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> Jean-Pierre Bertrand (Éditeur scientifique)
> Daniel Grojnowski (Éditeur scientifique)

ISBN : 2080710117
Éditeur : Flammarion (1998)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 125 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Hugues Viane ne se console pas de la disparition de sa femme. Il s'est réfugié à Bruges dont l'eau stagnante des canaux convient à son deuil. Il erre dans le labyrinthe des rues, croise une inconnue dont la silhouette, la démarche, le visage le frappent de stupeur : " A... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par cmpf, le 07 mai 2015

    cmpf
    Est-ce la voix envoûtante de la lectrice ? La poésie de cette prose ? Sans doute l'alliage des deux qui ont fait de l'écoute de ce texte un voyage onirique dans Bruges-la-morte.
    Bruges, la grise, que Hugues Viane a choisie après son veuvage, afin que le décor de sa vie et la couleur de son âme soient en harmonie. Lui qui « avait connu l'amour dans le luxe, les loisirs, le voyage, les pays neufs renouvelant l'idylle. Non seulement le délice paisible d'une vie conjugale exemplaire, mais la passion intacte, la fièvre continuée, le baiser à peine assagi, l'accord des âmes, distantes et jointes pourtant, comme les quais parallèles d'un canal qui mêle leurs deux reflets. »
    Respectueusement il garde, osant à peine y toucher, les objets lui rappelant son amour, et surtout une tresse de cheveux couleur d'ambre. Mais son culte va jusqu'à suivre et bientôt fréquenter une femme, une silhouette d'abord aperçue dans la rue et qui ressemble tant à la femme aimée.
    « En regardant Jane, Hugues songeait à la morte, aux baisers, aux enlacements de naguère. Il croirait reposséder l'autre, en possédant celle-ci. Ce qui paraissait fini à jamais allait recommencer. Et il ne tromperait même pas l'Épouse, puisque c'est elle encore qu'il aimerait dans cette effigie et qu'il baiserait sur cette bouche telle que la sienne. »
    Pourra-t-elle se substituer à la défunte ?

    Challenge 19ème siècle
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    • Livres 5.00/5
    Par dourvach, le 20 juin 2015

    dourvach
    Georges Rodenbach (1855-1898) a, au fond, peut-être écrit le premier roman de Georges Simenon (1903-1989)... Certes, "Bruges-la-morte" fut publiée dès 1892 !
    Mais, bon sang, nous reconnaîtrions presque tous les errements du "Baas" -- le pauvre et si digne Joris Terlinck, héros pathétique en "Le Bourgmestre de Furnes", qui fut en 1939 l'un des sommets littéraires de notre grand Liégeois universel.
    Et l'on songe également aux charmes mortifères des canaux -- également simenoniens -- de "Chez Krull" (1939, toujours) ou encore aux eaux mortes du "Maigret" précurseur de... "Chez les Flamands" (1932).
    Ce qui ne gâte rien : l'intemporalité de l'écriture de "Bruges-la-morte", des (fantômes de) personnages et des "décors architecturaux et aquatiques" (assoupis ou défunts), par eux traversés, tout comme les siècles... Bruges, cette "perle" du commerce hanséatique (la "Ligue de la Hanse" germanique ou teutonne, presque immémoriale, son esprit rigide et pragmatique toujours vivant...), la mer retirée...
    Le pont des Béguines, la Porte Dorée, le Quai du Rosier, le Béguinage... le son assourdi des carillons des Beffrois... Les parcours vespéraux "circulaires" du veuf Hugues Viane... Sa morte ressuscitée en Jane Scott, la danseuse...
    Bref, quel bonheur de lecture !!!
    Chef d'oeuvre dit "symboliste" toujours vivant, à la poétique intacte et aux beaux mystères insubmersibles...
    Et puis l'on relit en préface -- sans doute avec un rien de cruauté rétrospective -- les imbécillités proférées à propos de photographie... par le grand "Je-Sais-Tout" de l'époque, un certain Emile Zola, s'attaquant méchamment à l'oeuvre [qui s'inspirait de techniques photographiques] du grand et modeste Gustave Callebotte, et à sa vision grand-angulaire et transcendentale du pavé parisien... Zola condamnant tranquillement en ses peintures "la photographie de la réalité qui n'est pas marquée du sceau original du talent" ...
    Les 35 photographies noir-et-blanc -- contemporaines de la première publication -- ponctuant le roman (au suspense poétique palpitant) de RODENBACH sont évidemment -- de par leurs merveilleux silences -- un poétique et immortel démenti à tant d'aveuglement et de fatuité '"d'époque"...
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    • Livres 3.00/5
    Par Christw, le 09 octobre 2012

