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> Jean-Pierre Bertrand (Éditeur scientifique)
> Daniel Grojnowski (Éditeur scientifique)

ISBN : 2080710117
Éditeur : Flammarion (1998)


Note moyenne : 3.64/5 (sur 90 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Parmi les canaux blêmes de l'ancien port figé dans des eaux sépulcrales, le roman se joue entre des reflets : celui d'une femme que Hugues Viane a passionnément aimée, celui d'une morte dont il croit retrouver l'image chez une vivante. Récit fétichiste, où toute la sémi... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Christw, le 09 octobre 2012

    Christw
    Le poète symboliste Georges Rodenbach aurait sans doute été surpris de nous suivre dans les rues de Bruges en ce dernier dimanche d'été. Des trottoirs si bondés qu'il fallait éviter l'accrochage avec les calèches de touristes, le rythme ahurissant des bateaux cartes postales et la quête lassante d'une place libre aux terrasses bourdonnantes des tavernes... Guère d'austérité intimidante à l'ombre des hautes tours qui sauvaient plutôt des rayons d'un soleil meurtrier. Loin d'une ville éteinte dans la méditation, c'était une ville en commerce.
    J'ai imaginé apercevoir la démarche somnambule de Hugues à la recherche désespérée de sa disparue, la gouvernante Barbe (saveur de ces horribles vieux prénoms !) en mante noire filant aux vêpres, la silhouette évanescente d'un fantôme blond qui serait Jane.... Juste des excursionnistes heureux, curieux, avec des allures d'insouciance sans nuage.

    Les êtres de ce conte gardent en moi une telle présence, confuse mais forte, qu'en débouchant dans le vieux béguinage, j'ai songé que s'y trouverait au milieu ce mouton comme "dans une prairie de Jean van Eyck"... C'était donc là que vivait sœur Rosalie, la seule parente de Barbe; là aussi que celle-ci accourut le cœur en fête en un Pâques lumineux, pour y vivre ses rares joies autour des offices.

    Ah bien sûr, l'écriture est vieillotte, et c'est mortuaire. Mais l'atmosphère persiste. le symboliste a réussi son alchimie, malgré l'irrémédiable vieillissement du texte.

    Marqué par ce récit, l'ayant écouté sur MP3 l'hiver passé comme un feuilleton (est-ce pour cela que les cloches monotones continuent à résonner en moi ?), j'ai accueilli avec plaisir l'initiative des éditions ONLIT de publier ce classique en numérique. Il accompagne quatre autres romans belges du 19ème siècle dont "Un mâle" du trop peu reconnu brabançon Camille Lemonnier qu'apprécia Maupassant et la très traduite "Légende d'Ulenspiege"l (700 pages) de Charles de Coster. Ajoutez-y André Baillon et Verhaeren. Malgré des ebooks résolument tournés vers le contemporain, l'édition numérique belge veut néanmoins ratisser large en cette rentrée.

    Pour se montrer constructif, au chapitre des regrets, l'absence d'images: l'introduction de Rodenbach annonce des illustrations intercalées entre les pages qui ne figurent pas dans la version numérique. Légère frustration mais, comme pour les renvois automatiques de notes, on attendra l'évolution des formats et des logiciels.

    Le récit (publié d'abord en feuilleton en 1892) est celui d'un veuf inconsolable dont l'épouse morte réapparaît soudain dans les rues de Bruges, sous la forme d'un sosie de la bien-aimée. Confronté à cette ressemblance qui l'aveugle et le grise jusqu'au scandale, l'homme se heurte à sa gouvernante pieuse, aux brugeois médisants mais aussi à la véritable nature de la remplaçante. le drame peut se jouer sous les cieux bas et les dentelles de pierre de la Venise flamande.

    Lisez cet ancien conte, vous retournerez peut-être à Bruges avec d'autres yeux...

