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Zarbie les yeux verts de
Joyce Carol Oates
Il fait noir et brumeux, je sens l'odeur de Puget Sound et je respire l'air à grands coups, comme si j'avais failli me noyer. Mais je suis SAINE ET SAUVE.
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Les Chutes de
Joyce Carol Oates
Ce qui attendait Ariah, l'epreuve physique de sa nuit de noce -et des nuits suivantes- , elle appréhendait d'y penser. Elle n'avait jamais été une jeune fille très tentée par les pensées interdites, non plus que par les actes interdits. Quoique étonnamment passionnée dans ses interprétations tonnantes des mouvements tumultueux des grandes sonates pour piano de Beethoven, ou lorsqu'elle chantait certains lieder de Shubert, Ariah était généralement guindée et timide en société. Elle rougissait rapidement, se rétractait au moindre contact. Ses yeux verts galet brillaient d'intelligence et non de chaleur. Les quelques petits amis qu'elle avait eus étaient des garçons lui ressemblant. Des garçons comme Gilbert Erskine, à la fois jeunes er vieux, enclins à se vouter dès l'adolescence. Bien entendu Ariah s'était régulièrement rendue chez le medecin de famille des Litrell, mais on pouvait compter sur ce praticien agé pour ne pas employer d'instruments gynécologiques de façon excessive, et pour battre en retraite lorsque Ariah poussait un gémissement de gêne ou de douleur, ou lui lancait un coup de pied sous l'effet de la panique. Par embarras ou délicatesse féminine, Mme Litrell avait évité le sujet conjugal et , naturellement, le révérent Litrell aurait préféré mourrir que de parler de questions "intimes" à sa fille virginale et crispée. Il avait laissé cette tâche épineuse à sa femme et n'y avait plus pensé.
Sous l'effet du bain chaud, la tête d'Ariah lui tournait. Ou sous l'effet de ses pensées. Elle remarqua que son sein gauche flottait dans l'eau, en partie ocre comme plongé dans l'ombre. Il avait préssé, pincé. Elle supposait qu'elle avait des meurtrissures sur le bas du ventre et les cuisses. Entre ses jambes irritées, la sensibilité était moindre, comme si cette partie de son corps s'était engourdie.
Le cri de chauve-souris qu'il avait poussé ! Son visage de petit garçon empourpré et brillant, déformé comme celui de Boris Karloff dans Frankenstein.
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Par Sand94, le 16/07/2009
Nous étions les Mulvaney de
Joyce Carol Oates
Mais ce document n’est pas une confession. Absolument pas. J’y verrais plutôt un album de famille. Comme maman n’en a jamais tenu, totalement véridique. Comme la mère de personne n’en tient. Mais, si vous avez été enfant dans une famille, quelle qu’elle soit, vous en tenez un, fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgie, et c’est l’oeuvre d’une vie, peut-être la grande et la seule oeuvre de votre vie. (pp.18-19)
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Par Woland, le 15/02/2011
Petite soeur, mon amour de
Joyce Carol Oates
[...] ... voilà que, brusquement, Betsey Rampike était là, interviewée par l'enthousiaste et plantureuse Zelda Zachiarias qui animait tous les après-midis de la semaine ur CBS un talk-show féminin enlevé, "Parole de Femmes", souvent moqué et raillé par les adolescents de [l'Institution.] Skyler éprouva un sentiment de panique en regardant sa mère : plus jeune et plus "rayonnante" que dans son souvenir, les cheveux visiblement éclaircis, et une peau rose/"fraîche" qui semblait molle comme une pâte à pain, qui aurait gardé l'empreinte de votre doigt si vous l'y aviez enfoncée. Betsey portait un ensemble-pantalon fuchsia avec un décolleté en V plongeant qui découvrait la naissance poudrée de ses seins imposants, et quantité de bagues, de bracelets et de colliers cliquetants, conçus, comme le révéla une Zelda Zachiarias admirative, par Betsey elle-même pour "lutter contre son chagrin" après la disparition tragique de sa fille, trois ans et huit mois plus tôt. Souriant bravement, se tamponnant les yeux et bégayant d'une façon qui touchait au coeur le public du studio, Betsey répondait aux questions pénétrantes de l'animatrice sur la mort de sa fille de six ans, et sur les efforts de sa famille pour surmonter le drame et continuer à vivre ; Skyler grimaça en entendant le nom de sa soeur répété si souvent, y compris par Zelda Zachiarias, qui parlait de Bliss aussi familièrement que si elle l'avait connue.
