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Par Thyuig, le 05/07/2010
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
Je n'ai jamais aimé la mer
Croyez-moi, les paltoquets qui se gargarisent sur la beauté des flots, ils n'ont jamais posé le pied sur une galère. La mer, ça secoue comme une rosse mal débourrée, ça crache et ça gifle comme une catin acariâtre, ça se soulève et ça retombe comme un tombereau sur une ornière ; et c'est plus gras et plus limoneux que le pot d'aisance de feu ma grand-maman. Beauté des horizons changeants et souffle du grand large ? Foutaises ! La mer, c'est votre cuite la plus calamiteuse, en pire et sans l'ivresse
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Par Walktapus, le 31/12/2009
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
Dans le milieu de la grande truanderie, Rosso Dagarella était ce qu'on appelle un lézard. Le lézard est un expert de la poudre aux yeux, de l'infiltration, de l'imposture. C'est un spécialiste de la mue, un champion de l'incognito, un virtuose du ni vu ni connu. Qu'on n'aille pas imaginer je ne sais quel cabotin qui aime se déguiser comme un pitre de carnaval : le lézard serait plutôt tout le contraire. Ce jour-là, Rosso Dagarella portait un vêtement assez commun, mais de bonne coupe, qui aurait pu habiller un bourgeois modeste ou un maître artisan. Tout son art tenait dans son sens du mimétisme : un lézard ne se cache pas, ne se masque pas, ne se livre pas à un stupide jeu d'acteur. Il sait juste adopter avec naturel les attitudes et les comportements de l'humanité ordinaire ; il se contente d'emprunter tous les gestes, tous les accents, toutes les allures, sans jamais appuyer ou surjouer. Il adhère simplement à la normalité des pigeons qu'il veut plumer et des limiers qu'il veut semer. La meilleure planque d'un lézard, c'est la cohue des marchés, c'est la ferveur des processions, c'est le tourbillon frôleur des bals. Il est toujours juste là où on ne le cherche pas, un peu à côté, presque sous vos yeux. Qu'il ait un cave à lessiver ou un ennemi à éviter, il le colle généralement de si près qu'il demeure inaperçu. Il rôde aux lisières de son entourage : dans la domesticité des amis du client, dans les buveurs qui trinquent avec ses hommes de main, dans les messagers qui portent son courrier. Il s'expose avec une insolence si tranquille qu'il reste toujours couvert.
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Par Radicale, le 09/08/2010
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
Le gonfalonier Velado Fruga nous faisait son rapport avec un laconisme très militaire. Mais s'il passait sur les détails, j'avais une expérience suffisante de la guerre navale pour me représenter la réalité sordide de ce qui s'était passé au large de Cyparissa. J'imaginais très bien la lueur crue des incendies, l'odeur de poix et de bois carbonisé, le chaos qui s'empare de l'équipage, le sauve-qui-peut général par-dessus bord, les trois cents forçats enchainés de la chiourme qui hurlent dans le ventre du navire, avant de crever asphyxiés ou grillés vifs... Et puis se retrouver à l'eau, ballotté par une houle puissante entre l'épave en feu, les nappes de naphtes enflammées, les coques énormes des navires ennemis dont l'étrave menace de vous broyer les os. Et deviner autour de vous les compagnons qui se noient parce qu'ils ne savent pas nager, parce qu'ils sont trop grièvement brûlés ; et ceux, marins ou simples soldats, dont la vie ne vaut pas une poignée de jetons, que les janissaires laissent mourir d'épuisement, quand ils ne les achèvent pas à coup de rame sur le crâne... Et crier, lutter contre les vagues qui vous giflent la bouche et le nez, beugler le bras dressé au-dessus des flots, brailler que je suis patricien, que je suis capitaine, que je vaux mon poids de florins, dans l'espoir d'être sauvé par ceux-là mêmes qui m'ont jeté au bouillon, qui m'ont emporté la moitié de la gueule, qui massacrent mes hommes. Tout cela pour me retrouver à fond de cale, enchainé, moqué, frappé, et bienheureux si on n'oublie pas de m'apporter un godet d'eau croupie.