    Lu en numérique au format ePub, dans le cadre du club des lecteurs numériques.
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    • Livres 4.00/5
    Par Orphea, le 22 février 2009

    Orphea
    Bruges-la-morte est le premier roman photographique ( à ne pas confondre avec le roman-photo, rien à voir !!) de la littérature, environ trente ans avant Nadja d'André Breton. Cette œuvre suscita de nombreuses controverses dans les milieux littéraires à cause de l'insertion de photos, ce qui en faisait un hybride. Mais peut-on parler de roman pour cette œuvre, assez courte pour être une nouvelle, dont l'écriture est très poétique?
    Rodenbach fait appel au topos de la chère disparue, la femme défunte et adorée.
    Hugues, le personnage, s'enferme dans son deuil et ses habitudes, il voue un véritable culte à la morte, allant jusqu'à se recueillir devant sa chevelure qu'il a soigneusement conservée.
    Il assimile son chagrin et son deuil au paysage de la ville de Bruges. Lors d'une de ses promenades quotidiennes, Hugues croise une femme ressemblant à son épouse décédée. le trouble l'envahit, Elle deviendra son obsession.
    De nombreuses références intertextuelles : "La chevelure" De Maupassant, le topos de la passante, Baudelaire ("A une passante") , "El desdichado" De Nerval, etc.
    En bref, une œuvre littéraire très riche dont la poésie m'a plu.
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  • Par hermant_martine, le 04 décembre 2012

    hermant_martine
    J'ai aimé ce long cheminement du personnage, cheminement de son deuil, cheminement de l'amour perdu et cru retrouvé, cheminement dans les rues de Bruges, ville écrin et vivante à l'unisson, en symbiose avec la désespérance du veuf ... C'est admirablement bien écrit, éclairé d'images poétiques, justes, superbement évocatrices et de réflexions subtiles. Il faut dire que le sujet de l'amour survivant à la mort, ainsi que les références à d'autres récits d'élection, ne pouvaient que se trouver en résonance avec mes affinités. Et comment ne pas se délecter dans la façon dont l'histoire s'effile, tel un poème symphonique tant la langue est musicale, avec juste ce qu'il faut d'ironie dans l'observation des situations et des êtres... jusqu'au dénouement si implacablement romantique ?
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    • Livres 4.00/5
    Par Cath36, le 24 mars 2014

    Cath36
    Ce texte charmant et mélancolique à l'écriture un peu surrannée me fait penser à une vieille dame en crêpe et en dentelles sur fond de robe noire qui, telle Bruges en ses rues, nous raconterait à travers les méandres de ses souvenirs l'histoire d'un amour mort qui finira mal à trop vouloir en entretenir la mémoire en confondant passé et présent, réalité et imaginaire.
    Jolie promenade au coeur de Bruges, ce récit nous plonge dans l'essence d'une ville qui, pour être devenue très touristique n'en demeure pas moins profondément authentique, et garde de son passé la beauté et l'austérité d'une ville du nord, entre nostalgie et présence d'un passé relativement ancien mais qui semble si proche. Bel écrin pour une histoire d'amour tragique, Bruges-la-morte porte l'écriture infiniment poétique de Rodenbach comme une partition la musique, et nous emmène au coeur de ce qui ne reviendra plus mais ne s'oubliera pas.
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    • Livres 4.00/5
    Par Darkcook, le 03 septembre 2013

    Darkcook
    Recommandé par un pote aussi voire encore plus amateur du XIXème siècle, LE siècle de la littérature comme le dit Babelio, que moi, Bruges-la-morte est typiquement l'oeuvre faite pour moi : un veuf exilé dans son deuil, en proie à l'éternelle mélancolie, l'apitoiement quotidien, qui tombe un jour, au détour des ruelles où il noie sa peine, miracle, sur le sosie de sa bien-aimée, qui l'obsède dès lors... Ce scénario vous rappelle quelque chose? C'est bien normal, pas mal d'oeuvres l'ont repris, du roman dont est inspiré Sueurs froides d'Hitchcock, jusqu'à... un épisode de la série Highlander que j'avais vu quand j'étais petit!
    Comme le disent les commentaires de l'édition Garnier Flammarion, la ville de Bruges est un personnage à part entière. Elle incarne dans son entier le deuil du protagoniste, ville qui pleure, ville grise. Elle est également le reflet de la Morte, comme il l'appelera tout le temps, sa douce défunte, d'où le titre... Puis, lorsqu'il commence à faire honte à sa mémoire en fréquentant Jane comme substitut et palliatif à son irrémédiable absence, le corps religieux chrétien de Bruges prendra de plus en plus d'importance, en accord avec l'aggravation de son péché, jusqu'à la toute fin... Roman symboliste donc, où chaque image a son importance, reflet des états d'âme du personnage. Jane a beau ressembler à la Morte, elle est une actrice, ses cheveux sont teints, faits très importants, qui ajoutent au simulacre peu à peu ressenti par le personnage d'Hugues Viane... La salle, chez lui, où il garde sous verre, la chevelure de feu son amour, est une merveille du romantisme qui ravira les amateurs comme moi, et fera sans doute immédiatement songer à La Belle et la Bête de Disney avec la rose!
    Et c'est cette tresse, relique sacrée, qui deviendra à la fin l'instrument de la tragédie dans un dénouement tout de même inattendu. Personnellement, je pensais qu'elle tomberait en poussière au moment où Hugues accomplirait le péché suprême avec Jane, mais c'est encore autre chose...
    Très beau roman (photo en plus, le premier de l'Histoire, si je ne m'abuse, les images de Bruges renforçant l'ambiance de tourment mélancolique) du XIXème, avec tout ce que l'on aime d'enflammé et de poignant dans ce magnifique siècle. Seul regret : la trop forte présence de l'isotopie et des références chrétiennes, parfois inutiles, et pénibles quand on est pas versé dans cette religion. Notre-Dame de Paris d'Hugo, chef d'oeuvre incontestable, avait réussi le tour de force de ne pas agacer le lecteur d'un torrent de chrétienté alors que le poids de l'instance religieuse comme patronne de la tragédie, comme il se doit, était bel et bien ressenti dans le roman, et pesait lourd de sa menace.... Rodenbach n'a pas réussi à atteindre le juste milieu. Les passages avec Barbe, domestique pieuse, vous irriteront, sauf si vraiment, vous avez l'amour des rites et cultes chrétiens et des napperons...
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Citations et extraits

