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Par Theoma, le 05/02/2012
Les revenants de
Laura Kasischke
Craig, pour sa part, se sentait tout brûlant. Peut-être était-il souffrant. (...) Il trouvait que Shelly Lockes avait l'air un peu congestionnée, elle aussi. (...) "Vous étiez sur place le soir de l'accident ? lui demanda-t-il. Le soir où elle est morte ?"
Elle promena un regard alentour, comme si la question s'adressait à quelqu'un d'autre. Mais toutes les personnes présentes la dévisageaient, elle. Elle s'éclaircit la gorge, y porta la main, puis se ramena une mèche de cheveux -derrière l'oreille et se mit à regarder ses bottines.
Combien de fois Craig avait-il vu Nicole se ramener ainsi une mèche derrière l'oreille tout en réfléchissant avant de parler ? Cette femme aurait pu être Nicole, si Nicole avait vécu suffisamment longtemps. (...) Elle s'humecta les lèvres, se les mordit, puis déclara : "Elle n'était pas morte."
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Par lilarose, le 05/02/2012
Les revenants de
Laura Kasischke
Sans temps mort ; une belle écriture. Une construction d'intrigue originale.
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A Suspicious River de
Laura Kasischke
Je n'avais jusqu'alors jamais ressenti le besoin de regarder un homme comme les hommes semblent regarder les femmes -ces femmes sur les couvertures glacées des magazines, les hanches en avant et la bouche brillante à moitié ouverte, ou sur les affiches- ces femmes provocatrices qui surgissent des téléviseurs pendant que leurs maris, assis dans leurs fauteuils, s'efforcent de ne pas les regarder devant leurs épouses, tout en le faisant. Au drugstore, ces hommes se plantaient toute la journée devant les présentoirs des magazines, ils regardaient des pages et des pages de femmes qu'ils ne rencontreraient jamais, qu'ils ne toucheraient jamais, dont ils ne connaîtraient jamais ni le nom ni la voix : des femmes applaties, unidimensionnelles, qui tripotaient leurs mammelons, en regardant dans le vide. Dans le néant qui se trouvait devant elles. Etalées, ces femmes n'étaient que des angles et des lignes, de la lumière sur de l'ombre et, quand je les regardais, je me souvenais toujours d'avoir lu au lycée, dans notre livre de sociologie, un texte sur une tribu primitive perdue, dont les memebre ne voulaient pas laisser l'homme blanc les photographier, parce qu'ils pensaient que les caméras leur volaient leur âme.
Ces femmes en étaient la preuve, me disais-je. Le monde n'était qu'une fausse toile de fond, comme si rien n'avait jamais existé et n'existerait jamais devant ou derrière elles.
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Par 270778, le 01/12/2010
En un monde parfait de
Laura Kasischke
Sa mère lui avait demandé : "Quel genre de femme consent à épouser un homme qu'elle connaît depuis trois mois ? Un homme qui a trois enfants? Un homme dont elle n'a pas rencontré les enfants ? "
Si Jiselle avait été un type différent de fille ou de femme, elle aurait pu répondre : "Le genre de femme que je suis maman" ; mais même au temps de son adolescence, alors que sa meilleure amie lançait communément à la tête de sa propre mère "Salope, je te déteste!" Jiselle présentait des excuses à la sienne pour n'avoir pas dit "s'il te plaît" en redemandant de la salade.
Au lieu de cela, elle répondit : "Je l'aime, maman". Sa mère eut un reniflement dégoûté.
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Un oiseau blanc dans le blizzard de
Laura Kasischke
"J'ai seize ans lorsque ma mère se glisse hors de sa peau par un après-midi glacé de janvier - elle deveint un être pur et désincarné, entoué d'atomes brillants comme de microscopiques éclats de diamant, accompagnés, peut-être, par le tintement d'une cloche, ou par quelques notes claires de flûtes dans le lointain - et disparaît.
Personne ne la voit s'en aller, mais elle est bel et bien partie.
La veille au matin, ma mère était encore une femme au foyer - qui, depuis vingt ans, maintenait notre maison dans un état de propreté et de stérillité qui aurait pu rivaliser avec l'esprit de l'hiver lui-même ; alors, peut-être a-t-elle tout simplement fini par s'épousseter elle même, en un nuage lumineux qui s'est envolé par la fenêtre de la chambre, un nuage fait d'une poudre douce comme le talc, qui s'est mélangé avec des flocons qui tombaient, avec la poussière céleste et les cendres lunaires qui flottaient au loin."
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Par luocine, le 17/11/2010
En un monde parfait de
Laura Kasischke
Certains des cyclistes arboraient le désormais familier drapeau américain frappé d’un gros X noir.
À présent, tout le monde haïssait, semblait-il les Etats-Unis. Ce pays qui avait, durant des dizaines d’années, saccagé l’environnement avec ses grosses voitures et ses interventions armées, voulait maintenant étendre son épidémie au reste de la planète.
Yankee go home
US not welcome
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Par 270778, le 02/12/2010
En un monde parfait de
Laura Kasischke
La fois où Mark fut absent plus de quelques nuits d'affilée, Jiselle commença à se languir. Elle découvrit qu'elle n'avait jamais su jusqu'alors ce que signifiait ce mot ni éprouvé ce sentiment - celui où quelque chose ou quelqu'un vous manque au point d'en ressentir une souffrance physique. Elle s'enfermait à clé dans leur chambre et, ouvrant la penderie, elle prenait ses uniformes dans ses bras et y enfouissait le visage pour humer leur odeur. Le coeur serré, elle fermait les yeux et il arrivait qu'elle tombe à genoux, tordue en deux par une douleur à l'abdomen, comme si elle avait reçu une flèche empoisonnée.
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Par Reka, le 08/06/2009
Un oiseau blanc dans le blizzard de
Laura Kasischke
Mais moi, j'avais l'impression que quelqu'un m'avait bourré la bouche de coton. Je ne pouvais supporter l'idée qu'il puisse penser à quelqu'un d'autre. Je pouvais très bien déboucher dans le couloir de ce lycée et le voir sous la lumière crue en train de parler avec Mickey, je parle de Mickey, de ma meilleure amie, et je me retrouvais alors à glisser le long de cette pente savonneuse qui parcourait mon estomac, comme une enfant sur un tricycle qu'elle ne contrôle plus, et je déboulais ce flanc de colline pendant que quelque chose d'inaudible hurlait en moi. (p. 191)
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Par Reka, le 08/06/2009
Un oiseau blanc dans le blizzard de
Laura Kasischke
Par exemple, ces pneus qui ne cessent de s'user, de se ronger sur l'autoroute, où part ce caoutchouc quand il n'est plus sur les pneus? Est-ce qu'il s'évanouit dans l'atmosphère - comme un gaz, un souffle d'air caoutchouteux, inspiré, expiré? Ou bien est-ce qu'il enveloppe la route comme une peau de serpent, comme une veste de peau vernie? Est-ce que nous ne roulons pas chaque jour, sur le caoutchouc que nous avons-nous mêmes perdu? (p. 290)
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Par 270778, le 02/12/2010
En un monde parfait de
Laura Kasischke
Un matin de la première semaine d'avril, une nuée de plusieurs milliers de merles sortit du ravin et passa au-dessus de la maison. leur vacarme réveilla Jiselle et même Sara se leva pour sortir les contempler. Le ciel en était assombri et tout frissonnant, comme si l'on avait écorché la matinée afin de mettre à nu son système nerveux.