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Par balooo, le 06/06/2010
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
Même si le principal volet de ma mission était de délivrer un message, j'ai toujours un terrible scrupule à me montrer bavard. Bien sûr, je vois déjà mon aimable lecteur en train de ricaner sur mon compte, en se disant que pour un type taciturne, le Benvenuto a un sacré crachoir. Eh bien j'ai le regret de dire à mon aimable lecteur qu'il se fourre une phalange ou deux dans l'œil, en plus de risquer des ennuis s'il me croise au coin d'une rue. Je suis tout ce qu'on voudra, beau parleur, phraseur, cabotin, et même un peu éloquent si je m'oublie, oui madame, mais je ne suis pas bavard. Pas du tout. Le bavard est un imbécile qui parle sans réfléchir. Le bavard est un incontinent qui ne garde rien. C'est un panier percé qui ne se rend pas compte de la valeur de la parole.
Or, la parole, c'est de l'or. La parole, c'est du bien. La parole, c'est du fer, du poison, du baume. La parole, c'est du sexe, de la mémoire, de l'avenir. De la divinité. La preuve : je commence à l'échauffer un peu, l'aimable lecteur, non ? Il s'en tape pas mal, de mes distinguos diptérophiles ; il se contrefiche que je puisse le poinçonner, il n'y croit guère ; il se demande surtout quand je vais passer à la suite, lâcher le message du Podestat, comprendre le fin mot de l'affaire. La parole que je retiens a plus de poids, à ses yeux, que la possibilité d'avoir la déveine de tomber sur moi demain matin.
Tout est là.
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Par TwiTwi, le 05/05/2010
Janua Vera de
Jean-Philippe Jaworski
Que peut encore craindre un homme qui ne craint plus la mort ? Il est libre. Il est serein. Il est vivant. Quelle joie sauvage on doit ressentir alors, à maîtrise la bête, à se détacher de tout, à mépriser ce qui fait marcher le monde !
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Par TwiTwi, le 05/05/2010
Janua Vera de
Jean-Philippe Jaworski
La souffrance, l'effort, la pluie froide, et la pénombre hostile de la forêt finirent par se mêler en un long cauchemar. La jambe et le bras gauche du vieillard, qu'il maintenait contre sa poitrine, heurtaient avec une régularité obsessionnelle son ceinturon d'armes et ses hanches. La tête de Dugham roulait contre son cou, rendue poisseuse par la sueur et par le sang qui lui avait coulé le long de la nuque. Le vieillard devenait de plus en plus froid, et grelottait de façon pathétique. Il gémissait parfois au creux du cou de Cecht, et cette détresse chuchotée à l'oreille du grand guerrier lui glaçait les os.
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Par Tristram, le 17/09/2011
Janua Vera de
Jean-Philippe Jaworski
"Je m'appelle Benvuenuto. C'est un prénom qui me va mal. Je suis tueur à gage"
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Par TwiTwi, le 05/05/2010
Janua Vera de
Jean-Philippe Jaworski
Je m'appelle Benvenuto. C'est un prénom qui me va mal. Je suis tueur à gages.
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Par Ys, le 04/09/2011
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
Moi, je n'avais d'yeux que pour la ville.
Elégamment accolée à la côte mais corsetée en ses remparts dentelés, cambrée de toutes ses tours et de tous ses palais, Ciudalia trônait sur le bord du continent. Plus fière que jamais, elle faisait mentir tous les bruits de désastre. Il suffisait de la contempler, la garce splendide, serrée dans ses jupons de pierre et ses corsages de marbre, pour saisir le fin mot de la terrible affaire où nous sombrions tous. C'était une croqueuse d'hommes. (...) La catastrophe qui nous menaçait, ces émeutes dans le port, ces batailles rangés dans les rues, ces cadavres jetés au ruisseau, ces balcons transformés en gibets, ces clameurs de haine et ces odeurs de mort : tout cela était l'encens qui flattait la superbe de la vieille patrie. Il fallait qu'on crève pour complaire sa coquetterie. Elle empoisonnait ses propres enfants avec un amour dénaturé, elle semait en eux une jalousie et une concupiscence fratricides, elle ne les élevait dans le culte de sa propre beauté que pour mieux les dévorer.
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Par MarieC, le 31/10/2010
Gagner la Guerre de
Jean-Philippe Jaworski
A peine le temps de me pencher au-dessus du bastingage : mon dernier repas, arrosé de piquette, a jailli hors de mes lèvres. Il a suivi une trajectoire fétide avant de se perdre dans l'écume et les vagues. Encore convulsé par les hauts de coeur, j'ai essuyé les filaments baveux qui me poissaient le menton.