits d'élection, ne pouvaient que se trouver en résonance avec mes affinités. Et comment ne pas se délecter dans la façon dont l'histoire s'effile, tel un poème symphonique tant la langue est musicale, avec juste ce qu'il faut d'ironie dans l'observation des situations et des êtres... jusqu'au dénouement si implacablement romantique ?
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    • Livres 4.00/5
    Par Nibelheim, le 29 mars 2010

    Nibelheim
    On se laisse facilement emporter par la prose de Rodenbach qui , dans Bruges-la-morte, nous invite à d'étranges déambulations entre les rues mornes et les eaux stagnantes. Bruges-la Morte, c'est un peu une histoire, celle d'un veuf inconsolé depuis dix ans qui croise une silhouette, un visage : une femme qui ressemble à la morte vénérée. C'est surtout une prose poétique et épurée, toute d'effets de rythmes et de sonorités. Description de la ville y vaut description d'un état d'âme : les rues, les canaux, les pignons des bâtiments, les flèches des églises sont autant d'ombres portées sur l'esprit d'Hugues Viane. Celui-ci a choisi Bruges par analogie : au chagrin qui hantait son coeur, il fallait "les silences et la mortelle transparence d'Ombre de cette cité à part."
    En ce sens, le travail sur les descriptions de la ville est proprement remarquable : au-delà d'un simple et sec réalisme, Rodenbach bâtit l'image d'une ville changeante et fantomatique. "Plus de description, mais [...] des coïncidences du dedans au dehors." Abolies, les frontières entre rêve et réel ; Bruges nous apparaît sous un jour nouveau.


    Lien : http://carnets-plume.blogspot.com/2009/03/r-amours-et-paysages-en-re..
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    • Livres 4.00/5
    Par Lali, le 02 février 2011

    Lali
    Un roman dont le personnage principal n'est ni Hugues Viane, ni son épouse disparue, ni son sosie dont il s'entiche, mais une ville, tel est le roman de l'écrivain belge Georges Rodenbach (1855-1898). Une ville : Bruges. Bruges où tout est mort, où tout s'enlise, Bruges la religieuse, Bruges à la fin du XIXe siècle, où chacun sait tout sur tout le monde et où le commérage va bon train.
    Bruges où s'est exilé Hugues Viane depuis son veuvage il y a cinq ans et où chaque jour il caresse du bout des doigts ce qui a appartenu à l'aimée. Bruges dont il parcourt chaque soir les rues. Bruges où le temps semblait s'être arrêté, Bruges où il n'y avait que le passé et plus d'avenir, Bruges où il s'éteignait dans la nostalgie. Bruges où, au détour d'une de ses promenades, il croisera Jane, dont tout lui rappelle ce qu'il a perdu. Tant et si bien qu'elle l'obsédera jusqu'à ce qu'il la retrouve. Non pas pour effacer le passé, mais pour le prolonger. Car à ses yeux aimer Jane n'est pas trahir dix ans d'amour ni celle qui les lui a donnés mais bien l'occasion d'aimer encore pas tout à fait la même, mais pas tout à fait une autre.
    Mais Jane n'est pas celle qu'il a épousée. Et s'il en a fait sa maîtresse en l'installant dans une maison à l'autre bout de la ville, c'est justement pour ne pas qu'elle entre tout à fait dans sa vie, pour ne pas qu'elle remplace celle qu'il a perdue. Et plus il se rend compte des différences qui existent entre les deux femmes, plus il se sentira trahi. Et plus Bruges le prendra dans ses bras, lui fera comprendre son erreur d'un lieu de pèlerinage à un autre, là où il trouve refuge alors que sa vie se désagrège sous le poids des regards, celui de Jane, le sien, et de tous les autres dont il voudrait bien se cacher.
    C'est Jane elle-même qui signera sa fin. Inconsciente. Dans un geste qui ne pouvait qu'en attirer un autre.
    Un roman puissant qui a inspiré en 1920 au compositeur autrichien Erich Wolfgang Korngold l'opéra Die tote Stadt (La ville morte), qui connut un succès dès sa parution en feuilleton et qui fit de Georges Rodenbach le premier écrivain belge à réussir dans la capitale française, lequel vous pourrez apprendre à connaître davantage en visitant le site qui lui est consacré. Un roman marquant de la littérature belge et à juste titre considéré comme un chef-d'œuvre du symbolisme.

    Lien : http://lalitoutsimplement.com/?p=36888
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 30 décembre 2010

    Dans l'atmosphère muette des eaux et des rues inanimées, Hugues avait moins senti la souffrance de son coeur, il avait pensé plus doucement à la morte. Il l'avait mieux revue, mieux entendue, retrouvant au fil des canaux son visage d'Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons.

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

    Ce soir-là, plus que jamais, tandis qu'il cheminait au hasard, le noir souvenir le hanta, émergea de dessous les ponts où pleurent les visages de sources invisibles. Une impression mortuaire émanait des logis clos, des
    vitres comme des yeux brouillés d'agonie, des pignons décalquant dans l'eau des escaliers de crêpe. Il longea le Quai Vert, le Quai du Miroir, s'éloigna vers le Pont du Moulin, les banlieues tristes bordées de peupliers. Et partout, sur sa tête, l'égouttement froid, les petites notes salées des cloches de paroisse, projetées comme d'un goupillon pour quelque absoute.
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  • Par Orphea, le 10 juin 2010

    Le jour déclinait, assombrissant les corridors de la grande demeure silencieuse mettant des écrans de crêpe aux vitres. Hugues Viane se disposa à sortir, comme il en avait l'habitude quotidienne à la fin des après-midi. Inoccupé, solitaire, il passait toute la journée dans sa chambre, une vaste pièce au premier étage, dont les fenêtres donnaient sur le quai du Rosaire, au long duquel s'alignait sa maison, mirée dans l'eau.
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  • Par Orphea, le 13 février 2009

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

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  • Par sentinelle, le 30 décembre 2010

    Des rues, portant des noms de saintes ou de bienheureux, tournent, obliquent, s'enchevêtrent, s'allongent, formant un hameau du moyen âge, une petite ville à part dans l'autre ville, plus morte encore. Si vide, si muette, d'un silence si contagieux qu'on y marche doucement, qu'on y parle bas, comme dans un domaine où il y a un malade.

    Si par hasard quelque passant approche, et fait du bruit, on a l'impression d'une chose anormale et sacrilège.

    Seules quelques béguines peuvent logiquement circuler là, à pas frôlants, dans cette atmosphère éteinte; car elles ont moins l'air de marcher que de glisser, et ce sont plutôt des cygnes, les soeurs des cygnes blancs des longs canaux.
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  • Par Orphea, le 17 mai 2009

    Voilà cinq ans qu'il vivait ainsi, depuis qu'il était venu se fixer à Bruges, au lendemain de la mort de sa femme. Cinq ans déjà ! Et il se répétait à lui-même : "Veuf ! Être veuf ! Je suis le veuf ! " Mot irrémédiable et bref ! d'une seule syllabe, sans écho. Mot impair et qui désigne bien l'être dépareillé.

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