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Paddy Clarke Ha Ha Ha de
Roddy Doyle
Aux allumettes, je préférais la loupe. On passait des après-midi entiers à brûler des petits tas d'herbe sèche. J'aimais voir l'herbe changer de couleur. J'aimais quand la flamme se faufilait dans les herbes. C'était plus facile avec une loupe. Plus facile, mais il fallait être doué. Si le soleil sortait assez longtemps, on pouvait découper une feuille de papier sans la toucher, il suffisait de poser une pierre à chaque coin pour l'empêcher de s'envoler. On faisait la course : allumer, souffler, éteindre, allumer, souffler. Celui qui finissait de couper sa feuille le premier avait le droit de brûler la main de l'autre. On dessinait un bonhomme sur la feuille et le feu perçait des trous dedans ; dans ses mains et ses pieds, comme Jésus. On lui dessinait des cheveux longs. On gardait le zizi pour la fin.
On a taillé des routes dans les orties. Maman m'a demandé ce que j'allais faire dehors avec mon duffle-coat et mes gants par ce beau temps.
- On va couper les orties.
C'étaient des grandes orties ; des orties géantes. Les boutons des brûlures étaient colossaux, ça grattait sans fin même quand ça ne brûlait plus. Les orties occupaient tout un coin du champ derrière les boutiques. Rien d'autre ne poussait là, rien que les orties. On a fauché à grands revers de bâton et il a encore fallu les piétiner. Le jus des orties giclait. On ouvrait des routes droit à travers, chacun la nôtre à cause des bâtons qui moulinaient. Quand on est rentré à la maison, les routes s'étaient rejointes et il ne restait plus une ortie debout. Les bâtons étaient tout verts et j'avais deux brûlures sur la figure : j'avais enlevé mon passe-montagne parce qu'il me grattait la tête.
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Par kathel, le 01/11/2012
Paula Spencer de
Roddy Doyle
Paula ne le lui avait pas expliqué. Qu’elle goûtait, qu’elle goûtait vraiment à quelque chose pour la première fois en – elle ne savait pas en combien de temps. En des années. Elle avait trop aimé ça. La sensation. Et elle avait aimé mes crevettes. Et d’autres trucs qu’elle a mangé depuis. Le Tayto, fromage et oignons. Le café. Des tomates. La peau du poulet. Les Smarties. Elle a goûté à tout.
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La Femme qui se cognait dans les portes de
Roddy Doyle
Moi, je pouvais voir tous ces gens, mais eux ne me voyaient pas. Ils voyaient bien la main qui tendait l’argent. Ils voyaient bien la main qui tenait la porte ouverte. Ils voyaient bien le pied qui essayait la chaussure. Ils voyaient bien la bouche qui parlait. Ils voyaient bien les cheveux qu’ils coupaient. Mais ils ne me voyaient pas, moi. La femme qui n’était pas là. La femme qui ne souffrait de rien. La femme qui allait bien. La femme qui se cognait dans les portes.
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Paula Spencer de
Roddy Doyle
Il ne s'agit pas d'argent, il s'agit de prudence. Elle doit être prudente. Pour le restant de ses jours.Ca la tue, elle le sent. Le moindre mot, la moindre décision. Ca l'use à petit feu. Elle a envie de poser sa tête sur la table. Elle a juste envie d'abandonner. Pas d'abandonner, de faire une pause. Ne plus à voir ignorer Leanne, ne plus à voir s'inquiéter pour Jack. S'asseoir et se sentir bien. Dormir. Et se réveiller reposée.
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La Femme qui se cognait dans les portes de
Roddy Doyle
Je me cognais dans les portes. Je me relevais de terre. Je suis devenue alcoolique. J’ai découvert que j’étais pauvre, que je n’avais pas droit à l’espoir avec lequel j’avais démarré dans la vie. Je n’allais nulle part. Droit dans le mur. Piégée dans une maison qui ne serait jamais à moi. Avec un mari qui se nourrissait de ma souffrance.
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La Femme qui se cognait dans les portes de
Roddy Doyle
J’étais incapable de me débrouiller, j’étais incapable de gagner ma vie, j’avais besoin de lui. J’avais besoin de lui pour qu’il me montre le chemin ; j’avais besoin de lui pour qu’il me punisse. J’étais incorrigible et idiote, bonne seulement pour la baise, et je n’étais même pas très douée pour ça.
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La Femme qui se cognait dans les portes de
Roddy Doyle
On ne peut pas aimer quelqu’un un instant et, celui d’après, le battre, et puis de nouveau l’aimer, une fois que le sang a été nettoyé. Je ne peux pas séparer les deux choses, l’amour et les raclées. Je ne peux pas dire qu’il était tantôt comme ci et tantôt comme ça.
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La Femme qui se cognait dans les portes de
Roddy Doyle
On ne frappe pas les êtres chers. On peut le faire une fois ou deux – c’est humain. Mais pas comme lui le faisait, vingt, cent fois. On ne leur retourne pas les doigts jusqu’à ce qu’ils se cassent. On ne les réveille pas le matin d’un coup de pied dans le ventre.
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The van de
Roddy Doyle
C'était le plus beau jour de la vie de Jimmy Senior. Les gens qu'il servit ce soir-là eurent beaucoup plus de frites que ce à quoi ils avaient droit. Ils firent tout de même une petite fortune et vendirent tout leur stock. Ils ne leur restaient même pas un Mars. Ils fermèrent à 10h, merveilleusement tôt, et s'envoyèrent quelques pintes tranquilles. Les chansons s'étaient tues. Après quoi Jimmy Sr rentra chez lui. Veronica était dans la cuisine, où elle lui fit à manger, et il se remit à pleurer quand il lui raconta le pub et la rencontre avec Jimmy Jr. Elle le traita de dingue. C'était le plus beau jour de sa vie.
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Par canel, le 30/06/2011
Paddy Clarke Ha Ha Ha de
Roddy Doyle
Disputes parentales :
Ils avaient tort tous les deux. Ce jeu-là se jouait à deux. Pas à trois. Il n'y avait pas de place pour moi. Je ne pouvais rien faire. Parce que je ne savais pas comment les empêcher de recommencer. Je pouvais prier et pleurer et rester éveillé toute la nuit, et de cette façon m'arranger pour que ça cesse, mais je ne pouvais pas les empêcher de recommencer. Je ne comprenais pas, et je ne comprendrais jamais. Même en passant une éternité à écouter, à veiller. Rien à faire, je ne pouvais rien, idiot que j'étais. (p. 362-363)
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