Pourtant, les frustrations de son enfance - entre des parents ruinés mais de très vieille aristocratie - renaissent et s'exacerbent quand elle découvre qu'Angela, l'ancienne gamine trop parfaite de son village natal, est... > voir plus
Le faon, c'est dans sa beauté, sa fragilité et son ingénuité, l'image d'Angela que la narratrice Eszter jalouse sauvagement depuis son enfance. Fille de parents unis mais déchus, Eszter a dû dès son plus jeune âge se battre pour gagner quelques sous, travailler dur pour réussir, ne se laisser toucher ni par l'amitié ni par l'empathie. Angela, elle, a tout, -aisance, reconnaissance, protection-, une vie aisée qui ne lui demande que très peu d'efforts. Par sa beauté et sa chance, elle focalise la haine et le ressentiment d'Eszter. Celle-ci, devenue une grande actrice, acharnée au travail, tombe amoureuse d'un homme qui se révèle être marié à Angela, qu'il n'aime plus mais qu'il protège. La haine d'Eszter ressurgit, sous la forme d'une jalousie féroce qu'elle dissimule à son amant gràce à ses talents d'actrice. Mais cette envie, cette peine sauvage qui la ravage, mêlée à l'amour entier qu'elle porte à ses parents et à son amant, aura des conséquences funestes. Un livre subtil et lucide sur la souffrance et le besoin éperdu de reconnaissance.
Ecrit sous forme d'un monologue adressé à l'amant, ce roman est la confession d'une femme blessée et jalouse. Dans une prose toujours élégante Magda Szabo fascine par son art de percer l'âme humaine. La construction si subtile du roman plonge le lecteur dans l'inconscient de cette héroïne, de cette obsédante jalousie dont elle ne saura jamais se défaire. C'est un livre sur les sentiments, sur l'inéluctable. le rythme est maîtrisé, la tension s'accroît au fil des pages. le lecteur est renvoyé à ses propres démons et à son impuissance.
Je ne sais pas ce qui se passe avec les livres de Magda Szabo mais à chaque fois, je suis complètement emportée, et je ne comprends pas du tout pourquoi, car ce n'est pas du tout le type de littérature que j'ai l'habitude de lire et d'apprécier. J'aime ses personnages et sa façon de raconter, sans doute aussi la façon qu'elle a de raconter les relations humaines. Ici, elle nous parle de jalousie, du rapport à l'enfance.
J'ai eu un peu de mal au début à entrer dans la narration à la première personne d'Eszter, qui oscille entre la comédienne de l'après guerre et la collégienne pauvre. Une grande confusion de dates, de personnages (malgré la liste donnée au tout début du livre). Et puis, en se laissant aller dans le texte, quitte à ne pas savoir tout de suite à quelle époque on se situe, on entre dans une tragique histoire d'amour et surtout de jalousie... Et Le faon du titre? Un petit faon recueilli par Angela, qui va vite mourir d'un accident.
Je voulais le voir gagner les fourrés, se lancer au galop sur ses petites pattes grêles et se fondre dans l'obscurité.
Il se mit à pleuvoir, des gouttes paresseuses s'écrasèrent sur mes cheveux. Le faon, inquiet, tirait sur la corde etj'avais du mal à le tenir. Il connaissait l'autre côté de la maison, le chemin de la ville, mais ce côté-ci lui était étranger, comme je lui étais étrangère, au fond. La corde me sciait le poignet, il continuait de tirer - je faisais appel à toutes mes forces pour le retenir -, si bien que ce n'était plus moi qui le conduisais, mais lui qui m'entraînait. Nous nous engagions dans le passage des Violettes, là où la route tourne en direction de la forêt, quand un train de marchandises quitta la gare. Le faon arracha sa longe et se rua vers les rails.
Magda Szabo : La porte Olivier BARROT , assis sur les gradins des Bains Széchenyl à Budapest , nous fait découvrir "La porte" de Magda Szabo, aux éditions "Viviane Hamy", pendant que les hongrois nagent ou jouent aux échecs dans les bains (image insolite). Barrot lit un passage de ce livre .BT du livre.