(...) - " ... des mémoires audacieux, braves, courageux et véritablement édifiants, Betsey. J'en ai offert des exemplaires à tous mes amis et parents, et maintenant je vais leur offrir ces charmants bijoux "Touche Céleste", j'adore les croix d'"émeraudes", et ces bracelets cliquetants si ludiques, si ados !" Profondément émue, Betsey tendit ses beaux bras pour montrer ses bracelets, qui avaient toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, et Zelda Zachiarias, avec toute la générosité maternelle / mammalienne de la meilleure amie que vous ayez jamais eue, éleva bien haut le nouveau livre de Betsey, avec sa couverture arc-en-ciel et ses lettres d'or en relief : "Prie pour Maman : Le Pélerinage d'une Mère, Du Chagrin à la Joie" par Betsey Rampike. ... [...]
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Par Zazette97, le 17/01/2011
Premier amour de
Joyce Carol Oates
Si tu pénétrais dans le marais, tu livrais ton corps. Tu n'étais plus toi-même, tu avais pour nom toi, elle, petite. Tu étais entourée d'imperceptibles bruits de succion. De grognements de crapauds. Pareils à des grognements d'homme - tu avais entendu des hommes grogner et ahaner, ahaner et grogner, il y a longtemps de cela, alors que tu n'étais pas censée écouter. Tu savais ce que c'était, déjà en ce temps-là : la pulpe animale cherchant à s'extraire de force de son carcan. Suintant, bouillonnant, jaillissant enfin.
C'est bien. Mais maintenant, il faut te laver. Jared rinçait rapidement tes doigts poisseux dans la rivière, Jared aspergeait d'eau ton visage moite de sueur. Tu avais envie de dire Je t'aime, Jared, mais il t'attrapait par la nuque et te plongeait le visage dans l'eau qui te laissait dans la bouche un goût de métal amer.
Jusqu'à ce que tu suffoques en battant l'air de tes bras pitoyables, comme une oie en pleine noyade, et qu'il te prenne en pitié. Oh, pour l'amour du ciel ! Personne ne va te tuer, pourquoi veux-tu que quiconque prenne cette peine? p.57
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Par Nadael, le 13/07/2010
Fille Noire, Fille Blanche de
Joyce Carol Oates
Le désir de connaître totalement quelqu'un est une façon de se l'approprier, de l'exploiter. C'est un souhait honteux auquel il faut renoncer.
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Par Woland, le 15/02/2011
Petite soeur, mon amour de
Joyce Carol Oates
[...] ... Papa veillait aussi à passer des moments de qualité avec Skyler. Oh ! oui !
Il regardait avec lui les émissions de sport du week-end bien que Skyler énervât son papa parce qu'il s'agitait, se tortillait et n'avait jamais l'air de comprendre ce qui se passait sur le terrain ; il l'emmenait à ses rendez-vous de kinésithérapie [à cette époque, Skyler a déjà été victime du malheureux accident qui le laissera affligé d'une boiterie] ou chez le chirurgien orthopédiste pédiatrique ; dans les bureaux cossus des avocats Kruk, Burr, Krampf et Rosenblatt où, bredouillant et bafouillant d'une façon exaspérante, son fils fit une déposition dont le rusé Morris Kruk tirerait artistement la pièce-maîtresse de l'action en dommages-intérêts de six millions de dollars intenté par Bix Rampike contre le "Gold Metal Gym et Fitness Club" et son (ex-)employé, Vassili Andréïevitch Volokhomski. ( 1 ) En revenant du cabinet de Kruk, un jour de grand vent, papa se confia à Skyler comme sur une impulsion : gros plan sur Big Dabe Bix se confiant avec chaleur à Fiston Skyler l'avorton, attaché à côté de lui sur le siège passager de la Jeep Crusher : "Vu de ma fenêtre, Sky, on n'apprend jamais trop jeune les règles de combat sur le terrain de jeu. Tu as quel âge ... neuf ans ? dix ? ... huit seulement ? - les yeux chaleureux de papa se troublèrent un instant, puis s'éclaircirent - quoi qu'il en soit, il n'est pas trop tôt pour que nous nous mettions autour d'une table , et peut-être maman aussi, avec le "coach en stratégie de carrière" de ton école huppée, pour voir un peu où tu en es, ce HPI ou je ne sais quoi, la "voie rapide." Maman me dit : "Skyler n'a pas l'air d'aimer l'école", "les professeurs de Skyler trouvent qu'il n'est pas à la hauteur de son potentiel", "la jambe de Skyler n'a pas l'air de guérir comme il faudrait", "Skyler n'a pas l'air d'avoir beaucoup d'amis" ... Je ne vais pas donner crédit à ces angoisses maternelles névrotiques en te demandant tout cru si elles sont fondées, fils, je vais supposer que maman exagère, qu'elle dramatise comme ça lui arrive parfois. La ligne de touche, la voilà : "Demain, ta nouvelle vie commence et pas question de merder." Mettons que tu veuilles suivre ton père dans le monde compétitif de l'entreprise, ou que tu préfères tracer ta propre route dans le droit ou la médecine ou la biotechnologie pharmaceutique ... il va te falloir la meilleure éducation dans ces domaines, et un solide réseau de contacts pour t'aplanir le chemin. Ta génération, mon vieux ! ... Vous allez devoir être plus malins que vos parents. Homo homin lupus, comme disait mon père. Tu sais ce que ça veut dire ? "Le loup est l'ami de l'homme", en grec. Traduction : il faut être assez homme pour exploiter le loup, le sang de loup qui court dans tes veines "civilisées", fils ..." A cet instant dramatique, au grand soulagement de Skyler, papa fut interrompu par la sonnerie du téléphone de voiture. ...
( 1 ) : cette action pour préjudice personnel, très contestée par les avocats du Gold Medal Gym & Fitness Club", serait finalement réglée à l'amiable contre versement d'une somme non divulguée - de 350 000 à 1 000 000 de dollars, selon certaines rumeurs - dont le mineur Skyler, le plus mineur des mineurs, "affligé d'un handicap permanent, ne verrait jamais un sou. (Vous pensez que papa Bix la mit de côté pour les futures études de Skyler dans une université de l'Ivy League ? C'est gentil de votre part.) Peu après, le Gold Medal Gym & Fitness Club disparut de notre centre [commercial] et de la mémoire locale. [...]
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Délicieuses pourritures de
Joyce Carol Oates
« Je rêverais de l’homme au visage lumineux et bon, dont la caresse, quoique légère, quoique nullement sensuelle ni avide, me pénétrerait de joie. » (p. 43)
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Par Yuko, le 03/01/2012
Blonde de
Joyce Carol Oates
Une fille au corps luxuriant dans la plénitude de sa beauté physique. Dans une robe bain de soleil en crêpe Georgette ivoire, les seins moulés dans les plis soyeux onduleux de l'étoffe. Elle est débout, jambes nues écartées sur une grille de ventilation du métro new-yorkais. Sa tête blonde est extatiquement rejetée en arrière tandis qu'un courant d'air soulève sa large jupe évasée, révélant une culotte de coton blanc. Du coton blanc ! La robe de crêpe ivoire flotte, magiquement aérienne. La robe est magique. (...) Elle rit et pousse des cris aigus comme une enfant de quatre ans quand un nouveau courant d'air soulève sa jupe. Genoux dodus, jambes musclées de danseuse. Une fille solide et saine. Épaules, bras et seins sont ceux d'une femme en pleine maturité mais le visage est celui d'une petite fille. Frissonnant dans l'été new-yorkais quand le passage d'une rame de métro soulève sa jupe comme le souffle précipité d'un amant.
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Par Lowra, le 22/01/2012
Blonde de
Joyce Carol Oates
"C'était un miracle quelquefois. D'accord, c'est un cliché, mais il se trouve qu'il est vrai. Monroe se pointait avec des heures de retard et parfois le bruit courrait qu'elle était à l'hôpital de Reno (pour avoir tenté de se suicider la veille !) et pourtant elle arrivait souvent toute douce & l'air timide & bagayant des excuses, et les acclamations fusaient même si on venait tous de maudire cette garce. Quand Monroe arrivait, on voyait que ce n'était pas une garce mais seulement une force de la nature comme un vent violent ou un orage, on voyait qu'elle était elle-même la proie de cette force de la nature et on ne demandait qu'à lui pardonner"
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