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  • Par sentinelle, le 30 décembre 2010

    Dans l'atmosphère muette des eaux et des rues inanimées, Hugues avait moins senti la souffrance de son coeur, il avait pensé plus doucement à la morte. Il l'avait mieux revue, mieux entendue, retrouvant au fil des canaux son visage d'Ophélie en allée, écoutant sa voix dans la chanson grêle et lointaine des carillons.

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

    Ce soir-là, plus que jamais, tandis qu'il cheminait au hasard, le noir souvenir le hanta, émergea de dessous les ponts où pleurent les visages de sources invisibles. Une impression mortuaire émanait des logis clos, des
    vitres comme des yeux brouillés d'agonie, des pignons décalquant dans l'eau des escaliers de crêpe. Il longea le Quai Vert, le Quai du Miroir, s'éloigna vers le Pont du Moulin, les banlieues tristes bordées de peupliers. Et partout, sur sa tête, l'égouttement froid, les petites notes salées des cloches de paroisse, projetées comme d'un goupillon pour quelque absoute.
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  • Par sentinelle, le 30 décembre 2010

    Des rues, portant des noms de saintes ou de bienheureux, tournent, obliquent, s'enchevêtrent, s'allongent, formant un hameau du moyen âge, une petite ville à part dans l'autre ville, plus morte encore. Si vide, si muette, d'un silence si contagieux qu'on y marche doucement, qu'on y parle bas, comme dans un domaine où il y a un malade.

    Si par hasard quelque passant approche, et fait du bruit, on a l'impression d'une chose anormale et sacrilège.

    Seules quelques béguines peuvent logiquement circuler là, à pas frôlants, dans cette atmosphère éteinte; car elles ont moins l'air de marcher que de glisser, et ce sont plutôt des cygnes, les soeurs des cygnes blancs des longs canaux.
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  • Par Orphea, le 10 juin 2010

    Le jour déclinait, assombrissant les corridors de la grande demeure silencieuse mettant des écrans de crêpe aux vitres. Hugues Viane se disposa à sortir, comme il en avait l'habitude quotidienne à la fin des après-midi. Inoccupé, solitaire, il passait toute la journée dans sa chambre, une vaste pièce au premier étage, dont les fenêtres donnaient sur le quai du Rosaire, au long duquel s'alignait sa maison, mirée dans l'eau.
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  • Par Orphea, le 13 février 2009

    La ville, elle aussi, aimée et belle jadis, incarnait de la sorte ses regrets. Bruges était sa morte. Et sa morte était Bruges. Tout s'unifiait en une destinée pareille. C'était Bruges-la-Morte, elle-même mise au tombeau de ses quais de pierre, avec les artères froidies de ses canaux, quand avait cessé d'y battre la grande pulsation de la mer.

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  • Par Kashima, le 08 juillet 2013

    Comme la journée avait mal commencé! On dirait que les projets de joie sont un défi. Trop longuement préparés, ils laissent le temps à la destinée de changer les œufs dans le nid, et ce sont des chagrins qu’il nous faudra couver.

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