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Par garp, le 21/08/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Quatre-vingt-quatre heures avant de mourir, George pensa : Parce qu’ils sont comme les carreaux disjoints d’une mosaïque, tout juste assez espacés pour pouvoir changer de place, même si ce n’est que quelques-uns à la fois et en un seul endroit, de sorte qu’on n’a pas l’impression que ce sont eux qui bougent mais l’espace vide entre eux, et cet espace vide est l’espace qui manque, les quelques derniers morceaux de verre coloré, et quand ces morceaux seront en place, ils feront apparaître l’ultime tableau, l’ultime agencement. Mais ces morceaux, lisses, brillants, laqués, sont les plaques sombres de ma mort, en gris et noir, et délavées, exsangues, et, jusqu’à ce qu’ils se mettent en place, tout le reste continuera de se déplacer. Et ainsi cette fin dans la confusion, où le moment où tout s’arrêtera me demeure à jamais inconnu, et ce déplacement est cet espace même, est cela même qui reste à advenir, et qu’il appartiendra à d’autres de voir comblé où que ce soit dans le cadre au bout du compte quand les derniers morceaux se seront mis en place et que les autres s’arrêteront, et ainsi apparaîtra le motif fixe, l’agencement définitif, mais pas même ça, parce que cette finitude définitive sera elle-même un fragment de déroulement, un petit tas de morceaux nacrés qui pour l’essentiel resteront solidaires mais se déplaceront au sein d’un autre ensemble et auxquels se mélangeront d’une infinité de façons les souvenirs d’autres que moi, de sorte que je demeurerai un agrégat d’impressions poreux et ouvert à de possibles combinaisons avec tous les autres fragments vitreux flottant ici et là dans le cadre des autres, parce qu’il y a toujours cet espace libre réservé pour le reste de leur propre existence, et aux yeux de mes arrière-petits-enfants, où l’espace l’emporte encore sur les morceaux fixés, je ne serai que le brumeux alliage d’une théorie de rumeurs, et aux yeux de leurs arrière-petits enfants je ne serai qu’une teinte dans la composition de quelque obscure couleur (…)
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Par litolff, le 01/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Quand vint l'heure de mourir, nous le sûmes et nous allâmes nous enfoncer dans de profonds jardins où nous nous allongeâmes et nos os se changèrent en laiton. Nous fûmes ramassés. Nous fûmes utilisés pour réparer des horloges, des boites à musique cassées ; nos pelvis furent fixés à des pignons, nos échines soudées en de vastes assemblages. Nos côtes servirent de dent de crénelage, battant et cliquetant comme des défenses. C'est ainsi, enfin, que nous fûmes réunis.
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Par litolff, le 01/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Quand l'un de ses enfants se réveille en proie à la fièvre et à de douloureuses quintes de toux à l'aube d'un matin glacé de janvier, au lieu de baiser le front de l'enfant, de le remettre bien au chaud sous ses couvertures et de faire bouillir de l'eau pour lui préparer une infusion au miel et au citron, elle dit que le confort n'est pas le lot des hommes en ce monde et que si elle prenait sa journée chaque fois qu'elle avait le nez qui coule ou la nuque endolorie, c'est toute la maisonnée qui partirait en quenouille, et ils se retrouveraient tous comme des oisillons sans nid, alors lève-toi, habille-toi et va aider ton frère à rentrer le bois, ta soeur à tirer l'eau, et elle arrache l'enfant frissonnant à ses couvertures, lui jette une poignée de vêtements froids et dit : habille-toi si tu ne veux pas te prendre une bonne trempe.
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Par marsu2012, le 11/11/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
C'est typiquement un livre que la critique adore et même que je ne comprends pas pourquoi et que j'ai beaucoup aimé et je ne comprends pas non plus pourquoi.
C'est l'histoire d'un homme qui meurt et qu'on se dit que ça ne sert pas à grand chose la vie. Et puis il y a l'histoire de son père et là on se dit qu'il y a quand même des moments sympas dans une vie. Je n'ai pas forcément été sensible à tout mais j'ai bien aimé la structure : on part d'un futur mort puis on remonte à son père puis à son père tout en allant vers la mort.
Finalement ce livre est comme les vies qu'il décrit : des moments supers et puis le reste.
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Par litolff, le 03/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Howard songea : N'est-ce-pas vrai : un simple hochement de tête, un pas à gauche ou à droite, et d'individus sages, honnêtes et loyaux, nous nous transformons en imbéciles pleins de suffisance ?
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Par litolff, le 01/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
A part les marmites à rétamer et vendre du savon, voici quelques-unes des choses que fit Howard à un moment ou un autre au cours de ses tournées, parfois pour gagner un peu d'argent en plus, la plupart du temps pour rien : abattre un chien enragé, mettre au monde un bébé, éteindre un feu, arracher une dent pourrie, couper les cheveux à un homme, vendre vingt litres de whisky maison pour un bouilleur de cru nommé Potts, repêcher un enfant noyé dans une crique.
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Par garp, le 23/08/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
L’individu en question était jeune – pas un enfant, ni même un adolescent, mais bien loin des quatre-vingts années de George, du moins en apparence ; il émanait de lui l’impression qu’il était vieux de plusieurs centaines d’années, mais comme condensées : cet individu était riche de centaines d’années, mais qui se chevauchaient les unes les autres, comme s’il évoluait simultanément dans un nombre indéterminé d’époques diverses.
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Par garp, le 23/08/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
George contempla son visage avec étonnement, comme si, après avoir toute une vie durant croisé son reflet dans les miroirs, les vitres, le métal et l’eau, il voyait à présent, à la fin, un personnage inconnu, impatient et grossier, prendre subitement sa place et, ignorant sa réplique, se hâter de faire son entrée en scène sans attendre que George en fût sorti d’abord.
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Par litolff, le 01/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Des éclairs dévalaient la montagne pour venir s'abreuver à l'eau de l'étang, laper la surface de l'onde à coups de langues électriques, foudroyant les grenouilles aux yeux de billes, les truites minuscules et les vairons argentés. Le tonnerre craquait avec un fracas de tronc d'arbre abattu et faisait trembler la cabane en giflant la peau de l'eau.
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Par litolff, le 01/10/2011
Les foudroyés de
Paul Harding (II)
Tes matins froids sont remplis du chagrin qui te vient à l'idée que, quoique nous y soyons peu à notre aise, ce monde est tout ce que nous avons, qu'il nous appartient mais qu'il est plein de discorde, et qu'ainsi nous ne possédons jamais rien d'autre qu'un peu de discorde ; et pourtant, c'est toujours mieux que rien, n'est-ce-pas ?