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Le Cimetière des poupées de
Mazarine Pingeot
Je t'ai sans doute un peu dépaysé, je ne te paraissais pas comme les autres, j'étais maladroite et timide, tu pensais peut-être que tu pourrais me faire, me modeler, et je n'ai rien contre cet instinct de pygmalion qui habite tant d'hommes. Au contraire, jai éprouvé du plaisir à me laisser construire, transformer et, si mes résistances ont finalement été l'obstacle à ton chef-d'oeuvre, tu étais parvenu à un résultat convaincant. J'ai tout fait échouer. Tu dirais sans doute que c'était pour te nuire, mais je ne peux l'accepter. Je ne peux accepter l'idée d'avoir fait quoi que ce soit pour te nuire. C'est par amour que je suis devenue cette femme-là, que j'ai élevé tes enfants comme tu l'entendais, que je tâchais de tenir une maison ordonnée. Mais c'était oublier mon propre poids, la passivité de ma matière, de mon corps, de mon être, cette force de gravitation qui entraîne tout vers le bas. C'était oublier qui j'étais, d'où je venais, quelle petite fille j'avais été, pesante déjà pour les autres et pour moi-même, obstacle déjà à la carrière de ma mère et à son repos. Epine dans son pied, j'avais enrayé son mécanisme à être heureuse.
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
La mort de papa, nous nous y attendions tous....
Je le voyais tous les jours malade, mais à aucun moment je ne me suis véritablement dit qu'il allait mourir. Ce sursis pouvait durer éternellement; je le voyais souffrir, et se désespérer de souffrir, devenant irritable, plus lointain. La maladie lui était une humiliation. Il n'a jamais réussi à l'accepter. Pour la première fois, il affrontait plus fort que lui.
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Par Lencreuse, le 27/07/2010
Le Cimetière des poupées de
Mazarine Pingeot
Mon âme – et j’ai conscience que ce mot est excessif s’agissant de ce qui m’a régi depuis que je suis en âge de penser et d’agir – a grandi sous diverses influences, la plupart du temps celle de mon imaginaire, rempli de desseins chaotiques, d’images piochées dans de mauvais romans policiers que je lisais à la pelle dans le grenier de la maison. Je n’avais pas d’amis dans cette province pourrie où les sangs ne se mêlent pas, et j’ai fini par préférer l’enfermement que les rares ouvertures qu’on a pu me proposer. J’avais pris peur de moi-même et protégeais jalousement mes monologues et mes jeux au goût de supplice. Je n’aurais laissé personne entrer dans mon intimité que je savais déjà dangereuse.
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
Je n'ai jamais pensé pouvoir lui reprocher quoi que ce soit. Aimer, paraît-il, c'est aussi accepter les faiblesses de l'autre. Je ne me suis jamais octroyé le droit de reconnaître des faiblesses à mon père.
Sa seule faute en vérité est de n'être plus là.
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
La réalité aurait pu me plaire. Mais tant que j'occultais celle de mon père, elle me demeurerait hermétique, voire hostile. Quelle réalité possible lorsqu'on ne connaît pas ses racines, lorsqu'on les nie, lorsqu'on fait tellement bloc avec son père dans le regard des autres et de soi-même qu'on ne peut revenir en deçà d'un lien spolié par les autres ?
Tout de même, cette haine, il est vraiment dommage qu'elle tombe pile sur celui que moi, j'aime.
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Par Neigeline, le 16/06/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
Dès que mon père aimait un pays, il voulait en posséder une parcelle.
Dans les Cévennes, il a acheté quelques arpents de terre, inutilisables, une petite colline, des cailloux, quelque part, un acte de propriété. Son nom sur un registre. Perdu ? Il achète un bout de terre comme on achète un bout de lune. Un lieu de pierres, dont même les chèvres ne voudraient pas.
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
La mémoire, ce sont les livres qui l'ont. Il (mon père) collectionnait les éditions anciennes ou originales pour y sentir la présence des premiers lecteurs, des premières émotions, des premières lectures - peut-être même le toucher de l'auteur. Il me suffit d'y voir la marque de papa, de sentir sous la caresse du papier ce qu'il avait pu éprouver, en son temps.
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
Que deviennent les choses quand on les garde pour soi? Peuvent-elles continuer à vivre?
Les faits se sont abolis à n'être pas dits, la chair du monde s'est réduite à un vague parfum. Je suis une porte fermée, sans rien derrière, pas même une cellule, seulement du vent. Je n'ose pas l'ouvrir...
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Par kathy, le 27/12/2011
Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
L'enfance peut devenir parfois une vilaine maladie quand elle continue d'être un sortilège.
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Bouche cousue de
Mazarine Pingeot
Je n'ai pas la manie des archives, des preuves écrites de mon existence ou de celle des autres. Les mots manuscrits passent, ceux qui sont imprimés restent. Il y a la vie et la littérature. Je ne jette jamais rien mais j'égare.