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Par Folfaerie, le 30/01/2011
La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Nous autres Américains, nous aimons ajouter, remplir, comme si ce que nous avons, ce que nous sommes n'était pas suffisant. Nous avons tendance à le nier, et pourtant malgré toute notre richesse, nous ne nous reconnaissons plus dans nos biens matériels. Il suffit de regarder nos maisons pour constater que nous construisons contre l'espace, de même que nous buvons contre la souffrance et la solitude. Nous remplissons l'espace comme si c'était une coquille vide, avec des choses dont l'opacité nous empêche de voir ce qui est déjà là.
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Par Folfaerie, le 30/01/2011
La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
La nuit, au clair de lune, le pays est rayé d'argent - une crête, une rivière, un liseré de verdure qui s'étend jusque dans la montagne, puis le vaste ciel. Un matin, j'ai vu une lune toute ronde à l'ouest, juste au moment où le soleil se levait. Et tandis que je chevauchais à travers un pré, je me suis sentie suspendue entre ces deux astres, dans un équilibre précaire. Pendant un moment, il m'a semblé que les étoiles, qu'on voyait encore, tenaient ensemble toutes choses comme des cercles de tonnelier.'
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Parce que ces hommes travaillent avec des animaux, pas des machines ni des numéros, parce qu'ils vivent en plein air dans des paysages d'une beauté torrentielle, parce qu'ils sont assignés à un lieu et un quotidien embellis par d'impressionnants impondérables, parce que des veaux naissent et meurent dans leurs mains, parce qu'ils vont dans la montagne comme des pèlerins pour connaître le secret des wapitis, leur force est aussi de la douceur, leur dureté, une rare délicatesse.
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Le mutisme de l'animal a les qualités purifiantes de l'espace : nous délaissons nos séduisantes spéculations intellectuelles par lesquelles nous mesurons l'ampleur de nos misères pour réagir dans des situations d'urgence. L'animal nous rattache au présent ; à ce que nous sommes à cet instant précis, pas à notre passé ni à ce que nous valons aux yeux de notre banquier. Ce qui apparait clairement à l'animal, ce ne sont pas les fioritures qui étoffent notre curriculum vitae affectif, mais ce qui en nous est le fleuve et le lit : agressivité, peur, insécurité, bonheur ou sérénité. Parce qu'ils ont la capacité de déchiffrer nos tics et odeurs, nous leur sommes transparents et, ainsi exposés, nous sommes enfin nous-mêmes.
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
A vivre et à travailler dans ces grands espaces, où la vue porte à l'infini, on finit par perdre ses repères. Un berger à qui j'avais demandé de me décrire le Wyoming, m'a répondu : C'est pas grand-chose rien que du vent et des serpents si bien qu'à force tu sais plus ni d'où tu viens, ni où tu vas... et ma foi, ça ne fait pas de différence...
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Garder les moutons, c'est découvrir un nouveau régime humain, intermédiaire entre la seconde et la marche arrière - un pas vif et ferme sans précipitation. Pas de chair superflue à ces journées. Mais le déplacement constant du troupeau de point d'eau en point d'eau, de camp en camp, devient une forme de quête. La quête de quoi ?
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Par le_Bison, le 31/01/2012
La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
’ai passé des heures dans un pick-up qui montait à un campement, à l’aube, sans qu’aucune parole ne soit échangée ; j’ai connu des repas où les seuls mots prononcées étaient : « Merci, m’dame » marmonnés à la fin du dîner. Le silence est profond. Plutôt que des paroles, c’était un regard que l’on partage. Observé avec intensité, le monde se transforme. Le paysage fourmille de détails, et sur le fond de ce décor, le moindre geste se détache avec une précision presque douloureuse. L’atmosphère entre les gens est tendue. Les jours se déroulent, baignés de leur propre musique. Les nuits deviennent hallucinations, les rêves des prémonitions.
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Pour être dur, il faut être fragile. La douceur est la vraie pugnacité.
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
La vraie consolation, c'est qu'il n'y a nulle part de consolation. Nulle part, c'est-à-dire partout.
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La consolation des grands espaces de
Gretel Ehrlich
Il n'y a rien de plus fragile qu'une femme, si ce n'est un homme.