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Par Laj, le 27/02/2011
L'opprobre : Essai de démonologie de
Richard Millet
J’ai quitté l’enseignement public non seulement parce que je m’y ennuyais à mourir, mais parce que je n’y supportais plus d’y voir la langue française piétinée au point de n’être plus qu’un instrument de propagande de la pensée dominante. J’ai vu mourir une culture. J’ai dis, et je le maintiens, quoique cette affirmation m’ait naguère valu le pilori, que l’évacuation de la dimension littéraire de la langue au profit de sa démocratisation utilitaire a eu lieu en grande partie pour ne pas désespérer les enfants d’immigrés. Une langue sacrifiée à la paix civile, c’est la mort d’une culture millénaire. Je n’en rends nullement les immigrés responsables ; les semeurs de vent, ce sont les idéalistes post chrétiens et les marchands d’esclaves au pouvoir. Le reliquats hystériques du gauchisme ont fait le reste : évacuer la dimension spirituelle de la culture. On comprend dés lors que nous soyons méprisés par ces mêmes immigrés : comment l’Islam, quand bien même il n’en serait pas l’allié objectif, ne trouverait-il pas à se renforcer au contact du nihilisme à l’œuvre en Occident ?
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Par Musikant, le 26/02/2008
Ma vie parmi les ombres de
Richard Millet
... comme aujourd'hui les livres, la musique, quelques tableaux, certains films, et bien sûr la présence, même lointaine des femmes, me consolent de ne pas avoir rencontré les merveilles que j'attendais de l'âge adulte, même si j'ai compris que la merveille réside surtout dans notre capacité à n'attendre rien de ce qu'on appelle l'existence pour mieux accueillir ce qui vient.
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Par Musikant, le 02/02/2008
Désenchantement de la littérature de
Richard Millet
D'un point de vue animal, qui serait indigné par la disparition de l'espèce humaine ? Pourquoi préserver à tout prix ce qui n'est perpétuellement occupé que de sa conservation, au prix de la destruction de la nature, des animaux, des autres humains ? Sommes-nous bien certains que nous nous regretterions nous-mêmes ?
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Par Lencreuse, le 24/08/2010
La Voix d'alto de
Richard Millet
Ce n’était pas un amour comme les autres : il ne faisait appel à presque rien de ce qui lie d’ordinaire un homme et une femme, sentimentalité, jalousie, méfiance, lutte pour la dévoration de l’autre, mutité traversé d’éclairs bavards. Cet amour ne se pliait pas non plus au temps commun qu’à l’ordinaire de la passion, un amour non vulgaire, obéissant aux conditions climatiques autant qu’aux variations de l’humeur et du désir, au goût que nous avions des arrière-saisons, des crépuscules, d’un langage élégant auquel elle me contraignait avec douceur (moi qui, comme tant de musiciens, parle un français familier, voire grossier, puisque mon vrai langage est la musique, c’est-à-dire la possibilité, le luxe de se passer des mots). Goût de l’écart, aussi, du rare, de l’intempestif, de la solitude.
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Par Musikant, le 13/07/2011
Petitéloge d'un solitaire de
Richard Millet
Je me retire de ce seuil : la vie n’est pas dans la gestion plus ou moins raisonnable et heureuse de moments qui se succèdent comme des nuages, mais une série d’actes souvent obscurs, incompréhensibles à autrui, sinon à nous-mêmes, que nous passerons notre vie non pas à essayer d’éclaircir mais à en mesurer l’ombre portée sur un futur où nous ne serons plus. Nous sommes les échos de ceux qui ont depuis la nuit des temps mêlé leurs sangs ; et, autant que du sang, ce qui coule en nous est l’invisible éclat d’une puissance qui nous dépasse et qui se nomme amour, mélancolie, folie ou destin.
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Par Prigent, le 10/06/2010
Ma vie parmi les ombres de
Richard Millet
Et je veux croire que sans le sentiment d'étrangeté suscité par ce que, évident ou crypté, tout nom propre contient de fatal ou de favorable, sans cette relation rêveuse que j'ai très tôt entretenue avec eux, je n'aurais sans doute pas noué avec les deux langues dans lesquelles j'ai vu le jour, le français et ce dialecte qu'on appelait patois et qui était un des ultimes rameaux de la langue limousine, le rapport de consanguinité à la fois impossible et heureux par quoi, dépassant tout conflit linguistique, je sortirais de ma condition et du drame dans lequel je ne voyais pas que je m'enfonçais, pour devenir un jour écrivain et tenter, à ma façon, d'empêcher tout un monde de sombrer dans l'oubli ou d'en accompagner la fin, aujourd'hui que le patois est mort et le français à l'agonie - du moins le français savoureux, truffé de régionalismes alertes, arc-bouté sur une syntaxe forte et parfois non dénuée d'élégance, que parlaient les gens des hautes terres et qui leur venait autant des instituteurs et des prêtres que de leur mère et de leur père et du sentiment qu'une langue possède un corps et que ce corps, comme celui des humains, est un objet d'amour et de souffrance, de respect et de haine, la condition du salut et aussi de la perte.
