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La conquête du monde de
Sibylle Grimbert
Évidemment, malgré tout, il s'ennuyait, et l'ennui est un sentiment si inacceptable aujourd'hui, si douteux, que gêné de l'éprouver il ne voulait plus voir personne, ni Fabrice, ni Benoît dans un square ou ailleurs, ni un jour par hasard Olivier Patrick. Il se repliait, se racornissait, se froissait comme une feuille de papier avant d'être jetée dans une corbeille, mais cette corbeille remplie de projets avortés était sa vie.
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Par Nadael, le 28/03/2011
Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
Ces cons, en fait ils étaient pires qu'il ne l'avait cru. Ils vivaient ensemble, ne regardaient que ceux qui leur ressemblaient, dès qu'on sortait du lot, bousculait leur contentement d'eux-même, leur certitude d'avoir raison et d'être bons, ils devenaient aveugles, comme son père dont ils étaient des répliques presque exacte.
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Par Nadael, le 28/03/2011
Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
Son vieil ami le remords s'asseyait près de lui avec son visage gris et ridé, ses épaules courbées, son expression méchante pleine de perversité. De façon sournoise, il prenait sa main maintenant immobile et calme sur son genou, assenait une ou deux vérités d'où il ressortait qu'il était inadapté à la vie en société, payait le prix d'une inexplicable et congénitale agressivité, et surtout n'avait aucun moyen de se justifier ni de rattraper une situation foutue. Vaincu, Benjamin posait alors la tête sur son épaule, car il mesurait combien il n'aurait jamais d'autre compagnon que celui-là, puisque par sa propre faute il était seul.
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Par jostein, le 28/02/2012
La conquête du monde de
Sibylle Grimbert
Il avait perdu son sang-froid, puis naturellement ses moyens. Il n'avait cru à rien, et c'est pourquoi, personnage sans conviction, il était trimballé par les évènements, car c'est ainsi que les gens sans foi vivent, balancés à droite, à gauche, au milieu, au gré des circonstances auxquelles ils n'impriment aucune direction, incapables de ténacité parce qu'ils manquent de motivations, ignorent pourquoi ils sont là, et souffrent, souffrent, souffrent comme lui.
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Par Nadael, le 28/03/2011
Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
Comment pouvait-il vivre sans elle ? Comment ses jambes pourraient encore se lever, ses genoux se plier pour avancer s'il la laissait derrière lui ? Il flanchait, la table des négociations lui apparaissait telle qu'elle était, sans aucune carte ouverte et étalée, aucune frontière griffonnée à se disputer, aucun point d'eau entouré d'un cercle rouge plusieurs fois raturé en échange d'un avantage quelconque.
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Par Nadael, le 28/03/2011
Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
Toute la succession des générations serait bouleversée à l'avenir, partout sur cette terre plus personne ne grandirait ni ne vieillirait, de sorte que tous ces vieux arriveraient bientôt à nous faire avaler leur maturité sans cesse repoussée, à nous imposer, par mimétisme devant un phénomène majoritaire, leurs traits fatigués comme un critère plastique valable ; le pouvoir ne se transmettrait plus.
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Par Snarky, le 29/01/2012
La conquête du monde de
Sibylle Grimbert
Le code, le porche de l'immeuble, les escaliers lui avaient donc menti. Ludovic avait cru qu'ils éprouvaient du soulagement en le voyant revenir, mais en vérité, ils étaient indifférents, se préparaient déjà à l'arrivée de nouveaux locataires. Mais qu'as-tu espéré ? se disait-il, qu'ils t'attendraient patiemment ? Tu crois être le seul à pouvoir vivre ici avec cette femme magnifique que tu as quittée, à ce deuxième étage, le seul à pouvoir saluer l'ascenseur que tu n'utilises jamais ? Tu penses sérieusement que la cour sous tes ex-fenêtres se languit de ta présence, ou de celle de ta famille dans sa forme unie, et non pas disloquée, recomposée par ta faute ? Toi, ta femme, ton fils ou d'autres, quelle importance pour la cour ? Tu as tout détruit. Et pour ta femme aussi apparemment, toi ou un autre, quelle différence ? Franchement, c'est toujours la même banale histoire. Nous passons tous et les cages d'escaliers nous oublient, et nous nous passons tous les uns des autres aussi, nous sommes interchangeables.
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Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
Il fallait s’observer avec le même regard que celui qu’on porte sur un étranger croisé dans la fils d’un bureau de tabac ou sur un passage piétons, avec indifférence, sans intériorité, sans ce ramassis d’espoirs et de déceptions, sans toutes ces histoires particulières qui nous rendent si singulières à nos propres yeux.
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Par Nadael, le 28/03/2011
Le vent tourne de
Sibylle Grimbert
C'était juste une chambre éteinte, avec deux hommes côte à côte, deux hommes qui se lient d'amitié, l'expérience de l'un servant l'inexpérience de l'autre, la fraîcheur de l'un secouant la vieillesse de l'autre, l'envie d'aider accomplissant le rêve d'être soutenu.