    Christw
    Le poète symboliste Georges Rodenbach aurait sans doute été surpris de nous suivre dans les rues de Bruges en ce dernier dimanche d'été. Des trottoirs si bondés qu'il fallait éviter l'accrochage avec les calèches de touristes, le rythme ahurissant des bateaux cartes postales et la quête lassante d'une place libre aux terrasses bourdonnantes des tavernes... Guère d'austérité intimidante à l'ombre des hautes tours qui sauvaient plutôt des rayons d'un soleil meurtrier. Loin d'une ville éteinte dans la méditation, c'était une ville en commerce.
    J'ai imaginé apercevoir la démarche somnambule de Hugues à la recherche désespérée de sa disparue, la gouvernante Barbe (saveur de ces horribles vieux prénoms !) en mante noire filant aux vêpres, la silhouette évanescente d'un fantôme blond qui serait Jane.... Juste des excursionnistes heureux, curieux, avec des allures d'insouciance sans nuage.

    Les êtres de ce conte gardent en moi une telle présence, confuse mais forte, qu'en débouchant dans le vieux béguinage, j'ai songé que s'y trouverait au milieu ce mouton comme "dans une prairie de Jean van Eyck"... C'était donc là que vivait soeur Rosalie, la seule parente de Barbe; là aussi que celle-ci accourut le coeur en fête en un Pâques lumineux, pour y vivre ses rares joies autour des offices.

    Ah bien sûr, l'écriture est vieillotte, et c'est mortuaire. Mais l'atmosphère persiste. le symboliste a réussi son alchimie, malgré l'irrémédiable vieillissement du texte.

    Marqué par ce récit, l'ayant écouté sur MP3 l'hiver passé comme un feuilleton (est-ce pour cela que les cloches monotones continuent à résonner en moi ?), j'ai accueilli avec plaisir l'initiative des éditions ONLIT de publier ce classique en numérique. Il accompagne quatre autres romans belges du 19ème siècle dont "Un mâle" du trop peu reconnu brabançon Camille Lemonnier qu'apprécia Maupassant et la très traduite "Légende d'Ulenspiege"l (700 pages) de Charles de Coster. Ajoutez-y André Baillon et Verhaeren. Malgré des ebooks résolument tournés vers le contemporain, l'édition numérique belge veut néanmoins ratisser large en cette rentrée.

    Pour se montrer constructif, au chapitre des regrets, l'absence d'images: l'introduction de Rodenbach annonce des illustrations intercalées entre les pages qui ne figurent pas dans la version numérique. Légère frustration mais, comme pour les renvois automatiques de notes, on attendra l'évolution des formats et des logiciels.

    Le récit (publié d'abord en feuilleton en 1892) est celui d'un veuf inconsolable dont l'épouse morte réapparaît soudain dans les rues de Bruges, sous la forme d'un sosie de la bien-aimée. Confronté à cette ressemblance qui l'aveugle et le grise jusqu'au scandale, l'homme se heurte à sa gouvernante pieuse, aux brugeois médisants mais aussi à la véritable nature de la remplaçante. le drame peut se jouer sous les cieux bas et les dentelles de pierre de la Venise flamande.

    Lisez cet ancien conte, vous retournerez peut-être à Bruges avec d'autres yeux...

    Lu en numérique au format ePub, dans le cadre du club des lecteurs numériques.
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    • Livres 4.00/5
    Par Orphea, le 22 février 2009

    Orphea
    Bruges-la-Morte est le premier roman photographique ( à ne pas confondre avec le roman-photo, rien à voir !!) de la littérature, environ trente ans avant Nadja d'André Breton. Cette oeuvre suscita de nombreuses controverses dans les milieux littéraires à cause de l'insertion de photos, ce qui en faisait un hybride. Mais peut-on parler de roman pour cette oeuvre, assez courte pour être une nouvelle, dont l'écriture est très poétique?
    Rodenbach fait appel au topos de la chère disparue, la femme défunte et adorée.
    Hugues, le personnage, s'enferme dans son deuil et ses habitudes : il voue un véritable culte à la morte, allant jusqu'à se recueillir devant sa chevelure qu'il a soigneusement conservée.
    Il assimile son chagrin et son deuil au paysage de la ville de Bruges. Lors d'une de ses promenades quotidiennes, Hugues croise une femme ressemblant à son épouse décédée. le trouble l'envahit, Elle deviendra son obsession.
    De nombreuses références intertextuelles : "La chevelure" De Maupassant, le topos de la passante, Baudelaire ("A une passante") , "El desdichado" De Nerval, etc.
    En bref, une oeuvre littéraire très riche, bourrée de références, dont la poésie m'a plu.
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  • Par hermant_martine, le 04 décembre 2012

