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Par nadejda, le 28/12/2011
Campagnes de
Jean Rolin
Comme chaque soir, Miro est sorti promener son chien noir, Lourie, une vieille chose toute pétante et baveuse que les explosions font couiner de frayeur. Exclusivement nourri, à cette époque, de maquereau portugais périmé que Miro reçoit au titre de l’aide humanitaire, Lourie a le souffle d’une hyène, et la nuit, quand il traque ses puces, il imprime un tel branle à son corps flasque, surchargé de peau et de plis, qu’il en tire des sonorités aquatiques, comme si, en train de se noyer, il se débattait furieusement dans l’eau d’une mare. Au demeurant, Lourie est une créature attachante, et sans lui, sans le grattement de ses griffes sur le plancher, sans les poils qu’il laisse en abondance sur tous les sièges, l’appartement perdrait une partie de son charme. p 117
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Par nadejda, le 28/12/2011
Campagnes de
Jean Rolin
Sitôt en ville nous nous sommes arrêtés pour boire un verre dans le premier café que nous ayons rencontré. Ce café n'avait pas de nom, ou du moins pas d'enseigne. Quelques tables étaient disposées en terrasse. A l'intérieur, des clients plutôt jeunes, aux allures d'étudiants, jouaient au billard sous un poster représentant Karl Marx à bicyclette (avec cette légende en français) : "Est-ce que l'avenir est déjà venu ?"
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Par nadejda, le 28/12/2011
Campagnes de
Jean Rolin
... on nous a collé dans la voiture deux soldats particulièrement repoussants, complètement saouls, dont l'un transportait un jerrican de vingt-cinq litres, en plastique, rempli d'un liquide jaunâtre que je présumais être de l'essence. Au bout de quelques kilomètres, comme l'imbécile fumait cigarette sur cigarette -- des miennes, naturellement --, je lui fis comprendre par gestes qu'il risquait de foutre le feu à la voiture, et là-dessus, grommelant, il déboucha le jerrican et me le colla sous le nez afin que je puisse vérifier qu'il s'agissait d'alcool de prune. rien ne prouve, d'ailleurs, que cet alcool de prune fût beaucoup moins inflammable que de l'essence.
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Par Lolokili, le 28/04/2012
Le ravissement de Britney Spears de
Jean Rolin
A l’intérieur même de la rame, je relevai celle-ci [inscription], qui témoignait d’une confiance limitée dans le bon sens de la clientèle hispanique : « Por favor, no descarge su pistola al aire este Año nuevo » (S’il vous plait, ne déchargez pas votre pistolet en l’air à l’occasion du Nouvel An).
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Par sarasvati, le 31/01/2011
La Clôture de
Jean Rolin
p.112/Un peu après 11 heures, à l'heure où le combat s'engage enfin, par une intense canonnade suivie d'assauts infructueux contre la ferme fortifiée d'Hougoumont, je décidai de faire mouvement vers la porte de la Chapelle. A mon avis, le grondement du périphérique offrait un équivalent acceptable des bruits de la bataille, et j'avais le sentiment qu'en explorant toutes les facettes de l'échangeur, qui en compte beaucoup, je parviendrais à dénicher un bout de terrain, si possible herbu, qui fût susceptible de jouer dans ma dramaturgie le rôle du plateau de Mont-Saint-Jean, sur lequel Wellington a solidement enraciné le centre de son dispositif.
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Par Lolokili, le 28/04/2012
Le ravissement de Britney Spears de
Jean Rolin
« Il n’y a que tes histoires qui parviennent à me faire dormir », me confie-t-il, à titre d’encouragement, même si je ne suis pas sûr de devoir prendre cela comme un compliment.
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Par sarasvati, le 08/04/2011
Journal de Gand aux Aléoutiennes de
Jean Rolin
p.23/On nous dit : les voyages, ah ! les voyages ! Et celui qui revient se donne l'air d'avoir beaucoup à dire. Mais sitôt que l'on a fait seul le tour d'une ville étrangère, que l'on a observé ce qui plus particulièrement y rendait les femmes attrayantes, s'étant heurté à cette vieille impossibilité de les aborder gracieusement, sans faire le sagouin, pour laquelle on se trouve ici, du moins, l'excuse de la langue, on tourne en rond, on s'assoit sur un banc, on essaie deux ou trois débits de boisson, on grimpe sur la hauteur, s'il s'en trouve une, on redescend, enfin c'est inouï ce que l'on peut s'emmerder. Pour peu que, comme ici, la ville au sortir de l'hiver frémisse de cette ferveur printanière si poignante dans les pays du Nord, il suffit que passe un souffle tiède et vous êtes soudain transi, empoisonné par cette douceur dont vous ne savez que faire, cette douceur qui vous poisse.
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Le ravissement de Britney Spears de
Jean Rolin
J'ai toujours eu un faible pour tout ce qui assure un service continu, tout ce qui préserve au cœur de la nuit une forme quelconque de vie, qu'il s'agisse d'un bar ou d'une chapelle consacrée à l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, même si j'ai fréquenté les premiers, il faut en convenir, plus assidûment que les secondes.
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Par sarasvati, le 17/04/2010
Zones de
Jean Rolin
p.32/ Assis sur les premières marches du monumental escalier de l'Arche, adossé à son pilier sud (ou plutôt à une infime partie de ce pilier), bien calé dans le marbre et saturé de blanc étincelant, exposé au soleil et rafraîchi par le vent, je regarde sur l'esplanade des mères de famille de diverses couleurs pousser dans des landaus trop lourds, à grandes roues, des kyrielles d'enfants promis à un avenir incertain, et dans le ciel des nuages se hâter d'un bord à l'autre de mon champ de vision (en gros de la tour Bull à la tour Worms), et pour la première fois au cours de ce voyage circulaire, qui se mord la queue - ce voyage sans destination - je me sens aussi bien, aussi lointain, aussi absent, aussi soulagé de mon bât que je pourrais l'être à Kowloon, par exemple, contemplant depuis l'embarcadère du Star Ferry les tours de Central District.
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Par Lolokili, le 28/04/2012
Le ravissement de Britney Spears de
Jean Rolin
Beaucoup de nos agents sont morts décapités, accidentellement ou non, par des ventilateurs plafonniers.