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Par Paris75, le 12/06/2012
Le goût des femmes laides de
Richard Millet
j’ai vu des femmes sans beauté devenir presque jolies, du moins radieuses, au début de leur amour, fut-il désespéré, encore que le bonheur leur prêtât quelque chose de stupide, et que l’espèce de beauté qu’on peut leur trouver à ce moment ressemblât surtout à la paix rayonnante que donne au visage la satisfaction sexuelle qui délivre le visage de toute tension ou angoisse, et fait qu’on peut, à la terrasse d’un café, s’amuser à repérer dans la rue les femmes qui sortent des bras de leur amant, à la fin de l’après-midi, avec, pour quelques-uns, serrée dans leur ventre, comme le témoignage de leur amour, la semence de l’amant, certaines m’ayant dit n’éprouver pas de plus grand délice que de la sentir couler d’elles, peu à peu, dans la rue, au moment où elles sentent sur elles tant de regards inconnus.
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L'amour des trois soeurs Piale de
Richard Millet
Beaucoup les ont aperçues ainsi, les deux sœurs, derrière leur fenêtre sans rideau ni volet, avalant, sous I' ampoule qui pendait des poutres noires, cette soupe plus sombre que du sang et qui leur faisait baisser la tête, les coudes bien posés sur la table afin de combattre, I' une la fatigue et le sommeil, I' autre cette griserie qui la faisait rire en s'étouffant, soir après soir, dans le silence qui montait avec la nuit et le froid, comme si elle eût redouté le regard harassé de sa cadette qui, à ce moment, n'écoutait sans doute plus que la rumeur de ses songes, les yeux fixés sur I' innocente mais voyant bien autre chose, par delà les murs trop blancs et humides, par delà la fatigue et le fait d'être une Piale, d'avoir à garder sa dignité devant un maître d'école, un Éric Barbatte, un Thaurion, ou un patron d'usine - oui, d'être une Piale, murmurait Yvonne, c'est-à-dire à peine plus qu'une brève syllabe clamée à ras de terre et vite dissipée dans le grand souffle des vents qui raclent le granit, quelque chose qui dure pourtant bien plus longtemps dans son piaulement bref et plaintif que les visages qu'elle nomme, cette syllabe de chair qui n'aurait bientôt plus que trois filles pour I' arborer ; et c'était sans doute ça le destin d'une Piale : une syllabe avant la nuit, et le silence, I' ultime bruit étouffé par le silence qu'auraient fait sur cette terre trois petites femmes sans postérité.
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Par Musikant, le 11/08/2008
L'innocence de
Richard Millet
Je n'ai pas, enfin le sentiment d'avoir démérité de notre nation : mon infamie ne va pas pour cela, messieurs, que quoique vous m'ayez fait l'honneur de penser que je pouvais être Duparc, ou même que je n'ai jamais existé que dans l'imagination de celui pour lequel vous n'avez peut-être pas cessé de me prendre), n'est ce pas pour cela que vous m'avez confié, dans cette prison peuplée des ombres de silencieux lecteurs, la charge si enviée et si redoutable de bibliothécaire ?
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Par oberman71, le 21/10/2012
Arguments d'un désespoir contemporain de
Richard Millet
J'ai appris à lire en même temps qu'à tuer. Henry David Thoreau fait remarquer, à propos des Algonquins, qu'il y a une période dans l'histoire d'un peuple où les chasseurs en constituent l'élite. Le chasseur n'est pas seulement celui qui sait donner la mort ; il est aussi l'homme de l'aube. Je ne suis pas, moi, un Algonquin, ni un oiseau de nuit, ni un homme des foules. Je ne fréquente mes semblables qu'avec parcimonie, et plus volontiers des femmes, observant dans tout être humain la syntaxe où il vit et où il meurt, considérant l'amour de l'humanité comme une illusion sentimentale autant que politique, et tentant de comprendre comment l'humanité s'abolit dans l'illégitimité du nombre, par exemple dans la foule que je traversais, ce jour-là, principalement composée de Noirs, de Maghrébins, de Pakistanais, d'Asiatiques, de diverses sortes de métis, et de quelques Blancs, hommes et femmes, dont deux petites lesbiennes se tenant par la main avec défi, suivies d'un nain dandinant son corps pitoyable entre de jeunes beautés tapageuses, et des enfants, des vieillards, laids, mal vêtus, l'ensemble se mouvant dans une puanteur constituée de relents d'égouts, de viennoiseries, de parfums et de produits de chez Mc Donald's, au sein d'un vacarme dont on ne savait plus s'il annonçait la fin du monde ou s'il la faisait désirer, sur ce quai de la station Châtelet-les-Halles, un samedi après-midi, dans ce qui fut le ventre de Paris, et qui est devenu cette gigantesque gare souterraine, au-dessous des anciens cimetières des Innocents et de Saint-Eustache : des bas-fonds, où je ne descends jamais sans songer qu'à la foule se mêlent les spectres d'innombrables défunts, dont j'avais vu exhumer les os, quarante ans auparavant, et me demandant au milieu des grondements, des rumeurs et des cris, si, plus encore que la lumière, l'air libre n'est pas la première manifestation de la vérité.
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