    hermant_martine
    J'ai aimé ce long cheminement du personnage, cheminement de son deuil, cheminement de l'amour perdu et cru retrouvé, cheminement dans les rues de Bruges, ville écrin et vivante à l'unisson, en symbiose avec la désespérance du veuf ... C'est admirablement bien écrit, éclairé d'images poétiques, justes, superbement évocatrices et de réflexions subtiles. Il faut dire que le sujet de l'amour survivant à la mort, ainsi que les références à d'autres récits d'élection, ne pouvaient que se trouver en résonance avec mes affinités. Et comment ne pas se délecter dans la façon dont l'histoire s'effile, tel un poème symphonique tant la langue est musicale, avec juste ce qu'il faut d'ironie dans l'observation des situations et des êtres... jusqu'au dénouement si implacablement romantique ?
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Citations et extraits

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  • Par cmpf, le 07 mai 2015

    Mélancolie de ce gris des rues de Bruges où tous les jours ont l’air de la Toussaint ! Ce gris comme fait avec le blanc des coiffes de religieuses et le noir des soutanes de prêtres, d’un passage incessant ici et contagieux. Mystère de ce gris, d’un demi-deuil éternel !
    Car partout les façades, au long des rues, se nuancent à l’infini : les unes sont d’un badigeon vert pâle ou de briques fanées rejointoyées de blanc ; mais, tout à côté, d’autres sont noires, fusains sévères, eaux-fortes brûlées dont les encres y remédient, compensent les tons voisins un peu clairs ; et, de l’ensemble, c’est quand même du gris qui émane, flotte, se propage au fil des murs alignés comme des quais.
    Le chant des cloches aussi s’imaginerait plutôt noir ; or, ouaté, fondu dans l’espace, il arrive en une rumeur également grise qui traîne, ricoche, ondule sur l’eau des canaux.
    Et cette eau elle-même, malgré tant de reflets : coins de ciel bleu, tuiles des toits, neige des cygnes voguant, verdure des peupliers du bord, s’unifie en chemins de silence incolores.
    Il y a là, par un miracle du climat, une pénétration réciproque, on ne sait quelle chimie de l’atmosphère qui neutralise les couleurs trop vives, les ramène à une unité de songe, à un amalgame de somnolence plutôt grise.
    C’est comme si la brume fréquente, la lumière voilée des ciels du Nord, le granit des quais, les pluies incessantes, le passage des cloches eussent influencé, par leur alliage, la couleur de l’air — et aussi, en cette ville âgée, la cendre morte du temps, la poussière du sablier des Années accumulant, sur tout, son œuvre silencieuse.
    Voilà pourquoi Hugues avait voulu se retirer là, pour sentir ses dernières énergies imperceptiblement et sûrement s’ensabler, s’enliser sous cette petite poussière d’éternité qui lui ferait aussi une âme grise, de la couleur de la ville !


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  • Par dourvach, le 28 mai 2015

    Dans l'atmosphère muette des eaux et des rues inanimées, Hugues avait moins senti la souffrance de son coeur, il avait pensé plus doucement à la morte. Il l'avait mieux revue, mieux entendue ; retrouvant au fil des canaux son visage d'Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons.

    [Georges RODENBACH, "Bruges-la-Morte", 1892 : chapitre II -- page 69 de l'édition de poche Garnier-Flammarion, 1998]
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  • Par SylvieDeSaintPhalle, le 03 juin 2015

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

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  • Par Catherine3, le 06 juin 2015

    L'amour, comme la foi, s'entretient par de petites pratiques. Or, un jour, une envie étrange lui traversa l'esprit, qui aussitôt le hanta jusqu'à l'accomplissement: voir Jane avec une de ces robes, habillée comme la morte l'avait été.
    Elle déjà si ressemblante, ajoutant à l'identité de son visage l'identité d'un de ces costumes qu'il avait vus naguère adaptés à une taille toute pareille. Ce serait plus encore sa femme revenue.
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  • Par Orphea, le 13 février 2009

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

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