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Par nadejda, le 30/05/2011
Bric et broc de
Olivier Rolin
Pub, ciné, télé, presse, "communication", mode, jeux, sport, c'est autour de ces forteresses de vent que se bâtissent les nouveaux empires.
Ce monde de bruit permanent, de jeux idiots, d'"amis" électroniques, n'est pas si éloigné de celui que prévoyait, au milieu du siècle dernier, Fahrenheit 451. On n'en est pas encore à brûler les livres, mais patience... "N'oubliez pas que les pompiers sont rarement nécessaires -- remarquait Bradbury par la voix d'un de ses personnages --, les gens ont d'eux-mêmes cessé de lire."
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La langue, suivi de Mal placé, déplacé de
Olivier Rolin
- Une phrase, à mon avis, c'est beau quand ça bouge, quand ça tressaille comme la peau. Il y a des phrases, presque toutes, qui sont des phrases-trottoirs : tu marches dessus sans t'en rendre compte, tu ne fais pas attention au trottoir, n'est-ce pas ? Ca te sert à avancer, c'est pratique et puis c'est tout. Et puis tout d'un coup, tu ne t'y attends pas, et, nom de Dieu ! là, sous tes pieds, ça s'anime, ça remue, ça s'échappe, c'est un peu comme si tu marchais soudain sur de la chair, tu ne sais plus très bien où tu es, où tu vas, c'est comme une petite ivresse, tu as un peu peur, ça a l'air un peu dangereux et c'est excitant aussi. Ou encore, c'est comme dans les fantasmagories des rêves, où tout est à la fois très précis et complètement extravagant, où toutes les formes passent l'une dans l'autre sans cesser d'être très nettes, tu vois ? C'est notre monde, mais beaucoup plus loufoque, libéré des habitudes qui le rendent prévisible et ennuyeux.
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Par nadejda, le 14/06/2011
Sibérie de
Olivier Rolin
Vassili Grossmann a des phrases saisissantes, dans "Vie et Destin", pour évoquer les colonnes de zeks se rendant au travail dans ces goulags arctiques : "Un silence de mort. Au-dessus de leur tête, l'aurore boréale, verte et bleue. Alentour la glace, la neige et le mugissement de l'océan tout noir. C'est là qu'on sent la puissance !"
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Par nadejda, le 30/05/2011
Bric et broc de
Olivier Rolin
Le génie subtil du roman est un antidote à la simplicité d'esprit binaire du discours politique, et à ce titre un moyen d'émancipation, de libération de la pensée dont nous avons plus que jamais besoin. C'est une idée proche, me semble-t-il, qu'exprime Flaubert dans une lettre : "La rage de vouloir conclure est une des maladies les plus funestes et les plus stériles qui appartiennent à l'humanité. Chaque religion et chaque philosophie ont prétendu avoir Dieu à elles, toiser l'infini et connaître la recette du bonheur. Quel orgueil et quel néant ! Je vois au contraire que les grands génies et les plus grandes oeuvres n'ont jamais conclu." Le roman n'est pas "arrogant", ne juge pas, le roman ne "conclut pas", le roman ne fait pas la leçon.
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Par nadejda, le 30/05/2011
Bric et broc de
Olivier Rolin
"Une chose ou une infinité de choses meurent dans chaque agonie -- écrit Borges dans un récit intitulé El Testigo (Le Témoin) --, à moins qu'il n'existe une mémoire de l'univers, comme l'ont supposé les théosophes." Cette mémoire de l'univers, faute de quoi l'humanité à chaque génération retomberait en enfance, ce qui s'en rapproche le plus, c'est la littérature, qui nous offre le trésor des expériences passées : non pas les faits, non pas les lois supposées de l'Histoire, mais les mille façons que l'humanité a eues d'être humaine.
C'est-à-dire, évidemment, souvent "inhumaine".
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Par nadejda, le 30/05/2011
Bric et broc de
Olivier Rolin
"si chaque homme ne pouvait pas vivre une quantité d'autres vies que la sienne, observe Paul Valéry dans Variété, il ne pourrait pas vivre la sienne." Le roman nous aide à vivre notre vie en nous faisant vivre quantité d'autres vies que la nôtre. A vivre notre vie, c'est-à-dire pas à la supporter, mais à la créer, à la penser, à la conduire.
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Par brigetoun, le 22/01/2012
littérature, politique de
Olivier Rolin
Ni photo, ni Pléiade, il ne voulait rien qui enferme, qui pèse ou qui pose, il est cet être paradoxal et admirable, cette chimère : un révolutionnaire discret. Il est encore un maître de bizarrerie, et même de drôlerie. Ceux qui ne voient pas l’humour de Michaux, qu’ils aillent manger de la tarte à la compote de boulons. Que ferions nous face aux imbéciles, aux importants, aux importuns, s’il ne nous avait légué ces armes secrètes que sont la séance de sac et la mitrailleuse à gifles ? Il est l’insaisissable, le très libre, l’incongru, l’ironique, aussi le très douloureux, celui qui est « né troué », dont les mots fulgurants disent les soubresauts de l’« animal de lin » sous les coups de ciseaux du malheur.
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Par brigetoun, le 08/12/2009
le génie subtil du roman de
Olivier Rolin
Ce que nous finissons par éprouver, à tâtons, de la vie, dans un certain effroi le plus souvent, et que la littérature s’efforce de transcrire, ce n’est pas tellement selon ces plans, selon cette perspective que cela se laisse penser : ce n’est pas selon la séparation entre une « vraie » et une « fausse » vie, une essence et une apparence, une nécessité et une contingence. C’est peut-être une des choses qui caractérise l’expérience moderne, de n’être pas réductible à ça, de ne pas être « ordonnée » comme ça.
La clarté n’y est pas si nettement tranchée d’avec l’ombre,l’intérieur d’avec l’extérieur.
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Par nadejda, le 14/06/2011
Sibérie de
Olivier Rolin
Vladimir Ivanovitch parle avec des accents édéniques de ces solitudes glacées. Ce qui est assez pittoresque, c'est qu'il le fait dans un espagnol châtié, appris il y a trente ans : "C'était une passion d'enfance. J'aimais cette langue à cause de sa prononciation sévère, et des histoires de pirates... Perros ingleses, chiens d'Anglais, rendez-vous !" Il rit et poursuit : "Et puis, las aves en la tundra hablan muy bien castellano, les oiseaux migrateurs de la toundra parlent très bien le castillan, ils vont passer l'hiver là-bas, dans les pays du Sud..."
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Par brigetoun, le 03/02/2009
Un chasseur de lions de
Olivier Rolin
« … Puis les Espagnols s’étaient lassés (les coups de canon qu’ils avaient tirés avaient d’ailleurs tant ébranlé leurs vaisseaux vermoulus qu’ils étaient sur le point de couler), et chacun était redescendu contempler les dégâts, au milieu des lazzis des petites filles, qui traitaient les adultes de lâches. Whistler avait sorti chevalet et pinceaux, et peint trois toiles, un Crepuscule in Flesh Colour and Green, un Nocturne in Blue and Gold, et une troisième qui porte ce titre énigmatiquement admirable : The Morning after the Revolution… »